Romain Humeau @ Hommage à Léo Ferré de la Maison de la Radio 2016 ©Patrick Auffret - Longueur d'Ondes

Studio 104 de la Maison de la Radio, Paris
Vendredi 9 septembre

Léo Ferré, la tête dans les étoiles

Merveilleusement orchestrée par Romain Humeau et l’Orchestre Philharmonique de Radio France, la  soirée hommage à Léo Ferré a été un véritable moment de grâce. Bernard Lavilliers, Cyril Mokaiesh, Maissiat, Arno, Cali ou encore Philippe Katerine, Tim Dup, Christian Olivier et Romain donc, se sont réappropriés quelques titres phares de l’œuvre de celui qui aurait eu 100 ans cette année.

C’était l’été indien à Paris. Intitulée « Léo symphonique », la première partie du spectacle permet d’entendre une magnifique instrumentalisation d’œuvres aussi marquante que « Requiem », « La mort des loups », « Love » ou encore « La Mémoire et la Mer » – un grand classique – avec un invité de marque : Bernard Lavilliers.

On pressent alors une soirée magnifique, unique, exceptionnelle même, retransmise en direct sur les ondes de France Inter et présentée par Didier Varrod, un maître de cérémonie qui, quelques jours après l’événement, n’avait pas de mots assez forts pour décrire ce qui s’était passé. « Je ne suis toujours pas redescendu. C’était un tel boulot en amont de redonner à cette Maison ce qu’elle a de meilleur. »

Bouquet final

Pour arriver à ses fins, ce dernier a bénéficié d’un site exceptionnel à l’acoustique remarquable, d’un orchestre maison dont la réputation n’est plus à faire et même de la possibilité d’offrir à Romain Humeau ses invités, l’opportunité d’une résidence.

Fin septembre, Didier Varrod a quitté, après quatre années de bons et loyaux services, la direction artistique de France Inter faire le lien avec notre papier sur le Net avec la satisfaction d’avoir fait bouger les lignes, notamment en termes d’événementiel. Cette soirée de septembre était en quelque sorte le bouquet final de ses « synchronisations pluri-artistiques ».

Coup de fil à Romain

Le pari, difficile et délicat, a été parfaitement maîtrisé. tenu plutôt « J’ai voulu faire cohabiter d’une façon singulière le philar et la pop,» détaille Didier Varrod. Il a d’abord choisi avec Didier Benetti dans l’immense répertoire de Léo Ferré des morceaux à faire interpréter par l’orchestre symphonique avant de s’attaquer au versant rock de Léo. « J’avais écouté le nouvel album de Romain Humeau au mois de mai. Je me suis souvenu de son travail avec Bernard Lavilliers. Je l’ai appelé. »

La suite est limpide, Romain accepte et réalise un travail « hallucinant ». « Il avait pour consigne de bousculer l’œuvre en respectant les fondamentaux. » En multipliant les arrangements, en jouant avec les rythmiques, en faisant virevolter les instruments en fonction des chansons, il réussit à créer pour chaque chanson un univers à la fois étonnant, moderne et intemporel. « Je voulais une confrontation avec la musique d’aujourd’hui. Les invités ont très vite accepté le défi car il y a Romain mais aussi une vraie qualité d’écoute. »

De sublimes interprétations

De fil en aiguille, Cali accepte de chanter, sur une proposition de Bernard Lavilliers, « L’affiche rouge ». Tim Dup, le jeune prodige du moment, peut mettre une pointe de Fauve ≠ dans son interprétation poignante de « La solitude ». Katerine, le dernier à être sollicité, s’empare de « Pépé » avec une fausse désinvolture. Christian Olivier, le chanteur des Têtes Raides, incarne parfaitement « C’est extra ». Catherine Ringer s’approprie « Le piano du pauvre » avec une belle maîtrise, de bonne augure en prévision de ses prochains concerts. Arno revisite « Comme à Ostende », une chanson de son répertoire, en version rock et habitée. Ala.NI dévoile une voix extraordinaire en interprétant « L’amour ». Pour le final, Romain Humeau, qui avait ouvert le bal en chantant « L’oppression », clôture avec « Thank u Satan », ce tour de chant pas comme les autres en duo avec Bernard Lavilliers.

François Hollande

Sur la scène du Studio 104, le défilé des artistes est éblouissant. Debout parmi le public, François Hollande, qui  s’était précipité pour assister à l’événement après en avoir entendu parler le matin dans l’émission de Patrick Cohen, pouvait, debout, applaudir des deux mains. Et faire, comme tout à chacun, la standing ovation !

>> Site de la Maison de la Radio

Texte : PATRICK AUFFRET et VALERIE BILLARD
Photos : PATRICK AUFFRET