LOUIS-JEAN CORMIER en entrevue sur Longueur d'Ondes © Michel Pinault

De bien belles artères

Si Louis-Jean Cormier n’est pas encore très connu en France, il n’en est pas de même au Québec où il est une véritable star. Son dernier album Les Grandes artères sorti là-bas l’an dernier s’y est déjà vendu à 80 000 exemplaires, ce qui équivaut à 1 million d’albums chez nous. Autant dire un phénomène. Le disque nous est enfin arrivé dans l’Hexagone cet automne.

Louis-Jean Cormier ne vient pas de nulle part puisqu’avant de se lancer en solo en 2012, il faisait partie du groupe Karkwa, l’un des groupes les plus populaires au Québec.

« J’ai eu envie après Karkwa de me lancer dans l’aventure solo. C’est un besoin que j’ai ressenti mais Karkwa n’est pas pour autant terminé. J’ai envie que nous retravaillons ensemble et cela va se faire à un moment ou un autre. Sur mon premier album, j’ai eu besoin de faire des choses assez éloignées de ce que nous faisions mais sur ce disque, j’ai écrit un morceau comme « Vol plané » qui est très Karkwa.  »

Pour Les grandes artères, Louis-Jean Cormier avait en tête de se lancer dans un projet ambitieux : faire un album de prog-rock. « J’ai beaucoup écouté Harmonium, un groupe qui chante dans un québécois harmonieux et qui a influencé beaucoup de monde chez nous. Lorsque j’ai débuté l’écriture du disque, je me suis rendu compte qu’au final, ça ne collait pas vraiment avec ce que j’écrivais, avec le côté mélancolique que je voulais pour le disque. Il en reste néanmoins des traces comme sur “St Michel” qui est un clin d’œil à King Crimson ou Tame Impala. »

Le titre  Les grandes artères  est le décor de la ville, une ville pour protester, manifester mais aussi les artères du cœur. Une vision engagée et romantique du chanteur même si elle se révèle plus sociale que politique. « Je n’ai pas le niveau d’engagement d’un groupe comme Loco Locass qui fait du hip-hop très politisés mais je ressens le besoin d’écrire sur la société telle que je la vois. Un morceau comme “La Fanfare” est politique. Elle porte ce souffle de prendre position, d’y aller jusqu’au bout même si on se fait démembrer. »

Si Louis-Jean évoque les grands anciens de la Chanson québécoise comme Gilles Vigneault ou Felix Leclerc au nombre de ses influences, il dit aussi être influencé par d’autres choses que la musique et évoque Marc Seguin comme influence majeure au niveau de l’écriture pour arriver, comme le fameux peintre d’Ottawa, à l’épure.

Certains pourraient s’étonner de ce discours engagé du chanteur, l’ayant vu comme jury à The Voice Québec mais pour lui, la démarche est la même, une démarche philosophique et presque, selon la terminologie trotskyste, d’entrisme : « J’ai fait La Voix pour comprendre le système de l’intérieur. Certains me snoberont pour cela mais tant pis. Ce que j’ai eu envie de faire à travers cela, c’est faire découvrir aux jeunes chanteurs les trésors de la chanson francophone de chez nous et de chez vous à une heure de grande écoute alors qu’ils ne chantaient que les gros tubes anglo-saxons . »

Cette démarche d’allier artistique et populaire amènera peut être un jour Louis-Jean Cormier à écrire pour la super star québécoise par excellence, Céline Dion. « J’ai des amis qui ont écrit pour elle, alors pourquoi pas . »

Les grandes artères / Yotanka Production

Texte : Pierre-Arnaud Jonard
Photo : Michel Pinault

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