Retours vers le futur

Revenir, exister. Un souhait partagé par ces deux groupes des années 90. Louise Attaque revient après dix ans de projets solos, quand le chanteur de Dionysos est enfin guéri d’une grave maladie auto-immune qui aurait pu lui coûter la vie. Pourtant, si les premiers sont aussi mesurés que les seconds sont zébulons, les formations partagent une histoire commune.

LOUISE ATTAQUE & DIONYSOS -entrevue- Longueur d'Ondes : Dionysos. Mathias Malzieu et Elisabet Maistre.Portrait 2016.Paris.Michela Cuccagna©

  • Dans quel contexte s’est passée votre première rencontre ?

Gaétan Roussel (Louise Attaque) : Par l’intermédiaire de Marc Thonon, l’ex-patron du label Atmosphériques. Très vite, nous avons partagé la scène ensemble…

Mathias Malzieu (Dionysos) : Nous avons fait trois fois leur première partie. Le concert le plus déterminant fut à Rennes (Le Liberté)… La foule scandait « Louise Attaque ! Louise Attaque ! » et le type de la régie avait perdu les réglages des balances… L’horreur. C’est à cette occasion qu’une attachée de presse nous a présentés au label Tréma.

Babet (Dionysos) : Il y a aussi eu la date à Lille (Aéronef) ! Nous avions vendu au moins 50 CD, alors qu’avant, on ne vendait que trois albums par concert… Il y a même une fois où ça a fini en bataille d’extincteurs à l’hôtel ! Nous avions été punis de petit-déjeuner le lendemain…

Mathias : Les Louise Attaque nous avait choisis. Quelques années plus tard, on a décidé de faire pareil avec les groupes de nos premières parties.

  • Saviez-vous que votre reprise commune du titre de Noir Désir, « Le Fleuve », est un bootleg qui s‘échange sous le manteau ?

Mathias : Ah oui ? Je me souviens surtout que nous l’avions fait pour nos 10 ans, à Valence.

Gaétan : Super souvenir. On avait répété pendant deux jours.

Mathias : J’avais la jambe dans le plâtre… C’était une réinterprétation très dub, avec beaucoup de tensions et des arrangements assez marécageux. L’interprétation de Noir Désir était d’ailleurs meilleure sur scène que sur album !

Robin Feix (Louise Attaque) : Noir Désir faisait incroyablement sonner le français. On avait eu cette claque en 89… Après Téléphone et la Mano Negra, il y avait un vent neuf dans la façon de chanter.

Mathias : Noir Désir ne jouait pas pour des chapelles. De la chanson française alternative, un peu comme Têtes Raides, et du rock rigolard à la Sheriff, tout en rêvant des États-Unis (The Gun Club, Nick Cave… — même si c’est un Australien). On a été nourris par un appétit similaire. Nous sommes des héritiers de cette intransigeance.

  • Vous avez toujours la même fascination pour les États-Unis qu’à vos débuts ?

Arnaud Samuel (Louise Attaque) : C’est vrai que nous étions influencés par ce pays, même si nous n’avions pas forcément les mêmes références. Ce sont, par exemple, les autres membres qui m’ont fait découvrir Violent Femme (Ndlr : trio folk américain 80’s) et ça m’a plu ! Moi, j’avais commencé avec Bob Dylan sur lequel on s’entendait aussi. Puis, petit à petit, il y a eu une influence de pop anglaise dans le groupe.

Mathias : Nous, c’est plutôt une fascination pour le rêve américain, voire d’une certaine Amérique. Cinéma, Beat Generation, culture underground… On continue d’aimer mais on évolue aussi. Finalement, si on s’est aussi rapprochés de l’Angleterre, comme les Louise Attaque, les Anglais que l’on préfère sont ceux fascinés par les États-Unis ! La preuve ? On a enregistré avec John Parish (Ndlr : Giant Sand, Eels, Tracy Chapman…).

  • En 2006, vous reprenez ensemble « Song 2 » de Blur pour l’émission TV Taratata. Un choix étonnant…

Mathias : C’était justement l’idée de Gaétan ! Nous nous étions vus à l’avant-première du film « Walk The Line » sur Johnny Cash, artiste que nous affectionnons tous les deux. Le plus drôle, c’est que la production avait d’abord refusé que deux batteries jouent ensemble… En tout cas, j’ai toujours trouvé des similitudes entre Gaétan et Damon Albarn (Ndlr : Blur, Gorillaz, The Good the Bad and the Queen…) pour son côté touche-à-tout discret.

Gaétan : On était en tournée pour notre troisième album À plus tard crocodile. Il y a une anecdote que j’adore, et que Mathias me rappelle à chaque fois, c’est qu’Arnaud se comptait tout seul pour démarrer le morceau… 1, 2, 3, 4. Alors que c’était le seul à commencer et que nous n’avions pas besoin de le suivre !

Arnaud : Hey, c’était pour essayer de mettre les gens dans le bain… (rires)

  • Ce que vous avez également en commun, c’est d’avoir écrit pour les autres…

Mathias : J’ai croisé Gaétan pendant l’écriture de Bleu Pétrole de Bashung, qui est finalement – même si ce n’était, au début, pas mon préféré pour son côté pop – l’album de l’artiste que j’écoute le plus. Il se découvre au fur et à mesure. Moi, en parallèle, j’écrivais pour Olivia Ruiz. Nous avions beaucoup échangé à ce sujet.

Gaétan : Mathias utilise beaucoup de son histoire personnelle dans Dionysos. Nous, on reste dans le flou… Pas dans la métaphore, mais dans un espace dans lequel on peut s’installer. Le fait que l’ensemble soit interprétable nous intéresse.

Arnaud : On tient juste à ce que les albums aient un début et une fin…

Gaétan : Sortir un album était important pour nous. On s’est retrouvé il y a 2 ans et nous ne sommes plus que trois membres. On s’est mis autour de la table avec plusieurs envies : se réapprivoiser, voir ce que nous étions devenus et avoir un projet commun. La 1re étape était logiquement un album pour préparer un live, qui reste notre objectif… Il faudrait interroger Les Insus ou Mickey 3D pour savoir si c’est la même démarche.

LOUISE ATTAQUE & DIONYSOS -entrevue- Longueur d'Ondes - Louise Attaque.Portrait 2016.Paris.Michela Cuccagna©

  • Étiez-vous attentifs à vos carrières respectives ?

Arnaud : Bien sûr. On est contents. On est curieux. Mais il n’y a pas de rivalité. Nous avons d’ailleurs sorti À plus tard crocodile à quelques mois d’écart de leur Monsters of Love.

Gaétan : Et on se retrouve 10 ans plus tard avec une sortie commune !

Mathias : Louise Attaque a ouvert des portes… Pas seulement les nôtres ! Ils sont exigeants ET populaires (dans le sens “succès“). Leur dernier album n’a rien à voir avec ce qu’ils pratiquaient. Leur patte, c’était « batterie frappée aux ballets ». Nous ? Ce sont les sauts…

Robin : On ne se voit pas comme des références. D’ailleurs, on peut le dire, quand on voyait Dionysos sur scène… Pfiou. Ils nous donnaient une énergie dingue ! On était à fond. Il y a même un jour où ça m’avait tellement excité que je me suis cassé la cheville sur scène…

Gaétan : Ce qui nous rassemble, c’est vraiment cette réflexion : comment allons-nous jouer de l’instrument acoustique et quelle histoire allons-nous transmettre avec ? Du coup, on se retrouve dans Beck, dans Tom Waits. Le son un peu déglingue.

  • Quelle différence entre la musique des années 90 et celle d’aujourd’hui ?

Robin : L’aspect technique ! Pouvoir composer à distance. Les uns répètent et envoient à l’autre, etc. C’est quelque chose que nous ne faisions pas avant. Ça donne de la liberté. Pour le reste, c’est seulement une question d’époque qui influe forcément sur ce que nous allons raconter.

Mathias : C’est également la possibilité de projets parallèles (albums solos, livres, films…). Ce qui a permis à notre groupe de tenir ; ce qui n’était qu’un fantasme il y a 15 ans.

Babet : Pour moi, ce n’était pas du tout un fantasme d’être sur scène, alors que j’y ai finalement passé ma vie… Marrant. Mais c’est vrai que l’on met beaucoup de nous dans la musique. Et on est très curieux ! C’est donc normal qu’elle évolue.

Robin : Comme Dionysos, nous sommes des musiciens autodidactes. On n’a pas une connaissance folle de la musique. On la vit donc de façon empirique.

Gaétan : Nous, nos projets parallèles n’étaient pas dus à un étouffement, mais parce que nous avions moins de choses à raconter ensemble. On a toujours considéré ça comme une pause. La première fois, c’était après le deuxième album (Ndlr : Comme on a dit, 2000) : ça déstabilise… Puis, on a réitéré ! Nous avons intégré le fait que nous pouvons évoluer en dehors. Et ça a nourri le groupe.

Site de Dionysos

Site de Louise Attaque

 

SAMUEL DEGASNE

Photos : Michela Cuccagna

 

Exclu : entrevue vidéo avec Louise Attaque / en partenariat avec les studios Findspire


 


LOUISE ATTAQUE & DIONYSOS -entrevue- Longueur d'Ondes

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4e disque et un batteur en moins, le trio – désormais quadra – livre une électro-pop resserrée, prenant acte du temps passé. Propos sombres, violon revisité, élans rock, ballades distanciées… Leurs stigmates ont disparu avec leur innocence.

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8e album studio, dont certains textes sont issus du journal intime du chanteur, racontant son conflit avec la maladie depuis 3 ans. Si l’énergie habituelle est naturellement freinée par la nature du récit, le groupe s’essaie à une version plus acoustique et chanson.