CATHERINE RINGER en entrevue sur Longueur d'Ondes

Liberté, liberté chérie

Figure de proue du rock au féminin, Catherine Ringer ne pouvait qu’ouvrir ce dossier. Alors qu’elle s’apprête à sortir un nouvel album très pop, celle qui fut la moitié des Rita Mitsouko se confie en exclusivité. Rencontre avec une artiste hors du commun — et peut-être aussi hors du temps.

Artiste souvent insaisissable mais toujours solaire et rayonnante sur scène, La Ringer est enfin de retour en solo. Forcément, on a quelques questions à lui poser, notamment sur le rock écrit au féminin. « Le rock au féminin ? Vous l’écrivez Rocque ? Ou Rocke ? » La réponse, pirouette, est inattendue tant le problème de la place des femmes dans la société brûle aujourd’hui toutes les lèvres. Ramener Catherine à ses débuts sur scène, dans les années quatre-vingt, mène à mieux comprendre cette tentative humoristique. Le féminisme, ce n’était visiblement pas son problème, musicalement en tous les cas : « Ce n’était pas spécialement plus dur d’être une femme lorsque nous avons commencé les Rita Mitsouko. Une position de chanteuse, c’est très classique. Si j’avais été batteuse ou guitariste, peut-être… »

Musique populaire

Effectivement, à l’époque, Debby Harrie ou encore Chrissie Hynde avaient largement ouvert la voie aux front-women, sans que ne se pose alors pour Catherine Ringer le problème de la place des femmes dans les groupes. D’ailleurs, le concept même de girls band, voire de Riot Grrrl, semble lui paraître assez incongru. « En fait, homme ou femme, je ne fais pas attention à cela ; moi j’aime la race humaine, avec ses deux côtés. » Malgré cela, et malgré elle donc, Catherine s’est affirmée au fil des années comme la marraine – voire la figure iconique – de toute une génération de groupes emmenés par des filles. Car c’est bien elle qui a ouvert la voie en chantant en français une musique au parfum aussi sulfureux que populaire sans que cela ne soit une plate variété indolore ! Une vision qu’elle tient à modérer : « Avant, tout le monde chantait en français ! Chanter en anglais lorsque l’on est Français, c’est assez récent… Même les yéyés chantaient en français ! Moi, je fais de la pop mâtinée de plein de choses, je fais de la musique populaire et aussi, bien sûr, du rock. Mais tous mes morceaux ne sont pas rock. »

Expressionnisme

Même si sa musique, comme celle des Rita Mitsouko, n’est effectivement pas toujours rock’n’roll, le personnage le reste en profondeur. Dans sa démarche, dans ses attitudes, dans sa manière d’être. Et ceci, d’autant qu’elle n’hésite pas à mettre parfois un peu de provocation dans son discours. Pas sûr qu’elle se soit vraiment assagie avec les années. « C’est au public de le dire ! » lâche-t-elle dans un sourire entendu et un brin provocateur. Très démonstrative, théâtrale, expressionniste même, à l’image des films de cinéma muet d’Eisentein ou de Murnau, Catherine Ringer reste et demeure une figure tutélaire de la pop française. Avec ses mimiques incroyables et sa gestuelle imposante, elle s’affirme à chaque concert comme une grande chanteuse, si ce n’est la plus grande chanteuse française de musique actuelle et contemporaine.

Nouvel album pop

Actuellement, elle prépare un nouvel album solo. « Il est presque fini. Tous les morceaux sont enregistrés, les mélodies sont faites. Il ne me reste qu’à enregistrer les voix définitives. Peut-être avec des invités sur certains morceaux. » L’opus a été réalisé à Paris avec des musiciens français qui correspondent à sa demande du moment : « Comme un metteur en scène change d’acteurs suivant ses personnages, je change souvent de musiciens. Je continue à travailler avec certains membres des Rita Mitsouko à certaines périodes, mais il n’y a rien d’obligatoire. »

Sa précédente actualité discographique, elle l’a réalisée avec Eduardo Makaroff et Christoph Müller, deux musiciens du Gotan Project. Mais la page Plaza Francia est aujourd’hui tournée. Catherine veut renouer avec ses premiers amours, une musique populaire et enjouée chantée en français. Elle a écrit les textes de ses chansons, comme elle le faisait déjà à l’époque des Rita : « Fred me donnait parfois de bonnes idées, ou lorsque j’en manquais, il me donnait un thème… L’inspiration me vient de partout, de la vie de tous les jours. J’essaie de l’exprimer d’une manière poétique. Que cela soit une info, une émotion, une observation… Parfois, je fouille un peu le passé. L’essentiel est que cela aille bien avec la musique. » Le nouvel album s’annonce très pop, allant « dans pleins de directions différentes, un peu dans l’esprit des Rita. L’héritage se perpétue assez naturellement. Nous faisions la musique ensemble Fred et moi. Là je fais encore de la musique, donc cela se ressemble un peu forcément… »

L’âme des Rita

Preuve que l’âme des Mitsouko reste fortement imprégnée dans la musique de Catherine, puisqu’elle va jouer, dans la prochaine petite tournée programmée cet automne, ses nouveaux morceaux, mais aussi des titres des Rita. « J’ai envie de les jouer, oui. Il n’y a pas de raison que cela s’arrête. Cela va être mélangé, vieux titres et nouvelles chansons. »

À la fois adulée du grand public et très sélective, Catherine Ringer, petite fille rebelle devenue grande, a su préserver de ses années folles des stigmates d’indépendance : « J’ai gardé de cette époque un esprit de liberté. La liberté, cela se prend, ce n’est pas forcément donné. Même s’il y a des lois qui permettent d’être libre, il y a beaucoup d’autocensure. J’aime prendre des libertés. » Une liberté chérie qui a toujours guidé ses pas. Et qui se retrouve aujourd’hui dans son attitude comme dans sa musique. Pour un plaisir partagé par tous.

>> catherineringer.com

A lire dans le magazine Longueur d’Ondes N° 79 / Automne 2016

Texte : PATRICK AUFFRET et VALERIE BILLARD
Photos : PATRICK AUFFRET

 

 

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