Les dix grandes sœurs du rock

Le rock a des elles part.1 - Longueur d'Ondes


KENY ARKANA : LA MILITANTE


Keny Arkana ©Benjamin Pavone - Rock a des Elles : Longueur d'Ondes N° 79Révélée en 2006 avec l’album Entre ciment et belle étoile, l’artiste de 33 ans est une véritable boxeuse des mots qui ne retient pas ses coups. Critique du système capitaliste, dénonciation du racisme institutionnel ou récit d’une enfance agitée, ses textes sont écrits à fleur de peau. Une énergie sans concession qui lui a rapidement valu une bonne réputation auprès du grand public. Il aura tout de même fallu dix ans à la jeune Marseillaise pour se faire un nom malgré des apparitions discographiques aux côtés d’artistes comme IAM ou Psy4 De La Rime. Keny Arkana sait aussi varier les formes pour asseoir son engagement. En 2007, elle a ainsi produit le documentaire Un autre monde est possible en allant à la rencontre de militants altermondialistes des quatre coins du monde. Après quatre années de silence radio, elle a sorti un EP 6 titres à prix libre au mois de mai ironiquement intitulé État d’urgence. Un coup de semonce avant la publication d’un nouvel album ?

>> Site de Keny Arkana | Texte : Alexandre Sepré | Photo : Benjamin Pavone


MANSFIELD.TYA : PUNKS SENSIBLES


Mansfield TYA ©Denoual Coatleven - Rock a des Elles : Longueur d'Ondes N° 79Le duo nanto-parisien, composé d’une moitié de l’électro-trash Sexy Sushi (Julia Lanoë) et de Carla Pallone, a toujours réussi à faire « résonner la chanson française sans jamais sonner variété ». En cause : le minimalisme des arrangements, une voix écorchée qui bataille avec les souffles et la justesse des propos. Où qu’elles aillent, la sincérité est toujours de mise. Assumée. Car l’intime transpire à chaque morceau, chaque concert, avec son lot de « cœurs cabossés » et d’émotions qui en renforcent l’authenticité. Le choix des instruments y est également pour beaucoup : guitare mélancolique, violon pesant, batterie retenue ou synthétique… On étouffe dans ce huis-clos. On s’y émeut. On tombe devant ces deux artistes capables de faire naitre des silences salvateurs et vous envoyer paitre la seconde suivante. Leur tournée de l’album Corpo inferno (oct. 2015) s’est clôturée, début août, au festival des Nuits secrètes (Bretagne).

>> Site de Mansfield.TYA | Texte : Samuel Degasne | Photo : Denoual Coatleven


MELL : LA VAGABONDE


Mell ©Emma Picq - Le rock a des elles : Longueur d'Ondes N° 798 ans : à Nancy, elle casse la guitare paternelle en jouant les Beatles dessus. 12 ans : elle arrête de se laver pour être aussi grunge que Kurt Cobain (…elle a changé d’avis depuis). 15 ans : sa guitare anime les cours de récré. 17 ans : fugue pour partir en tournée avec un groupe de passage. 20 ans : premier album au titre annonciateur Mon pied en pleine face. Depuis, ses chansons-rock décoiffées, sans fioritures ni concessions et qui ne se prennent pas trop au sérieux, fleurissent d’albums en concerts sauvages. 2014 : elle s’installe à Montréal pour suivre une formation d’ingénieur du son et composer un double album basé sur la recherche sonore au service de l’émotion (voir chroniques). La scène, c’est son Graal : « J’aime quand ça devient un peu taré, que je suis seule sur scène, que je me prends pour une vraie guitariste et que je bidouille avec des machines. »

>> Site de Mell | Texte : Serge Beyer | Photo : Emma Picq


MELISSMELL : ENTRE FERRÉ ET NOIR DÉSIR


Melissmell ©Benoit Courti - Le rock a des elles : Longueur d'Ondes N° 79Barbara rock, enfant de Brel, dont elle salue volontiers l’ironie (parce qu’« avec la colère on ne dit rien »), Melissmell porte haut l’étendard d’un rock français engagé et poétique à l’aube des années 2010. Son 1er album écoute s’il pleut, est rapidement en rupture de stock. Sa version très personnelle de “La Marseillaise” dans “Aux armes !” la révèle au grand public. Elle devient la nouvelle porte-parole d’un rock porteur d’espoir et de lutte d’une génération bercée jusqu’alors par Noir Désir ou Nirvana. Son deuxième, Droit dans la Gueule du Loup, en 2013, dans un registre plus intimiste et personnel, emprunte la plume de Guillaume Favray et l’expérience de musiciens au parcours éloquent : le pianiste Matu (Mano Solo, Indochine) et le guitariste Daniel Jamet (Mano Negra). Celle pour qui le rock a représenté à ses débuts « l’insoumission, la rage, la spontanéité, la simplicité, la vérité d’être libérée de toute compromission » joue encore les nuances avec son nouvel album Citadelle, plus électrique et électro.

>> Site de Melissmell | Texte : Marie Bihan | Photo : Benoit Courti


NADJ : LA RAGE AU CORPS


Nadj ©DR - Le rock a des elles : Longueur d'Ondes N° 79Intransigeante et sans compromis, Nadj est une indestructible. Qu’elle enregistre des albums labellisés ou en crowdfunding, qu’elle se heurte à l’industrie du disque ou navigue de ville en ville, rien n’arrêtera sa soif de création. Sans doute car Nadj, dans ses mots comme dans l’électricité de ses compositions, exprime une nécessité, un cri du cœur. Elle appartient à cette lignée de chanteuses françaises qui vivent l’expérience du rock de manière physique, mystique. Car ici, le chant se laisse emporter dans la transe, le verbe possède valeur de catharsis, la rage déployée ne peut s’encombrer de subterfuges. Pourtant, sur les albums Lasse Vegas ou L’œuvre au noir, une fragilité se devine. Cette puissance émotionnelle provient d’une évidente mise à nu : « Le processus d’écriture peut suivre d’intenses douleurs morales, affectives, et broyer notre personnalité au point qu’une sève se distille. Mais pas toujours. Parfois, on est traversé par la grâce, simple et belle. »

>> Site de Nadj | Texte : Jean Thooris | Photo : DR


INA ICH : FOUS ET INDÉS


Ina-Ich ©Patrick Auffrey - le rock a des elles : Longueur d'Ondes N° 79Le vacarme utile de Kim-Thuy Nguyen, la chanteuse et compositrice, s’est en début d’année montré sous sa plus belle facette avec II3, un disque impressionnant qui n’a hélas pas rencontré le succès qui lui était dû. Pourtant, tout aurait pu lui sourire grâce à ses premières parties de Shaka Ponk, ses textes pertinents en français et le trio qu’elle a monté avec Aurélien Clair à la batterie et le guitariste Brad Thomas Ackley. Mais difficile de faire sa place, surtout pour une femme. « Nous avons eu un très bel accueil des fans et des médias, relativise Kim-Thuy Nguyen. Mais nous sommes indépendants et nous voulons le rester pour la création artistique. Ina-Ich est un projet assez fou qui a toujours laissé la place à la fantaisie et à la liberté. » Mais avec son univers très particulier et ses ramifications métal assumées, Kim-Thuy dénonce les difficultés d’obtenir « les outils » pour toucher un public plus large. Pour arriver à ses fins, Ina-Ich envisage d’adapter ses morceaux en acoustique, pour rendre « les chansons moins rudes et explorer de nouvelles dimensions sonores. »

>> Site de Ina-Ich | Texte et photo : Patrick Auffret


LA FEMME : SOUS LE CHARME DE LA CLÉMENCE


La Femme ©Patrick Auffrey - Le rock a des elles : Longueur d'Ondes N° 79Clémence Quélénnec est la seule part féminine réelle de La Femme, groupe au nom trompeur mais aux effets dévastateurs. Reste que sa place de femme au sein du groupe n’est pas aussi évidente que cela : « Je suis une interprète. J’ai écrit deux fois des paroles dans le nouvel album, notamment celle de la nana dans “Exorciseur”. » Très concentrée dans son rôle, Clémence parvient à créer une réelle tension sur scène et participe grandement à l’aura du groupe. Avec le nouvel opus Mystère, la formation créée par Sacha et Marlon a su marquer la rentrée de son empreinte. Les concerts enflammés de l’été dans les grands festivals y sont pour beaucoup. C’est aussi grâce à sa musique : avec ses airs 80’s et ses claviers sirupeux, la pop sucrée et teintée new wave du sextet remet au goût du jour une esthétique musicale longtemps ringardisée. Cette Femme-là est bien partie pour glisser tout l’hiver sur la vague du succès. La hype du moment ! »

>> Site de La Femme | Texte et photo : Patrick Auffret


KLÔ PELGAG : L’ALCHIMISTE


Klo Pelgag ©Marylene Eytier - Le rock a des elles : Longueur d'Ondes N° 79Cette Québécoise originaire de Rivière-Ouelle a imaginé une chanson onirique et orchestrée dans laquelle la réalité prend souvent des détours inattendus. Inspirée par les surréalistes et des écrivains comme Boris Vian ou Raymond Queneau, Chloé Pelletier-Gagnon a étudié le cinéma avant de se lancer dans la musique. Révélation des deux côtés de l’Atlantique en 2014 avec son premier album L’alchimie des monstres, ses concerts barrés l’ont fait entrer de façon fracassante dans le cercle des chanteuses capables de transformer la scène en grand terrain de jeu. À ce propos, elle note, mi-sérieuse, mi-pince-sans-rire : « C’est vraiment un combat, la scène. J’aime me voir comme une guerrière, j’ai cette violence en moi qui m’amène à aller plus loin. Des fois, je lance des choses dans la foule et à l’avenir, ce ne sera pas enfantin ! » Alors que son deuxième disque, L’étoile thoracique, arrive bientôt dans les bacs, on devrait entendre parler longtemps de Klô Pelgag. Très longtemps.

>> Site de Klô Pelgag | Texte : Bastien Brun | Photo : Marylène Eytier


PUMPKIN : LA FIBRE DE L’INDÉPENDANCE


Pumpkin ©Bastien Burger - Le rock a des elles : Longueur d'Ondes N° 79La rappeuse de 35 ans, originaire de Brest mais passée par Adelaïde, Barcelone, Paris puis Nantes, fête en 2016 ses 20 ans de carrière. À son actif, pas moins de cinq projets discographiques officiels publiés depuis 2007 en collaboration avec des pointures comme 20syl de C2C ou Mr. J. Medeiros des Procussions. En 2013, elle décroche même le prix spécial jury Grand Zebrock et fait partie de la sélection hip hop des Inouïs du Printemps de Bourges. Le flow est précis, les mots jamais choisis au hasard et les thèmes abordés originaux. Le style est rafraichissant, bien éloigné des stéréotypes mais ne renie en rien les racines de la discipline. Et autant dire que la jeune femme n’est pas du genre à rester les bras croisés. « Depuis 2011, nous avons monté notre structure associative, Mentalow Music, avec Vin’S da Cuero pour sortir nos projets dans de bonnes conditions. Tout ce qui ne relève pas de l’artistique, c’est un travail de malade mais c’est un choix que j’assume et ne regrette pas. »

>> Site de Pumpkin | Texte : Alexandre Sepré | Photo : Bastien Burger


LA GALE : GRATTEUSE MALADIVE


La Gale ©Medhi Benkler - Le rock a des elles - Longueur d'Ondes N° 79Armée d’un discours corrosif dont la rage et l’énergie n’ont rien à envier à celles du punk – dont elle est issue — la rappeuse d’origine suisse ne fait pas dans la neutralité. Une plume acérée, crue et consciente la distingue de bon nombre d’autres rappeurs (et rappeuses) qui ont délaissé un hip-hop contestataire moins vendeur et difficile à assumer pour céder comme tant d’autres aux sirènes de l’égotrip bling-bling. En cela, l’artiste reste une femme forte qui s’assume et résiste, agrippée à ses valeurs aussi tenacement que la maladie dont elle porte le nom. On a pu l’apercevoir au cinéma dans Opération Libertad ou encore De L’Encre, réalisé par le collectif La Rumeur, où elle tient un rôle finalement très proche du sien. Auteure de deux albums solos qui rivalisent de noirceur et de lucidité, la rappeuse trace sa route à son rythme, en totale indépendance et l’esprit toujours ouvert : « Ce qui est important dans l’art en général je pense, c’est d’être sincère et ça se retrouve dans tous les styles : du rap au punk-rock en passant par la cumbia ou encore le d-beat… »

> Site de La Gale | Texte : Zit Zitoon | Photo : Mehdi Benkler


 

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