En studio avec Metro Verlaine - Sept 2016 ©Patrick Auffret - Longueur d'Ondes

Pop sauvage et rock’n’roll

Le groupe ébroïcien Metro Verlaine vient de finir l’enregistrement de son premier album. Reportage dans leur studio fabriqué main, dans une vieille bâtisse en Normandie, du côté de la Ferrière-sur-Risle.

Il est presque 19  h. Raphaëlle termine les prises vocales d’une chanson. Les musiciens, Romain, Joe et Axel, son compagnon et compositeur, l’écoutent avec attention. L’ambiance est studieuse autour de la cheminée, éteinte en cet été caniculaire. Charles Rowell, le guitariste de Crocodiles, est particulièrement attentif. Il a été retenu comme producteur artistique de l’album. «  Nous avons joué ensemble au dernier Rock in the Barn, rappelle Axel. J’étais vraiment fan du groupe. Je les ai interviewés pour Principe Actif, une radio locale. On a bien rigolé, après leur concert nous avons bien sympathisé  ! Comme il était la première personne avec qui nous avions envie de travailler, nous lui avons proposé  sans trop y croire. Il a aussitôt accepté. Pour nous, avec l’apport de notre ingénieur du son Arthur, c’était la garantie de faire un bon album. »

Admiratif de la littérature française

Pour le guitariste de Crocodiles, ce sera une première expérience de production dans l’hexagone. Il doit se marier dans quelques semaines avec une Française ! Et s’il a déjà activement participé à la production des albums de son groupe, il n’a jamais travaillé avec des groupes français. «  C’est très excitant, très intéressant, surtout avec la manière de chanter de Raphaëlle, indique Charles. C’est parfait pour moi. Je suis très admiratif de la littérature française.  »
«  J’aime beaucoup l’écriture très littéraire de Crocodiles, elle a de nombreuses références, poursuit Axel alors que Charles cite Charles Baudelaire, Jean Genet ou encore le Marquis de Sade. Mais écrire un texte reste hyper dur quand tu veux faire quelque chose de neuf. Notre pari est de ne pas sonner français  !  On ne veut pas être un groupe de rock français, on veut être autre chose. À la manière des Limiñanas peut-être. Leurs paroles sont tellement naïves que c’est l’ambiance qui compte. Nous, nous avons la chance d’avoir une vraie voix qui porte. Mais la poésie, cela doit être un truc du caniveau. C’est pour cela que nous aimons bien être ici. Nous faisons des trucs hyper poétiques et en même temps, nous jouons à la pétanque en buvant du pastis. C’est la vraie vie  ! »

Ici, il y a une âme, c’est cool  !

Effectivement, le premier apéro pris (en écoutant France Gall !), toute la troupe quitte le studio pour se retrouver sur un terrain caillouteux, transformé chaque soir en un improbable boulodrome  ! Une parenthèse devenue rituelle en l’espace de quelques jours.

En autarcie ou presque, la famille Metro Verlaine s’est, durant ces quinze jours d’enregistrement, simplement accordée une virée à la mer, pour profiter du soleil de plomb qui irradie, une fois n’est pas coutume, le traditionnellement pluvieux département de l’Eure. Ou encore de recevoir leurs amies de Rock’n’Folk, Isabelle Chelley et la photographe Marion Ruszniewski. Ici, le groupe se sent comme à la maison, et reçoit donc à domicile pour faire découvrir sa musique.
«  On a commencé par chercher un studio très pro mais, après avoir discuté avec Arthur, nous avons choisi cette solution. Anton Newcombe du groupe The Brian Jonestown Massacre enregistre tous ses albums dans sa piaule  ! Ici, il y a une âme, c’est cool.  »

Manchester

Si les musiques étaient toutes prêtes pour le studio, il n’en était pas de même pour les textes. C’est sur le canapé du salon ou sur la terrasse qu’Axel a écrit les derniers mots des nouvelles compositions. Certaines fois, Raphaëlle les a chantées en les découvrant sans que cela ne semble poser de problèmes. «  « Manchester », je l’avais écrit sur une poubelle en une heure », rappelle Axel en faisant référence au titre qui fonctionne pour l’instant le mieux lors de leurs concerts, toujours enflammés.
«  Avec nous, c’est à chaque fois pareil, poursuit-il. Il faut que cela soit électrique et romantique.  Aujourd’hui pour la première fois, j’ai essayé de faire une pop-song, un peu vénère quand même, une succession d’images avec une écriture plus légère. »

 

 

Réverbération naturelle

Les Metro Verlaine ont mis leurs morceaux entre les mains de deux producteurs artistiques parfaitement en phase avec leurs envies. Ceux-ci parlent beaucoup ensemble et, finalement, apportent des conseils pertinents au groupe. «  Ils ont mis de nombreux instruments, de nombreux amplis à notre disposition, cela nous permet d’essayer des choses, d’utiliser plusieurs guitares pour un même morceau. Le but est d’apporter du relief, souligne Arthur. Superposer différentes guitares donne un résultat moins brouillon que d’empiler le même instrument. Cela donne des sons très différents car chaque instrument et chaque ampli, a sa propre atmosphère. »

Le lieu de l’enregistrement n’a pas été choisi au hasard non plus. Le groupe a pu totalement s’approprier la vielle maison normande appartenant à Arthur. Des micros ont été installés jusqu’à l’étage pour obtenir des réverbérations naturelles. « C’est physiquement comme l’album de Led Zeppelin qui avait été joué dans une cage d’escalier, détaille-t-il. C’est plus vivant. C’est à la maison, on circule. Être tous dans la même pièce permet à chacun de vraiment s’impliquer, c’est très agréable et en même c’est hyper pro, cela sonne à mort.  Nous sommes comme une bande de copain. »

Un morceau par jour

Le groupe a enregistré un morceau par jour avant de passer, avec Arthur, au mixage la dernière quinzaine d’août. Spécialisé dans l’enregistrement de groupes parisiens en développement, ce dernier, très orienté dans la réalisation pour des groupes électro, a saisi l’occasion de revenir au rock. «  Nous avions besoin de lui, souligne Raphaëlle. Nous voulions avoir des avis extérieurs et les écouter. Avant, lorsque nous arrivions en studio, nous avions une idée précise de ce que nous voulions. Là, nous avions besoin d‘être entourés.  »

Une implication qui dépasse largement le temps logiquement imparti à l’enregistrement. Arthur, et Charles dans une moindre mesure, ont effectué un véritable travail d’écoute des versions démos en amont. «  Dans la musique, c’est toujours important d’avoir un échange, indique Arthur. C’est comme cela que les choses les plus intéressantes naissent. Nous avons réfléchi ensemble aux différents choix, pour les micros, pour l’ambiance…  »

Prochain album

Une opération de financement coopératif a été lancée au même moment et a été couronnée de succès  : plus de 6 000  euros ont été récoltés, ce qui leur permet d’envisager l’avenir avec confiance. «  Beaucoup de gens ont donné, même des petites sommes. Cela dépasse nos attentes et nous permet de ne pas avoir de frais sur cet album. C’est un plus pour démarcher un futur label  !  »

Concernant ce label, plusieurs pistes sont déjà bien avancées mais tout reste ouvert. D’autant que le quatuor dispose déjà d’un vaste réseau pour développer sa musique, notamment en Angleterre où Metro Verlaine a déjà joué avec succès plusieurs fois, par exemple avec ses amis, les excellents Jingo  !

« Tequila Sunrise en exclusivité »

 

 

Le site de Metro Verlaine

Texte et photos : PATRICK AUFFRET

 

Publié le