LAST TRAIN en entrevue dans Longueur d'Ondes N° 79 - Automne 2016 ©Sebastien Bance

Ligne à grande vitesse

Au demeurant des faux-semblants, cette entrevue servira à désamorcer certains a priori quant à ceux que beaucoup voient déjà comme le nouvel étendard du rock français. Un premier album qui se fait attendre depuis deux ans, une arlésienne en l’état et des réponses à son sujet qui ont fusé. Les Alsaciens de Last Train remettent les pendules à l’heure…

Presque deux ans après notre première rencontre (LO N° 74) et une salve de concerts donnée aux quatre coins du monde, effrénée, éreintante et erratique, la délivrance approche. Un long format qui devrait faire taire les langues crochues d’une partie de la presse musicale indépendante… Oui, il est vrai que leur seul EP sorti à ce jour, Cold Fever, avait de quoi être clivant. Deux titres aux esthétiques ambivalentes, presque schizo, dévoilant un groupe à la recherche de son identité. Le guitariste fiévreux de la formation, Julien, corrobore en ce sens. « C’est vrai que le single qui nous a lancés est peu ressemblant à la musique que l’on développe aujourd’hui. On est vraiment sorti de cette esthétique sonore en mode “ouh ouh ouh” pour se rapprocher d’un son similaire au titre “Fire”. On fait du rock qui ne suit pas de tendances particulières, progressif et agressif. »

Il est vrai qu’en deux ans, l’évolution du groupe a été exponentielle, ce dernier passant de petites salles obscures à la lumière des plus grands projecteurs, assurant pour la gloire la première partie de Johnny Hallyday deux soirs à Bercy. L’histoire est en marche et le leader Jean-Noël assume pleinement les choix jusqu’ici effectués. « Je préfère penser que notre musique puisse s’adresser à un large audimat que de rester dans une niche musicale qui s’adresse seulement à des initiés. Le but c’est quand même de pouvoir partager le son que tu fais. Tout style de musique peut devenir universel et s’adresser à un grand nombre, il s’agit en amont de savoir comment tu as envie de développer ton projet. On n’est pas des vendus et on a baissé notre froc devant personne. »

Une mise au point nécessaire devant les passions déchainées par ce train lancé à grande vitesse et dont la destination reste cependant encore mystérieuse. Et des critiques, bonnes ou mauvaises, le groupe s’en accommode. Ce qu’indique la mèche rebelle du groupe : « Gonzaï nous est rentré dedans et je les comprends. Quand je vois ma gueule des fois, je me dis : c’est qui ce merdeux ? Et le fait que les gens nous aiment bien au final est assez surprenant. Mais je repense à ce que disait Boris Vian, à savoir que l’on parle de quelque chose en bien ou en mal, l’important c’est d’en parler. » Et à Jean-Noël de faire taire toute polémique : « Ce qui est à retenir, c’est que l’on fait du rock de manière honnête et que l’on a réussi à faire passer ce style dans un milieu intentionnel et médiatisé, ce qui a été un véritable défi pour nous. »

Pas folle la guêpe, comme en atteste son système de distribution, nageant entre deux eaux pour se donner toutes les chances de réaliser quelque chose de grand. Partis sur le chemin de l’autoproduction avec leur propre label (voir encadré), ces jeunes gens font preuve d’une intelligence pragmatique évidente dans un univers qui en a corrompu beaucoup. Et ce n’est pas le contrat signé avec Barclay qui devrait changer leur philosophie. « On a signé en licence, il ne faut pas faire d’amalgame avec une signature dite artistique. Sous cette dernière, la production artistique et financière est dirigée par des prestataires. En licence, on reste maître de la distribution et de la direction artistique de notre disque. On a de plus une entière liberté dans notre studio, on n’agit pas sous la pression de qui que ce soit. »

De fait le groupe a pris le temps d’éjecter son premier bébé et ainsi donner chair à des mouvements soniques au travers de compositions qui s’annoncent alléchantes. « On a jamais composé autant de musique de 8-10 minutes qu’aujourd’hui. On part de cette base pour ensuite épurer les morceaux. Du reste, on ne veut pas s’accoquiner d’une couleur musicale tendancielle comme le psyché ou le garage. On a 20 balais et on porte du cuir noir, on est vite identifié… On ne revendique rien si ce n’est le fait de respecter un courant chargé d’un lourd héritage. On est dans une forme très classique du rock et on ne veut pas trahir son identité. » Si les paroles suivent le geste, une petite bombe devrait retentir à l’orée du printemps 2017. Patience, patience…

Entrevue à lire dans le magazine Longueur d’Ondes N° 79 / Automne 2016

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Texte : JULIEN NAÏT-BOUDA
Photos :  SEBASTIEN BANCE / GUENDALINA FLAMINI

 

Last Train - Longueur dOndes N° 79 - Automne 2016

Plus d’une corde à son arc

Preuve d’un contrôle total de ses actions, le groupe a lui-même lancé son label afin de garder une liberté artistique propre à ses envies. A fortiori, le label Cold Fame épaule de jeunes formations à l’esthétique musicale rock’n’roll in fine, mais pas que. Également agence de booking pour de nouveaux talents musicaux, Last Train étend donc son arc dans ce monde sans pitié qu’est l’industrie musicale…