Violett Pi @ Francofolies de Montréal 2016 © FranckBillaud - Longueur d'Ondes

28e édition des FrancoFolies de Montréal

Du 9 au 18 juin 2016 , Montréal (Québec)

MÉTÉO : Automne au début, été à la fin !

CADRE : Festival gratuit à ciel ouvert en plein centre-ville de midi à minuit, avec quelques concerts payants en salles également. Chaque année, la plus belle moisson d’artistes francophones du monde !

LES PLUS :
– C’est l’ultime FrancoFolies à ne programmer que du franco, contrairement à celles de La Rochelle et de Spa qui ont cédé à l’anglo,
– Le panel sans œillères de la programmation : du rock au hip hop, de la world à la chanson, de la country à l’électro ou au trad…
– 200 spectacles, 1000 artistes venus de 15 pays,
– Chaque soir un grand spectacle extérieur gratuit avec, au programme, des créations, des spectacles renouvelés, des défis lancés dont on retiendra l’excellent show de Louis-Jean Cormier qui nous propose de méditer sur cette citation : « A quoi ça sert d’être brillant si t’éclaire personne ? »

LE MOINS : Impossible de trouver des bouchons d’oreilles sur tout le site (mais pour la bière pas de problème). Cependant, quand on invite les familles (donc beaucoup de jeunes enfants) à venir se balader dés l’après-midi gratuitement de concerts en concerts, le minimum est de s’associer aux organismes de prévention auditive pour proposer bouchons et casques enfants, surtout quand on voit la puissance de décibels des scènes…

GRANDE ÉMOTION pour Ariane Moffatt, habillée du drapeau ar-en-ciel des LGBT, qui dédie son méga show en plein air aux victimes du massacre d’Orlando. « A chaque fois qu’on va tenter de détruire l’amour, faudra le reconstruire ailleurs ! » La foule des grands soirs est là pour la soutenir. Elle offre un son et lumière réussi où l’on entend Bowie, Gerry Boulet d’Offenbach, Daniel Bélanger, Madonna, le thème de Rocky de Stallone ou encore Phil Collins…

FAUSSEMENT GIVRÉE : Avec GiedRé, c’est toujours la folie (« Oh quelle belle forêt d’anus québécois ! »). Avec sa robe à fleurs et sa couette, la blondinette nous balance des textes tendance scato sur tous ces trucs pas nets du quotidien et les tourne en dérision. Le fond reste d’une pertinence absolue ! Indiscutablement l’artiste la plus drôle de ces Francos qui se permet de dégommer Vianney : « Ah ! Voilà un artiste qui n’a pas peur de dénoncer, de tirer à boulet rouge dans ses chansons ! Mais ils sont où les gens ? Ben ils sont pas là, pas là ! »

UNE POP D’AMPLEUR : Radio Elvis livre une pop rock lyrique et onirique, servie par une belle présence scénique. Il y a tout pour ce concert : la fraîcheur et le talent du groupe qui se donne sans retenue, un rythme soutenu, mais aussi un public vraiment conquis qui, a priori, connaît déjà le répertoire du groupe, mené par un chanteur qui fait penser à Bashung et Harry Potter !

ROCK :
– Avec Galaxie, Marie-Pierre Arthur a viré rock’n’roll : un show électrique aux guitares saturées et aux musiciens survoltés. Joie de jouer communicative ; par contre, le gros son a occulté tout le reste et la formule a manqué de subtilité, ou plutôt de variété de rythmes, dans le déroulement du concert.
– Les Hôtesses d’Hilaire : du rock alternatif servi par une joyeuse et fougueuse troupe acadienne dont le chanteur en impose par sa présence et son humour décalé. 3 albums au compteur et plusieurs tournées réalisées en France, en Belgique et au Québec. Sympathique, drôle, énergie communicative et ambiance bon enfant sur scène et dans le public. Un show formule bière-poutine !
– Le Métropolis est en feu pour Louise Attaque et pour cause le groupe se donne totalement… Oui, avec l’âge, Louise ne s’est visiblement pas calmée…
– Un carton pour Groovy Aardvark au Métropolis, à l’occasion des 20 ans de l’album “Vacuum”.

HORS NORME : Surprenant VioleTT Pi, un style qui détonne autant musicalement que sur scène : un mélange totalement improbable pop-rock-grunge soutenu par une voix étonnante et une présence charismatique indéniable. L’exploit est d’avoir des succès radio avec des titres aux antipodes du calibrage FM. Bravo !

RAP QUÉBÉCOIS :
Gatineau revient après quelques années de pause, le temps d’un concert pour célébrer les 20 ans des Francouvertes, l’occasion aussi de redécouvrir en live cette formation québécoise hip-hop rock indé allumée… Un retour un peu décevant : il manquait le complice de la grande époque, le chanteur d’Orange Orange, et show un peu décousu dans le rythme malgré la bonne volonté de Seba le chanteur de la formation.
– un grand show 100 % hip-hop québécois réunissant Brown, Alaclair Ensemble, Dead Obies, Loud Lary Ajust.

SYMPHONIQUES :
– “Serge Gainsbourg Symphonique” est une création originale des Francos, un spectacle grandiose avec notamment un Arthur H. habité par l’interprétation live de “’L’histoire de Melody Nelson”. Superbe salle, orchestration imposante qui sert magnifiquement bien l’œuvre, public très attentif, silence d’église… L’homme à la tête de chou doit savourer quelques Gitanes sur ce coup-là.
– Avec Windigo Alexandre Désilets “se paye la traite” avec 18 musiciens des violons aux cuivres, du piano à la guitare électrique, plus un cercle blanc dans lequel passent des vidéos s’accordant aux titres du chanteur à la voix étonnante (certainement l’une des plus belles du Québec). Contrairement à ce que l’on aurait pu craindre, ici rien n’est figé, guindé, non, ça groove, ça rocke, ça worlde à fond. Un grande claque !

REPRISE : Pierre Lapointe a livré sa version 2016 de La forêt des mal-aimés en moins fougueux, plus intimiste. Décor totalement différent, mais les mêmes musiciens, instruments, et les arrangements orchestraux initiaux. Une sorte de voyage dans le temps que le public est venu partager en masse et dans l’enthousiasme sur la Place des Arts de Montréal.

LA CHANSON DES FRANCOS : Celle que Longueur d’Ondes a retenu de tout le festival vous cueille au détour d’un set plutôt enjoué entre une “Salope” salvatrice et une reprise de Boris Vian… celle, balancée par un grand dégingandé penché sur son micro – souvent en position flamand rose -, et qui fait s’embrumer les yeux, c’est “La symphonie d’Alzheimer” de Barcella.

CARTONS PLEINS POUR…
Oxmo Puccino et son hip hop mature et positif de haut calibre conquièrent un Metropolis plein à craquer pour saluer l’artiste. Poésie, bienveillance et optimisme : ça fait du bien.
Jean Leloup et sa formule solo très réussie du Fantôme de paradis city a hypnotisé le public. Jeu de scène sans exubérance, mais efficace ; éclairage sobre. Maquillage aux airs du Joker.
– Carton aussi pour le festival lui-même : meilleures ventes de billetterie des 15 dernières années et de nombreux spectacles à guichets fermés, dont Feu! Chatterton, Yann Perreau, Thomas Fersen, Tire le coyote, Louise Attaque, Safia Nolin, Diane Dufresne, Marc Dupré et Jean Leloup.

COVER : Patrice Michaud, le conteur qui chante désormais du blues-rock rend hommage à Bashung dans une version réussie d’“Osez Joséphine”, alors que Vianney, seul à la guitare sur une scène bien trop grande pour lui, tente de se rappeler “Deux par deux rassemblés” de Pierre Lapointe… en vain !

HYDRE À DEUX TÊTES :
Scarecrow, quatuor à deux leaders, l’un rocailleux blues-rock (guitare), l’autre au flow hop hop (platines) propose une alliance surprenante mais emballante !
KrisMenn & AleM c’est l’histoire du chant breton traditionnel qui rencontre le hip hop avec pour seule instrumentation et bruitage : les voix ! Difficile de faire un duo plus original ! Le public embarque, très réceptif.

HOMMAGE : Pour coller au disque de reprises de Diane Dufresne, “Intemporelle”, un show est proposé à la Maison Symphonique avec beaucoup d’invités autour d’une Diane sobre, à la voix toujours impeccable. Oublions quelques passages insipides vraiment pas à la hauteur de l’évènement et retenons l’émouvant Alexandre Désilets (“Que”), le subversif Pierre Lapointe (“La vie en rose”), la bombe Betty Bonifassi (“J’taime plus que j’t’aime”) et la chair de poule générale provoquée par l’éblouissante Jorane reprenant le sublime “Parc Belmont”. Oui, un vrai souvenir heureux !

DOMMAGE
– En plein air, Dumas se la joue dancefloor avec force de musiciens et choristes, mais ses « Tututtututu » ou ses slogans « Sur la piste de danse » à répéter sans fin lassent assez vite. N’est pas -M- qui veut…
Pandaléon, beau trio planant à la Besnard Lake’s, mais en français dans le texte, reste assez replié sur lui-même, totalement absorbé dans son trip musical, ne communiquant pas avec le public (qui d’ailleurs reste assis dans l’herbe au soleil couchant d’une soirée douce), dommage, on en voulait davantage.
– Le son du Club Soda pour Yann Perreau n’est qu’une bouillie. Impossible de savoir s’il chante en japonais ou en autrichien ! Cependant il déploie, comme toujours, une énergie monstrueuse.

LA PETITE PHRASE en conférence de presse finale, du PDG des Francos, Jacques-André Dupont, à propos d’un incident (quelques jeunes éméchés ou stone ont tenté de monter sur scène et ont fait quelques dégâts matériels, blessant deux policiers) : « Depuis 28 ans que nous proposons toutes sortes de musiques et de communautés, le festival reste festif et sécurisant. Ce grabuge reste un cas isolé issu de gens un peu trop énervés. »

L’AN PROCHAIN, pendant le 375ème anniversaire de Montréal, les dates : du 8 au 18 juin 2017.

 

Le site des Francofolies de Montréal

Texte : Serge Beyer & Franck Billaud
Photos : Franck Billaud
Victor Diaz-Lamich pour Diane Dufresne
et Benoit Rousseau pour Alexandre Désilets

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