Marion Ruszniewski + Muriel Delepont - ©Patrick Auffret Longueur d'Ondes

05 octobre 2016
Galerie Stardust, Paris

Le choc des images, le poids des icônes

Spécialisée dans les expositions de photos rock, la galerie parisienne Stardust, à quelques encablures de la Place de la République, avait déjà une belle réputation. Celle-ci se trouve renforcée avec l’exposition mise en place de concert par deux talentueuses photographes, Marion Ruszniewski et Muriel Delepont.

Face à face dans la galerie, leurs deux styles se confrontent.

Côté jardin, Marion fait exploser les couleurs, captant en suspension Josh Homme des Queens of the Stone Age ou Alex Kapranos des Franz Ferdinand ; quand elle ne fige pas l’instant fugace d’un live d’Amy Winehouse. Rescapée du Bataclan, cette baroudeuse de la photographie utilise son appareil photo comme un super pouvoir et met en lumière les groupes dans leurs meilleures attitudes, privilégiant pour cette exposition les icônes du rock.

Si l’on entre côté cour, un Iggy sacrifié attire immédiatement les yeux. Il est bien différent de l’iguane allongé sur un ampli de Marion ! Oscar lui succède. Voir ce squelette de Muriel face à un grand tirage d’Amy Whitehouse en couleur à quelque chose de morbide mais qu’importe, les sensations sont toujours là ! Pour cette photographe très discrète ces dernièrs temps, cette exposition résonne comme une résurrection après plusieurs années d’abstinence rock liée à la naissance de son fils.

Elle a tiré partie de cette parenthèse parentale pour affiner son style déjà bien affirmé. Elle a évolué dans d’autres domaines, tels que l’architecture ou la danse contemporaine, tout en continuant de tirer le portrait de quelques figures emblématiques, telle Warren Ellis récemment. À chaque fois, le traitement des tirages réalisés par Muriel Delepont capte le regard. Cette artiste belge installée à Montreuil a fait de la qualité du grain noir et blanc de ses photos une référence. La texture de cette spécialiste du genre à la fin des années quatre-vingt contraste avec les clichés colorés, plus vivants forcément, de Marion Ruszniewski. « Je suis de retour et je suis bien contente, poursuit Muriel. Je vais reprendre là où j’avais arrêté, toujours en argentique mais en mélangeant les genres. En utilisant aussi le numérique en bout de course même si le négatif reste l’essentiel. Je suis très branché expressionnisme allemand et pour moi le numérique manque de profondeur… Je tiens à garder ma marque de fabrique. »

Pour Muriel, les images remontent pour certaines à la fin des années quatre-vingt, lorsqu’elle courrait les concerts à la rencontre de ses idoles, Nick Cave, Iggy Pop, David Bowie et bien d’autres. « Cela m’a permis de replonger dans mes archives et c’est super car il y avait des choses que j’avais oubliées et jamais exposées. Je les ai ressorties et j’ai remis à jour des choses plus récentes. Maintenant, je cherche un éditeur pour refaire un livre.»

Marion, elle s’est servie dans son exposition déjà prête consacrée aux filles. « J’ai rajouté des live de groupes masculins en fonction de mes goûts personnels. Il fallait des gens connus. »

Les filles partagent une même passion pour la musique et leurs choix se recoupent forcément. Logique alors de retrouver de chaque côté de la galerie les mêmes figures ultimes, Jack White, Kim Gordon ou encore Lemmy, Nick Cave… « Des géants, indique Muriel, en regrettant d’avoir dû laisser de côté certains groupes à forte valeur ajoutée comme les Melvins ou ceux de la scène métal, moins Rock’n’folk. J’ai fonctionné au coup de cœur ! » L’exposition a en effet été mise en place pour les 50 ans du magazine. Comme Marion a également largement alimenté les pages du mensuel musical, il paraît logique que les deux photographes se répondent à travers cette exposition.

Marion Ruszniewski et Muriel Delepont exposent jusqu’au 15 octobre galerie Stardust 19 rue Notre Dame de Nazareth Paris 11e. Entrée libre.

>> Site de la galerie Stardust

Muriel Delepont expose à la salle la Sirène à La Rochelle à partir du 4 novembre et jusqu’au jeudi 15 décembre lors des concerts et aux heures d’ouverture des studios du Quai. Entrée libre.

>> Site de la Sirène

PATRICK AUFFRET


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