Loran des Berurier Noir et Ramoneurs de Mehnirs ©Sebastien Bance - Longueur d'Ondes N°78

Groupe phare de la révolte musicale, les Bérurier Noir se sont sabordés. Loran, le guitariste chanteur, continue la lutte avec Les Ramoneurs de Menhirs. Il est bien seul face à la déliquescence de la musique contestataire.

Avec leur slogan « La jeunesse emmerde le Front national », les Bérurier Noir ont ancré la revendication politique au cœur du mouvement alternatif. Dix ans après la dissolution officielle du groupe, leur empreinte marque toujours fortement le rock français.

Si François, le chanteur, est devenu ingénieur de recherche au CNRS après avoir obtenu un doctorat d’histoire en 2003, Loran, le guitariste, porte toujours haut et fort les revendications radicales du groupe porte-étendard de l’insoumission des années 80. Avec Les Ramoneurs de Menhirs, il écume toujours les salles de concerts pour porter le message, aujourd’hui peu audible, de l’engagement politique. Il joue désormais du punk celtique, un habile mélange de guitares saturées et d’instruments traditionnels, et propose de nouveaux hymnes pour les petits agités devenus grands. À 50 ans passés, il emmerde visiblement toujours le Front national sans rien renier. On n’en dira pas autant de la jeunesse. Entretien.

  • Loran, peux-tu rappeler comment est né le slogan « La jeunesse emmerde le Front national », sur la chanson “Porcherie” , un titre de l’album Concerto pour détraqués ?

C’était un morceau par rapport au film Porcherie de Pier Paolo Pasolini. Ce film parle de la porcherie mondiale. On a inséré à la fin du morceau le fameux slogan. Nous étions en 1984. Avant cette période, le Front national était un parti d’extrême droite qui récoltait entre 0 et 1% des voix. Aux élections européennes de 84, il a fait 11% : c’est un bond énorme. Cela nous a énormément choqués. Le morceau était fait et on l’a terminé là-dessus : « Et Le Pen, Porcherie ! » Après cela en concert, on a extrapolé car sur la version de l’album Concerto, on n’entend pas le slogan. C’est arrivé après, en concert, et cela a été après repris un peu partout.

 

 

  • Aujourd’hui, ce slogan est toujours repris par quelques groupes indépendants mais est-ce que la jeunesse emmerde toujours le Front National ?

Non, elle s’emmerde. Point. La jeunesse, hélas, vote Front National ! La grande différence entre les années 80 et maintenant, c’est Internet. La jeunesse est complément lobotomisée par les mauvais médias : Facebook et les réseaux sociaux. Il y a une dépolitisation totale des jeunes. Avec le temps, on oublie. En 1984, il y avait encore cette mémoire des anciens par rapport au nazisme et au fascisme. Les nouvelles générations voient les choses autrement, elles n’ont pas de références politiques. Moi, en 1981, j’étais à la Bastille avec ma petite rose car on a cru à un moment que les choses allaient vraiment changer. La déception a été très forte. Les gens ne votent plus pour, ils votent contre. Les seuls qui votent pour, sont ceux qui votent FN !

  • On l’impression qu’il n’y a pas que les jeunes qui ont déserté le champ politique. Les artistes aussi…

Cela vient aussi du fait que les journalistes s’autocensurent. J’ai donné une interview à La Manche libre à l’occasion d’un concert près de Flamanville, avec un discours très politis. Lorsque le journaliste a demandé mes projets dans la région, j’ai répondu que le seul que j’avais était un concert le 1er octobre à l’occasion d’une grande manifestation contre l’EPR. Elle m’a dit qu’elle ne pourrait pas mettre ça dans l’article. Pourtant, le journal s’appelle La Manche Libre !

Je n’ai jamais était intermittent, c’est un choix politique clair de ma part. Dans le groupe, personne n’est intermittent. Je vois le piège : devenir un artiste de l’Etat et, inconsciemment, s’autocensurer. Aujourd’hui, les artistes pensent plus à leur carrière qu’à leur travail artistique. Pour moi, ce qui est artistique n’est pas forcément fait pour marcher. Les artistes ont oublié cela. Ils ne sont plus artistes, ils font du commercial, du papier-peint, exactement ce que les gens attendent d’eux.

  • Avec les Bérurier Noir déjà, la démarche était différente ?

Nous n’attendions pas que les gens aiment le groupe. On faisait ce que l’on avait à faire et on n’avait jamais pensé que le groupe allait marcher à ce point-là. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons arrêté : gérer un succès alors que ce n’était pas le but devenait vraiment compliqué.

  • Tu dénonces en fait tout ce qui a été mis en place pour professionnaliser le métier de musicien ?

Le but pour moi a été de casser. Bruno Lion a été nommé Mr Rock, avec pour mission de bien encadrer les groupes. Ils ont sorti des bouquins, Profession manager, L’intermittence, et bien d’autres. Les artistes doivent être reconnus comme des travailleurs, mais moi je dis non. Je ne suis pas un travailleur, je suis un marginal. C’est ça qui est intéressant. Etre en marge permet d’avoir le recul nécessaire pour analyser la situation.

  • Certains groupes à l’image engagée, comme par exemple les Têtes Raides, revendiquent ce côté travailleurs de la musique ?

Je me sens totalement opposé à cela. Je les respecte.Si on parle politique pure, j’essaie de comprendre. Si le système crée un système, c’est qu’il y a une raison et elle est simple : faire comme les Têtes Raides, c’est à dire un groupe qui ne dérange personne et qui ne remet rien en question. En plus, ces groupes sont souvent chers, donc une petite asso ne peut pas les faire jouer. Ces artistes-là ne sont pas non plus regardant sur le prix des places alors que c’est important : la culture doit être accessible à tous. Cela aboutit à des groupes bobos, un peu comme les Orges de Barback. C’est pour cela que je n’ai pas voulu reprendre “Salut à toi” avec eux en concert. J’ai juste demandé qu’elle était le prix de la place. Ils ont été surpris mais je leur ai dit que je refusais de jouer à ces prix-là !

  • Ces groupes, et beaucoup d’autres, se disent pourtant militants ?

Ils n’ont rien fait avancer. Ils ont laissé quoi comme trace au niveau de la lutte ?

  • Ils ont laissé des chansons ! Un artiste doit-il être militant ?

Ce qui est artistique est revendicatif. Après, est-ce militant, c’est encore autre chose ! Tu peux être revendicatif sans être militant car être militant, c’est être impliqué et impliquer sa vie personnelle. La vie est une lutte. Aujourd’hui, on arrive à 1984 : tout le monde surveille tout le monde et c’est triste ! Mais c’est certainement parce que les artistes ont laissé faire et ne se sont pas assez investi. Ils pensent trop à leur carrière.

Je vois aujourd’hui de jeunes groupes très encadrés, qui n’ont pas encore joué en concert et qui répètent dans des Smac (Salle des Musiques Actuelles) alors que nous, nous avons beaucoup de mal à jouer dans ces salles car nous ne sommes pas intermittents ! Les Smac sont financées par la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) et celle-ci demande dans son cahier des charges de faire jouer des intermittents ! Nous sommes considérés comme des non-professionnels car nous faisons des contrats de vente à une association. On peut jouer dans une SMAC uniquement quand une association extérieure organise. Cela est vraiment grave !

En soi, l’intermittence ne me dérange pas car si les artistes pensent que c’est une bonne idée, OK, c’est leur histoire, mais ce qui m’agace, c’est qu’elle impose un statut unique. C’est comme les contrats de confiance avec les mairies, cela a abouti à la fin des squats ! On occupait des logements inoccupés pour en faire des lieux culturels autogérés, sans l’aide de l’Etat, sans éducateur ni surveillant. Ce qui est artistique doit être entièrement libre sinon cela devient commercial !

  • Est-ce devenu risqué pour un artiste de s’engager ? Est-ce que la musique ferme sa gueule aujourd’hui ?

Oui, je suis d’accord, la musique ferme sa gueule ! Lorsque l’on joue près de Flamanville et que l’on parle d’Areva, les gens s’en vont. Pas parce qu’ils ne sont pas d’accord – évidemment que cela craint –, mais parce qu’ils préfèrent faire l’autruche.

Nous n’avons pas assez de conscience par rapport à nos enfants et aux générations à venir. Un proverbe dit : « On n’hérite pas de la terre de nos ancêtres, on emprunte celle de nos enfants ». J’ai cela constamment en tête. On ne peut pas sacrifier nos enfants sur l’autel de nos emplois. En plus, des emplois pourris où les gens se détruisent la santé. C’est complètement aberrant. Nous sommes dans des civilisations riches ; je n’ai jamais pu comprendre pourquoi on n’arrivait pas à partager. Après 1981, j’ai vite compris que la Gauche n’existait pas vraiment et que le partage, ce n’était pas gagné !

  • Vous croisez sur la route beaucoup de groupes engagés ?

Pas énorme, franchement. J’ai plutôt l’impression que nous sommes les derniers d’une génération. Tout le monde attend un peu que l’on ne soit plus là… Avec les Béru, c’était la même chose. C’était comme si tant que nous étions là, les groupes étaient coincés, ne signaient pas sur une major pour ne pas avoir l’air con. Quand nous avons arrêté, cela a été la ruée vers l’or, directement. Tous les groupes ont signé ! Résultat : il ne se passe plus rien. Signer les groupes, c’est les contrôler et s’ils deviennent incontrôlables, on les met au placard.

No one is innocent, par exemple, est un groupe très engagé mais qui a du mal à trouver son audience… Ils ne sont pas assez clairs dans leur démarche. Je les vois à l’affiche dans des lieux où nous refusons de jouer car le prix des places est trop cher. Il y a aussi les services d’ordre, j’appelle cela les gardiens de la fête, de la même manière qu’il y a les représentants de l’ordre et les gardiens de la paix, ce n’est pas pareil. Les gens ne voient plus ce genre de nuance.

  • Difficile d’imposer de jouer sans service d’ordre aujourd’hui…

Nous, on reprend de la musique traditionnelle bretonne et des standards du punk en les présentant comme des morceaux traditionnels, car le punk a une tradition : il a 40 ans quand même ! On reprend du Béru, mais pas d’un côté récupérateur, d’un côté traditionnel. Les textes restent très actuels, même 25 ou 30 ans après… Le morceau “Noir les horreurs”, l’un des premiers, est très représentatif. C’est un manifeste réel écrit quand nous avions 17 ans et qui garde encore toute sa force. Je trouve vachement bien aujourd’hui à 52 ans d’être en pure osmose avec ce que j’étais à 17 ans. La seule différence, c’est que j’ai voyagé, j’ai rencontré plein de gens, j’ai pris de la maturité : je n’ai plus besoin de balancer 50 flèches, je n’en balance qu’une !

  • Aujourd’hui le système est trop verrouillé pour imposer ses conditions, comme notamment jouer sans service d’ordre ?

Je ne dis pas de jouer sans service d’ordre mais d’aller les voir. Nous, avant chaque concert, nous allons voir les gens de la sécurité et on leur explique comment on voit le concert. Aucun autre groupe ne le fait ! C’est comme un fait accompli. C’est comme ça ! Alors qu’il suffit de leur parler : on ne va pas leur mettre des chemises à fleur, mais voir dans un concert des mecs de la sécurité habillé en noir et qui font la gueule, ce n’est pas hyper cool, ils pourraient être autrement. On n’impose rien, juste de leur parler, ils sont contents car on s’intéresse à eux.

Au lieu d’avoir cette attitude malsaine de pointer les gens du doigt en disant « Que fait le front national ? C’est eux les responsables » : le dialogue est important. On reprend beaucoup de morceaux traditionnels, et pas uniquement bretons mais aussi grecs, kabyles, palestiniens, ukrainiens… Et il se trouve que dans les gens de la sécurité, il y a beaucoup de gens de l’immigration, ils sont très touchés et viennent nous voir après les concerts. Si tous les groupes réagissaient comme nous, peut-être que les choses pourraient changer, mais s’il n’y a que nous, c’est un coup d’épée dans l’eau.

Au lieu de dire que c’est la faute du capitalisme, de l’argent, du mondialisme ou encore du repli sur soi, construisons autre chose car le système est un vampire : il se nourrit des gens. Si on ne s’intéresse plus au système, il meurt tout seul, sans aucune violence. C’est vachement important. La révolution, j’en suis revenu. Cela ne veut pas dire grand-chose pour moi, c’est un beau concept mais une révolution, c’est quoi ? Des gens qui vont se battre et s’entretuer ? Cela ne sert à rien. Tout est dans l’évolution, dans le mental.

  • Justement, l’évolution, en musique, ce n’est peut-être plus l’engagement ?

Oui, c’est ce que je dis, ceux ne sont plus des artistes musicaux. Alors cela passe peut-être par d’autres biais, la littérature, le cinéma, la danse, la peinture, le graphisme… Plein de choses se sont passées après le punk : s’il est encore là 40 ans après, c’est quand même fort ! C’était un mouvement indomptable, insoumis. C’est normal que la jeunesse flashe dessus. On est dans un système où l’autorité prime sur tout. On est constamment obligé de courber l’échine, dans son boulot, pour trouver un logement… Ne pas être comme les autres, c’est une richesse. Le repli sur soi c’est le pire et c’est ce qui arrive actuellement.

Les artistes qui ne s’impliquent pas cautionnent. Tino Rossi faisait des galas devant Hitler, c’est quand même grave ! L’artiste a, entre guillemet, le pouvoir de déclencher un déclic dans la tête des gens. Il faut prendre ce pouvoir car  si l’artiste ne le fait pas, qui va le faire ?

Aujourd’hui, l’artiste semble craindre pour son image… Ce n’est plus un artiste, c’est un travailleur de la musique. Un travailleur, c’est un esclave. La passion, ça c’est du vrai travail. Les artistes qui travaillent pour des questions alimentaires, c’est nul ! Il faut voir sur les migrants. Est-ce que Les Têtes Raides se sont exprimés, eux qui ont accès à la grande presse ? Non, car ceux sont des travailleurs. Et le travailleur, il ferme sa gueule car derrière il y en a 50 pour prendre sa place !

Quand je vois Renaud, je me demande s’il se rappelle encore qu’il a fait un album qui s’appelle Hexagone. Je pense qu’il a beaucoup de problèmes par rapport à l’alcool. Il doit être très mal dans sa peau, il a fait le choix d’avoir une vie de bourgeois, très bien mais quand on écoute ses premiers titres, on n’a pas l’impression qu’il aurait fait une carrière comme cela. C’est hallucinant ce manque de cohérence. C’est exactement comme les hommes politiques sauf qu’eux n’ont pas de conscience, donc cela ne fait rien !

  • Il faut bien vivre, gagner de l’argent…

Oui, c’est ce que tout le monde dit. Je pense que le système pourrait être autrement, que l’on pourrait être épanoui. En Grèce, ils n’ont plus rien, alors tout, dans certains quartiers, est basé sur le partage, avec une machine à laver pour 4 ou 5 foyers. Les gens commencent à s’organiser car ils n’ont plus rien ! Notre mot d’ordre c’est : « Tu pollues la planète mais au moins tu gagnes de l’argent ! » Comment expliquer cela à nos enfants dans 20 ans. Comment ces gens-là pourront expliquer à leurs enfants qu’ils ont tout détruit parce que fallait faire les courses au supermarché. On n’est pas hyper intelligent en fait. On scie tous les jours la branche sur laquelle on est.

Je pense qu’il faut prendre chaque espace public. Chaque initiative qui va dans ce sens, je trouve cela bien. C’est super de se filer rencart dans la nuit pour discuter même s’il y a tout et n’importe quoi. Il faut s’habituer à fonctionner comme cela car c’est la vraie liberté de penser, même si on tombe sur des personnes avec qui on n’est pas d’accord. C’est même mieux. La contradiction, je ne demande que cela.

  • Y-a-t-il une relève ?

Avant dans les collèges, tu voyais quelques jeunes un peu différents mais maintenant, c’est uniformisé. C’est même interdit de rentrer dans un collège avec une crête rouge. Tu ne peux même plus être comme tu veux ! Les jeunes essayaient de développer leur personnalité, maintenant, ils se fondent dans la masse. Et surtout pensent à leur carrière, à avoir une vie facile. Les jeunes, leur utopie, c’est de faire partie de cette élite qui va marcher sur la gueule des autres.

  • La jeunesse d’aujourd’hui ?

J’ai des gamins, je suis grand-père. J’ai cinq gamins, ma compagne en a deux. Je suis confronté aux téléphones portables. Je leur explique et ils voient que je ne suis pas collé sur mon écran. Quand un adulte dit des choses qu’il fait, les enfants acceptent, mais la plupart des adultes empêchent aux jeunes de faire ce qu’eux-mêmes font. Cela ne peut pas marcher. Je dis souvent « N’écoutez pas ce que je dis, mais écoutez ce que je fais ». La manière dont tu te comportes est beaucoup plus importante. On me voit dans la salle, avec le public pendant les autres groupes. Je veux être avec les gens. Je trouve l’après-concert hyper important. J’adore ces moments de rencontre.

  • Tu as gardé l’esprit de tes débuts ?

Je ne me suis jamais renié, c’est très important. Je pense que si on vote FN, c’est que l’on ne pense absolument pas à tous les gens différents qui vont s’en prendre plein la gueule si ces gens-là arrivent au pouvoir. Ils le sont déjà un peu car ils ont tellement de voix qu’ils forcent tous les partis politiques à appliquer leur politique. Arrive alors l’oppression par rapport aux homos, aux réfugiés, aux marginaux, à ceux que l’on appelle des fainéants. Quand on ne veut pas rentrer dans le système, on est considéré comme un fainéant. C’est complètement aberrant car l’autogestion demande une présence à 100%. Moi, après 39 années de concerts, je me prends en charge. Je n’ai pas de producteur, de directeur artistique ou de label. Je n’ai pas mes petits journalistes de presse à qui je vais téléphoner pour me filer un coup de pouce quand je sors un album. Je fais les choses et cela demande une grosse énergie. Alors quand les gens disent qu’un marginal, c’est un fainéant, qu’est-ce tu veux faire ? Que ces gens-là aillent dans la rue, vivent sous les ponts, dans les ghettos, dans les campements et on verra bien. Eux ont une belle vie, cette vie où ils acceptent d’être esclave. Ils participent gaiement à la grande destruction de la planète ! Et ils le font pour leur gueule. C’est inadmissible. Les gens ne sont respectueux ni des autres ni d’eux-mêmes.

 

 

 

Intégralité de l’entrevue parue dans le magazine Longueur d’Ondes été 2016

Le site de des Bérurier Noir

Texte : PATRICK AUFFRET
Photo : SEBASTIEN BANCE


Publié le