Avec pas d'casque @ Coup de coeur francophone 2016 ©Jean-Francois LeBlanc - Longueur d'Ondes

30e édition
Du 3 au 13 novembre 2016 à Montréal (Québec)
et durant tout le mois de novembre dans tout le Canada.

Né à deux pas du stade olympique de Montréal, Coup de cœur francophone (CCF)  est un festival de chanson non pas française, mais « francophone ».

Du quartier d’Hochelaga-Maisonneuve, où il a notamment vu passer Thiéfaine, Bashung ou les débuts de -M-, ce rendez-vous a migré vers le centre-ville. Sa particularité ? Il se déroule durant une semaine et demie dans 13 salles de Montréal et sillonne durant tout le mois les endroits où l’on parle français au Canada. «  Notre terrain de jeu, ce sont les ‘communautés francophones’ de tout le pays, 45 villes dans un espace qui couvre six fuseaux horaires », appuie Alain Chartrand, le directeur du festival.

Comme un air d’anniversaire… Pour cette 30e édition, il n’y a pas eu de gâteau, ni de célébration en grande pompe. Il faut dire qu’hors du festival, ces dix jours furent plutôt chargés. C’est d’abord le milliardaire Donald Trump qui a été élu 45e président des États-Unis. Ce qui, vu depuis l’autre côté de la frontière, s’apparente à un séisme. Puis, le chanteur / poète montréalais Léonard Cohen est mort à l’âge de 82 ans. On a alors réalisé combien la ville était attachée à ce monstre sacré qui dépassait le traditionnel clivage entre les communautés francophones et anglophones.

Ce qu’on a aimé ? Coup de cœur francophone est un festival solide. La programmation est décloisonnée, d’une chanson plus ‘canal historique’ à toutes les variantes de la culture rock (électro, rap, rock, pop…). « Klô Pelgag, Keith Kouna, Karim Ouellet… On soutient ces artistes-là que l’on appelle des électrons libres, des bibittes. Ils présentent une chanson nettement décoincée, notamment dans les sonorités rock, rap. », explique Steve Marcoux, son programmateur. On est on ne peut plus d’accord ! Durant dix jours, il y a donc eu un nombre incalculable de lancements d’albums et des concerts événements comme la création ‘Corps amour anarchie’, qui a croisé le répertoire de Léo Ferré et la danse contemporaine.

Ce qu’on n’a pas aimé ? Dans certains bars-concerts, des groupes sont très frais émoulus. Ils n’ont pas grand-chose à faire dans la programmation, même axée sur la découverte. Pour ces mêmes raisons, on aura donc trouvé le trad’ de Chassepareil très vert… C’est aussi une critique que l’on peut faire à beaucoup de festivals en ville, il faut arriver durant dix jours à créer un esprit. A ce jeu-là cependant, le rendez-vous montréalais ne s’en tire pas si mal : il s’appuie sur l’identité très forte de chacune des salles où il se déroule et un accueil aux petits oignons.

Ce qu’il faut noter… Quelques mois avant le festival, Alain Chartrand expliquait au site internet de la chaîne Radio Canada que Coup de cœur francophone « n’est pas un festival Budweiser ». Pourquoi ? « Dans les tendances des festivals, on parle de plus en plus d’expérience festival, explique Steve Marcoux. Le fait d’être dans le festival prime sur la musique. Pour nous, ce qui compte reste le contact entre le public et un artiste… » Avec son budget d’1 million de dollars canadiens, sa fréquentation tournant autour des 18 000 personnes, il s’agit d’un festival de taille moyenne qui n’a rien d’un mastodonte grand public, mais il accueille cependant chaque année une centaine de pros de la musique (tourneurs, programmateurs, journalistes…) venus d’une bonne partie de la francophonie.

Les coups de chapeaux ? Un cœur lumineux dans une cage thoracique géante surplombe la scène, une scène transformée en chambre d’enfant… Klô Pelgag, présentait son deuxième album, L’étoile thoracique, dans un Club Soda plein comme un œuf. La jeune femme a confirmé qu’elle était l’une des chanteuses les plus barrées et les plus doués de sa génération. La mention spéciale va, ex-æquo au groupe de bluegrass rentre-dedans Elixir de Gumbo et au rappeur Shawn Jobin. Au milieu de son groupe très rock, l’enfant du Saskatchewan a une présence très physique, son message passe, on en redemande. Quant à Dylan Perron et son Elixir de Gumbo survolté, ils ressuscitent le “keupon” avec des banjos, des mandolines et des guitares acoustiques. Leur deuxième album s’appelle Le beau piège. Plus que ça, ce groupe est une véritable embuscade !

Les coups de mous ? Pourquoi diable les jeunes groupes de rock d’ici s’escriment-ils à faire de l’électro-rock dansant ? N’est pas Phoenix qui veut, on a pu le constater.

Vu et approuvé. Avec pas d’casque, en dépit d’un salle trop grande pour leur univers intimiste. Yann Perreau, une véritable bête de scène ! Samito, quand il s’éloigne du rock et s’approche des musiques africaines. Sarah Toussaint-Leveillé, qui a trouvé la bonne formule avec son quatuor de cordes. Lydia Képinski, une archi-débutante sur laquelle on parie.

C’était au programme, mais on ne pouvait pas être partout ! Les Goules de Keith Kouna, Philippe Brach, Laurence Nerbonne, VioleTT Pi, la création “Corps amour Anarchie” avec notamment l’excellent Philippe B.

La petite phrase : « Le fait de prendre un moment pour célébrer la chanson en français, c’est quelque chose d’important, parce qu’elle est constamment menacée par toutes les plate-formes de streaming — pour ne pas employer un anglicisme… — et noyée dans toute l’offre de musique. » Stéphane Lafleur, chanteur du groupe Avec pas d’casque.

>> Site du festival Coup de coeur francophone

Texte : Bastien Brun
Photos : Jean-Francois Leblanc, Michel Pinault et Toma Iczkovits.