Flow sucré

Ex-membre du groupe Milk Coffee & Sugar, le rappeur-slameur parisien s’est lancé en solo il y a un an. Après avoir publié pas moins de 27 mini-clips sur internet, Suga s’apprête à sortir le 18 mai son EP Ici / Là-bas, porté par un premier single éponyme qui dénonce les inégalités entre le Nord et le Sud.

Suga - Photo: Lalita Santana - Entrevue avec Longueur d'Ondes

Printemps 1989. Un gamin de onze ans passionné de poésie découvre le rap par le biais d’EMPD. La vague française ne tarde pas arriver avec NTM, IAM et Assassin. C’est la claque. De celle qui marque à vie. Edgar Sekloka ne l’oubliera jamais. Le temps d’achever une licence d’arts et spectacle, il intègre le collectif Chant d’encre en 2000 aux côtés de Nëggus et Gaël Faye, deux piliers du slam français.

 J’ai quitté Milk Coffee & Sugar pour des raisons qui m’appartiennent

Cinq ans plus tard, Suga fonde avec ce dernier le groupe Milk Coffee & Sugar. Guillaume Poncelet assure la direction du premier album. La suite est connue : révélation du Printemps de Bourges 2012, reconnaissance médiatique, signature chez Auguri, collaboration avec Tumi et Oxmo Puccino puis… plus rien. Le duo s’arrête subitement sans annonce publique. « J’ai quitté Milk Coffee & Sugar pour des raisons qui m’appartiennent et que l’équipe du groupe a respectées. L’aventure a été belle et unique. Quand j’aurais un peu entamé la mienne, je serai en mesure de définir ce qui contraste, ce qui est difficile comme ce qui est appréciable » explique l’intéressé.

 

 

Difficile d’en savoir plus. Cependant, une chose est sûre : l’auteur-compositeur-interprète ne compte pas se laisser aller et publie, dès avril 2015, une série de 27 mini-clips baptisée Sugatapes. Un moyen de garder la main mais également de préparer le terrain pour la sortie de son premier EP Ici / Là-bas, en partie financé par le crowdfunding. « Il y aura six titres. Les couleurs musicales, je n’arrive pas vraiment à en parler, pas encore du moins, c’est sans doute trop frais. Je dirais que c’est sucré et que pour le réaliser, j’ai eu la chance de travailler avec Mathieu Gramoli et Lucas Saint-Cricq. Ils sont respectivement batteur et saxophoniste-bassiste. Amateurs de rap, de pop, d’électro et de jazz, ils sont surtout très portés sur le texte. Et ça, je surkiffe ! »

Je me bats pour faire entendre ma voix dans une industrie saturée

Une aventure de cœur avant d’être stratégique. « Il n’y a pas de concept au sens marketing du terme pour cet EP, il y a simplement l’adulte que je suis devenu qui chante ses doutes et ses espoirs à l’enfant que j’ai été. » Distribué en numérique par Believe Digital et pressé à 500 exemplaires physiques, Suga espère que le projet lui permettra d’enchaîner avec un album. « J’ai envie de le faire et de tourner avec, je me bats pour faire entendre ma voix dans une industrie saturée. En résumé, je joue des coudes comme tout le monde, en proposant des chansons. L’idée étant de trouver un label qui aiderait à financer l’album. Si jamais je n’en trouvais pas, je ferais comme je peux, c’est-à-dire que je m’appuierais essentiellement sur la générosité des personnes qui m’ont aidé à construire l’EP ».

Le single dévoilé le 18 avril brouille les frontières. Phrasé hip hop, sonorités africaines… Impossible d’y coller une étiquette. D’une musicalité certaine, le morceau privilégie les paroles à travers un concept simple mais efficace : dénoncer les inégalités entre le Nord « d’ici » et le Sud de « là-bas ». Cela résume tout le conflit intérieur de Suga, originaire du Cameroun. « Les journaux font tout ici / Pour qu’on sache rien de ce qui se passe là-bas / S’il y a un génocide là-bas / C’est la coupe du monde ici ». Un démarrage qui augure du meilleur pour le 18 mai.

 

 

Ici / Là-bas
Suga Music / Believe Digital

Site de Suga 

ALEXANDRE SEPRÉ
Photos : Lalita Santana

 


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