LOKI STARFISH en entrevue dans Longueur d'Ondes

« Nous aimons créer une dramaturgie dans les morceaux. »

Le deuxième album d’un groupe est souvent perçu comme un cap particulier à franchir. Dans le cas de Loki Starfish, l’étape, semée d’embûches, aura été l’occasion de nouvelles métamorphoses et d’apports fertiles. Le 28 octobre est sorti Stones from fire mountain, une collection de compositions sombres dans laquelle l’énergie rock se fond dans une masse électronique ciselée.

En février 2013, Loki Starfish est entré en studio depuis huit jours lorsque nous leur rendons visite pour la première fois, rue Lepic, à Paris, en pleine séance de travail. De mois en mois, au fil de répétitions, résidences coachées, enregistrements et concerts, nous allons suivre la gestation du deuxième album du groupe.

Jérémie Lapeyre, chanteur et fondateur qui avait réalisé seul l’inaugural Love-like banners est désormais entouré de quatre musiciens. C’est un album forcément différent, enrichi par ces nouvelles personnalités, qui se prépare. « C’est à la fois une suite logique et un grand changement. Le premier album était plus intimiste ; nous allons maintenant vers quelque chose de plus énergique, plus lumineux et expansif », explique-t-il.

La sortie de l’album est alors prévue pour l’automne et son titre est déjà trouvé : ce sera Stones from fire mountain, une analogie de ce qu’il renfermera, « comme si les chansons étaient des pierres en fusion expectorées ». Avant d’entrer en studio, c’est chez eux que les cinq garçons ont commencé à enregistrer des maquettes, échangeant des ébauches depuis des mois. Six chansons sont prêtes dont “Broken moth” et son rythme très dansant, porté par un beat hypnotique et “Poets of the black flame” qui constitue, dixit Jérémie, « le morceau le plus roucoulant et épique de l’album ». Avec son aspect sombre associé à un motif dancehall, il illustre parfaitement un des leitmotivs de l’album : « Quand le sujet traité est grave, le morceau est plus lumineux et si au contraire, le thème est plus léger, nous l’assombrissons musicalement pour créer une friction. Nous aimons créer une dramaturgie dans les morceaux. »

Tandis que les sessions d’enregistrement se succèdent, des difficultés apparaissent. Des morceaux finalisés comme “Sergent” et “Hey there” doivent être réarrangés pour mieux s’intégrer dans l’ensemble. Le temps de travail s’allonge et la sortie est repoussée. Surtout, des divergences artistiques se font jour, Thomas Suire, claviériste, voulant tirer le projet vers quelque chose de beaucoup plus sombre, dissonant et moins pop, alors que Jérémie souhaite conserver une part de lumière et de nostalgie. La noirceur qui ressort pourtant de l’album, plus prégnante que prévu, est la marque de la période au cours de laquelle il a été écrit, qui a vu Jérémie perdre plusieurs membres de sa famille et l’a obligé à « terminer de devenir adulte d’un seul coup ».

Stones from fire mountain a été concocté à cinq, mais Loki Starfish est redevenu une aventure personnelle. « Courant 2014, une fois l’album fini, nous avons décidé de cesser la collaboration. Je m’efforçais de faire exister un groupe alors que je gérais le projet, l’enregistrement et le mix en solo. Cela a toujours été mon projet et je restais le décisionnaire final », explique Jérémie. Désormais accompagné par Flore sur scène, il sait que le prochain opus sera encore une fois l’occasion de multiples collaborations avec des musiciens extérieurs. Car Loki Starfish est une entité qui se nourrit des personnalités qu’elle rencontre… Ainsi Jérémie s’est-il réapproprié les masques de scène de tous les gens qui ont traversé le projet : « C’était une façon de digérer leur passage dans ma vie artistique. Et de me rendre à l’évidence : Loki Starfish, c’est moi et je dois l’assumer. »

Entrevue à lire dans le magzine Longueur d’Ondes N° 79, automne 2016

 

LOKI STARFISH en entrevue dans Longueur d'OndesStones from fire mountain

Autoproduit

Loki Starfish se plaît à mêler le chaud et le froid, le dansant et le dark… Au fil de ce deuxième album, les mélodies fédératrices et les tendances dancefloor de son electro pop ne masquent pas les papillons noirs qui s’agitent dans les profondeurs. Plus que jamais, le groupe s’est livré à une exploitation minutieuse des machines, dont il tire une matière dense aux reliefs rythmiques prononcés. Né dans une période de deuils, l’album en porte la gravité, le goût d’une tristesse mêlée de maturité. Les textes sont marqués par la thématique de la guérison et de la résilience par le voyage, à la fois physique et intérieur. Bien que réalisé en groupe, l’opus s’affirme comme l’œuvre intime de Jérémie Lapeyre.

>> lokistarfish.fr

Texte : Jessica Boucher-Rétif
Photo : Catherine Calvanus

 

 


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