ROMAIN HUMEAU en entrevue dans Longueur d'Ondes 2016 ©Patrick Auffret

Sentimental, moi !

Attablé devant une bière, Romain Humeau ne sait où donner de la tête. Entre une soirée hommage à Léo Ferré pour France Inter et la sortie de son deuxième album solo, il a effectivement du pain sur la planche.

Mousquetaire #1 – c’est le titre de l’opus – est une belle réussite. Il semble porter en lui toute l’expérience de son concepteur. Un disque qui a parfois des accents d’Abricotine, l’un des premiers disques d’Eiffel, le groupe de Romain. Un chanteur qui se trouve être très poète, mélancolique et romantique.

Le premier des deux volumes de Mousquetaire est aussi, selon son auteur, « le plus apaisé ». « J’ai enregistré 30 chansons sur 3 ans alors que j’avais prévu en enregistrer 15 sur un an. Mais de chouettes trucs sont tombés… » Proposition d’écriture avec France Culture, réalisation et conception de deux albums, dont Baron samedi avec Bernard Lavilliers, réalisation de Vendredi ou les limbes du pacifique avec Denis Lavant… Romain Humeau n’a effectivement pas chômé ces dernières années ! « Et j’ai déjà écrit un prochain album solo et un prochain Eiffel ! » Le projet Mousquetaire s’en est trouvé retardé : « J’ai écrit davantage de chansons et je les ai enregistrées. Tout devait sortir le même jour, mais ma maison de disque a changé d’avis. Je n’avais pas du tout prévu deux volumes, cela peut presque paraître pompeux mais j’ai été obligé de scinder Mousquetaire en deux. »

Mousquetaire volume 1 donc, un nom inspiré par « les trucs de capes et d’épées… Quand j’étais petit, j’avais toujours un chapeau à plumes d’autruche… » Pas besoin d’aller chercher plus loin.

Le rire aux lèvres, Romain Humeau remet d’un mot le doigt sur un sujet qui agite la Humeausphère. Le groupe est en effet au repos depuis 2 013 sans qu’un split véritable ne fût annoncé. « Eiffel continue toujours. J’ai deux projets principaux, parfaitement dissociés. Et je n’écris que pour moi car j’ai un ego sympathique on va dire. Ce qui m’excite le plus, c’est de créer. »

À la recherche « d’une forme de postérité, d’éternité », Romain Humeau s’assume intransigeant et sans concession. Fils d’un facteur de clavecin, il a appris la guitare avec son père puis a intégré une école de musique. C’est le temps de l’adolescence, celui des grandes découvertes musicales, et des albums marquants.

 

 

Cette éducation musicale nourrit fortement ce jeune d’ascendance « turc sicilienne catalane et angevine », né à Aix-en-Provence, avant de vivre dans le Lot-et-Garonne. Un provincial monté à Paris pour se rapprocher de sa femme Estelle, également membre du groupe Eiffel. Depuis, le couple s’est installé à Bordeaux. Une manière de prendre de la distance… « La notoriété, c’est un truc que je ne me souhaite pas finalement. Je ne cherche pas à faire un tube ! J’adorerai faire « Heart of glass » de Blondie ou « Imagine » de Lennon. Je serais fier mais j’en suis bien incapable ! Moi, je suis toujours en train de payer ma maison ! »

Ce qui le motive, c’est de transmettre et partager avec les gens qu’il aime. « Je crois beaucoup à la transmission, à l’éducation, à la culture. Vraiment. Je ne crois politiquement qu’à ça. Je pense que c’est ça qui peut changer le monde, du concret, rien d’idéaliste. » Pourtant, pour cet album solo, il n’a pas convoqué tous les musiciens d’Eiffel. « C’est vrai, il y a Nicolas Bonnière avec qui je travaille depuis longtemps. Lui comme Estelle jouent dans Eiffel mais ils n’ont pas le même rôle. Nicolas n’a quasiment joué d’aucun instrument dans l’album, il m’a aidé à le réaliser. Estelle n’a pas du tout joué de basse sur cet album. Elle a joué du piano de la contrebasse et Joe Doherty a joué aussi un peu. J’ai joué 95 % des instruments. J’adore l’idée de la maquette, un truc que tu fais tout seul. Frank Black fait beaucoup cela, Mc Cartney a fait cela, Lennon aussi. Damon Albarn, de même. »

Des noms qui ne sont pas cités au hasard tant ils semblent avoir inspirés profondément Romain Humeau car sa culture musicale foisonne autant du côté de la grande chanson française que de la pop anglaise ou anglo-saxonne ! Il n’a cette fois pas voulu trancher et s’exprimer tant en français qu’en anglais.

Le résultat se décline en treize plages particulièrement attachantes. « Je cherche à être très féminin lorsque je chante. Pas à être viril, cela ne m’intéresse pas. » Le début de l’album est très doux, avec des chansons au titre évocateur comme « Paris« , une chanson écrite avant les attentats, ou « Amour« , « une chanson de guerre, alors que « Paris » en est une d’amour » confie Romain avec facétie. Autre moment fort, « Futures« , et ses relents de Frank Black, « une chanson très romantique. » Il y a aussi « Collatéral », sur le vote blanc. « Je me sens en marge, sur le côté. Depuis que je vote, j’ai tellement voté contre que je n’ai envie de ne voter pour personne. Et j’ai envie de le dire. On va vers le blanc, voilà. Il faut voter, on peut voter blanc, si c’est pris en compte. C’est une chanson sur le vote blanc, remplie de jeux de mots, c’est un peu miné. Car oui, mes textes sont minés. »

Épris de littérature, lecteur assidu sans être vraiment un « lettré », Romain puise dans les livres de son enfance de belles sources d’inspiration. C’est le cas de la chanson « Saragosse », une chanson inspirée par le roman de Michel Tournier. « Politkovskaï » est le brûlot du disque, un hommage à Anna Politkovskaï , « une journaliste russe butée par des gens. Dire que ce morceau est politique, je n’ose même pas prononcer le mot, c’est un euphémisme. J’ai beaucoup hésité à le mettre. Après il suffit de lire le texte… Ceux de cet album sont assez durs avec une musique plus pop. Il n’y a rien de très rock’n’roll ; ça, c’est avec Eiffel, dont le prochain album sera ultra-rock ! Pour moi, un groupe de rock tu l’arrêtes à un moment à moins de bien t’entendre avec les gens. Nous sommes amis depuis 20 ans, c’est très puissant. J’aime les gens avec qui je joue. J’ai la chance de pouvoir le dire à 45 ans, je n’ai pas laissé tomber. J’aurais pu. Mais non. Et eux auraient pu laisser tomber aussi. Eiffel va faire moins d’albums, mais va continuer. Et on va faire cela intelligemment. »

Avec 300 chansons à son actif et plus de 800 concerts, Romain Humeau pourrait connaître une certaine lassitude. Ce n’est visiblement pas le cas. Il garde aujourd’hui comme leitmotiv une envie : « faire de bons concerts et jouir beaucoup. »

Sur scène, il assure avoir « énormément de plaisir à jouer avec mon groupe solo ou avec Eiffel. Je suis auteur-compositeur. Je ne cherche pas à bosser avec un auteur-compositeur. La place que j’envie, c’est la mienne, au sein d’Eiffel ou en solo ou peut-être demain dans un collectif car j’ai vachement envie de monter un collectif à la Gorillaz. »

En attendant, une belle tournée est déjà en place, et devrait se prolonger jusqu’à l’été, soutenue par la sortie en avril – a priori – de Mousquetaire #2. « La tournée pour Mousquetaire #1 et #2, ce sera la même. Nous allons jouer tout l’album et 7 titres de Mousquetaire #2, cinq titres de l’Éternité de l’instant et aussi des reprises. Mais pas de morceaux d’Eiffel. Je ne mélange jamais les deux, même s’il y a deux membres d’Eiffel dans le groupe ! »

>> romain-humeau.com

Texte : Patrick Auffret et Valérie Billard
Photos : Patrick Auffret
Vidéos : Valérie Billard

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