Ludwig @ Fete de l'Humanite 2016 - ©Dan Pier - Longueur d'Ondes

Du 9 au 11 septembre 2016, à La Courneuve (93)

Humain après tout…

La grande messe idéologique et musicale la plus à l’ouest de l’échiquier politique s’est tenue une fois n’est pas coutume dans une chaleur bienfaitrice, chassant le tumulte des heures sombres pour épouser un rayon de lumière idéaliste. Alors que le contexte sociétal hexagonal tend au vacillement d’un vivre ensemble de plus en plus précaire, trainant le politique dans un cirque perpétuel, l’évènement aura au moins eu le mérite de ramener du soleil dans bien des cœurs. L’espoir demeure, toujours…

C’est évidemment dans un contexte particulier que s’est déroulée cette hymne à l’anthropologie, confrontant plusieurs générations issues de classes sociales éparses à des politiques opportunistes. Alors que la France se souvenait la veille de l’évènement de sa substance humaniste, lors d’un discours présidentiel à la charge émotionnelle résiduelle, convoquant le petit père et son peuple à ne faire qu’un, l’heure se voulut à la réminiscence, une vertu en soi.

Coup de gueule et nostalgie

Musicalement cela s’est traduit par le retour de Michel Polnareff, qui 46 ans après son dernier passage à La Courneuve et un exil (fiscal) aux États-Unis, faisait son énième retour dans une France malade, métastasée par les inégalités et la misère sociale. Des sifflets issus d’une jeunesse à qui « on ne l’a fait pas » n’auront cependant pas plus ébranler cette figure quasi mythologique de la chanson française, demeurant face à un parterre de chevelures d’argent, sourire aux lèvres et cœur en fête, empli de nostalgie. (Il sait s’adresser au cœur du peuple, transcendant la condition sociale de chacun, au travers d’un message qui tend à la confession des sentiments les plus profonds).

La petite scène

Pour les promesses d’un avenir qui entend regarder le présent dans les yeux, il fallait une fois de plus se tourner du côté de la petite scène et par extension celle mitoyenne de l’association Zebrock en charge d’une programmation avant-gardiste, portée sur les espoirs musicaux de demain. Au titre des bonnes surprises, on citera le kabyle Ali Amran et son folk solaire ou encore la folie furieuse La Poison, super condensateur d’énergie virale. Des formations aux vocations plus politisées ont réussi également à semer leur grain de sel dans la mécanique des âges, du rap lyrique de La Canaille au duo syro-palestinien Refugees of rap, ou comment chasser le mutisme inhérent à des états tyranniques par le biais de punch line pêchues et enlevées appelant à la libération des consciences.

La grande scène

La reine du hip hop américain, Miss Lauryn Hill en personne, qui durant un set chargé d’émotion et de speed, a réussi à croiser une fois encore passé, présent et futur. Intemporel… On retiendra également le passage des Caribbean Dandee, portés par l’une des deux parties de NTM, dont le squelette éminemment politique, rappelle que l’assimilation culturelle n’est pas un ethnocide tant qu’elle ne corrompt pas ce principe anthropologique si cher qu’est l’altérité. Reconnaitre la différence de l’autre, cet étranger que l’on pense barbare, est un premier pas vers un élan d’égalité, pourfendeur d’un universalisme que les esprits malveillants tendent à confondre dans la globalisation des cultures.

L’humanisme

Héritage, transmission et éveil des consciences n’auront pas cessé de pénétrer les artères de ce festival touché par une bonhomie rassurante dans le climat mortifère contemporain. On pourra toujours dire que la Fête de l’Huma est une bulle dans la bulle certes, un dôme couvrant les esprits les plus idéaux, peut-être… Mais ce ne serait pas rendre à cette réunion humanoïde sa véritable nature, qui est avant tout d’un ordre dionysiaque où le vin coule à flot dans les veines, emportant l’esprit vers un ailleurs que l’on prétend salvateur.

Une question de croyance en nature, alors choisissez votre camp d’élection, la démocratie est en jeu et avec elle une idée bienveillante de la République. Nous, on fait le choix de l’amour, seule vertu en ce monde capable de réunir le corps et l’esprit dans une charité bien ordonnée, génératrice, il faut encore y penser, d’une société ou le collectif redeviendrait un prisme politique. Ne vous préservez pas du bon sentiment…

>> Site de la Fête de l’Humanité

JULIEN NAÏT-BOUDA
Photos : DAN PIER