Faux-frères mélancoliques

Alors que leur 5e album résonne déjà comme une évidence, les cinq rouennais de la Maison Tellier sont déjà sur la route. Et si Avalanche était l’album de l’année ?

La Maison Tellier - Patrick Auffret (1)

Le premier titre de leur nouvel opus, « Cinq est la numéro parfait » renvoi forcément directement à leur condition. Cela fait neuf ans déjà que les cinq faux-frères Tellier jouent ensemble un folk-rock raffiné et introspectif. Et dix ans au total que le quintette affine son style, à la manière d’une fratrie que rien ne désunit. « Cette chanson explique le truc, indique Helmutt Tellier, chanteur et auteur des paroles. On propose aux gens une famille de musiciens. A eux ensuite de choisir, de rentrer ou pas dans cet univers-là et de se dire que l’on est tous frères ! Ou de prendre du recul et de se dire que dans le tas, il y a quelques frangins, mais pas tous …» Visiblement, les frères Tellier aime entretenir la confusion tout en revendiquant un côté Dalton « assez rigolo ».

Départ enthousiaste

Après tout qu’importe, l’essentiel reste la musique et ces cinq-là ont l’art et la manière de ciseler des chansons souvent douces mais toujours portées par un souffle qui peut être épique. Les grands espaces américains et le folk made in USA semblent néanmoins avoir pris ses distances et cet opus, entièrement chanté en français, semble bien affirmer l’identité de la fratrie. « C’est notre album le plus personnel, » indique Raoul Tellier, le guitariste.

Pour son deuxième album chez At (h)ome, label indépendant qui fonctionne « à l’ancienne », La Maison Tellier tombe, un peu, les masques. « Cela correspond à une durée de vie du groupe, confirme Alexandre Tellier, le batteur. On a, à travers une certaine forme de reconnaissance, acquis une légitimité à exister. »

Une reconnaissance que le groupe touche actuellement du doigt. La tournée débute d’une manière tonitruante et les retours de l’album, sorti début février, sont enthousiastes. Résultats, les salles sont pleines, ou bien garnies. Cela donne forcément de la confiance. Clairement, un pas a été franchi. Cela se ressent particulièrement à travers les trois premières chansons de l’album, les plus enlevées, les plus accessibles certes mais aussi les plus classes.

L’arrivée d’un sixième frère

Le disque a été enregistré à La Frette-sur-Seine, en banlieue parisienne et à Montreuil avec l’aide d’un réalisateur artistique. « C’est une grande différence avec ce que nous faisions avant, souligne Helmutt. L’album précédent, nous l’avions réalisé nous-même dans des studios super chouettes. Nous étions les chefs d’orchestre. » « Nous ne nous sommes jamais autoproduits non plus, modère Raoul. Il y avait toujours quelqu’un avec nous pour mixer et remastériser. »

Là, avec Yann Arnaud, une pointure du genre, qui a travaillé notamment avec Syd Matters ou Jeanne Cherhal, le groupe a trouvé un sixième frère qui a su extraire le meilleur du combo en respectant sa volonté : s’éloigner du folk tout en chantant exclusivement en français, notamment en mettant en avant les synthés et les orgues, chose que n’avait encore jamais vraiment faite le groupe. « Il a réussi à faire sonner contemporain un truc déjà daté, cela sonne folk sans sonner roots » se réjouit Alexandre.

 

 

La guerre sous somnifère

Le résultat fait apparaître une personnalité forte, dans la lignée de Dominique A. « Ce disque permet à chacun d’avoir une porte d’entrée avant d’essayer le reste, souligne Raoul. Il y a un côté épique chez nous, mais aussi un côté mélancolique. Nous nous posons à différents endroits du spectre mais il faut bien reconnaitre que cela aide un disque d’avoir quelques morceaux plus enlevés.»

De fait, une chanson comme « Amazone » ou encore mieux « J’ai rêvé d’avalanches », qui a donné son titre à l’album, porte le groupe vers des sommets toujours plus haut en ouvrant de nouvelles portes que pour autant les musiciens n’ait eu besoin de se faire violence. « Cette chanson, évidente, n’enlève rien à notre intégrité, assure Helmutt. Cela la rend encore plus remarquable par rapport aux autres. » La chanson est portée par des paroles remarquables. Helmutt fait rimer guerre avec somnifère et avalanche avec dimanche. « C’est rassurant de chercher la rime, indique Helmutt. J’ai écrit ce texte avec les contraintes de la poésie. C’est notre seule manière de mettre les mots avant que cela ne soit chanté.»

Avec ses textes légèrement surannés et son écriture à la fois stylée et recherchée, La Maison Tellier a désormais toutes les cartes en main pour conquérir le monde, en commençant par la France. « Nous sommes en ordre rangés, souligne Helmutt. Notre tourneur et notre label bosse en bonne intelligence en amont de la sortie de l’album, nous n’avons jamais eu ça. 40 dates sont prévues d’ici la fin aout. »

 

 

Pour se faire reconnaître, La Maison Tellier a réfléchi son nouveau tour de chant avec une attention toute particulière. « A la limite l’album appartient déjà au passé, précise Raoul. On réfléchit actuellement à la manière dont nous allons jouer les morceaux sur scène. » « Peu importe la version enregistrée il y a un an, confirme Hellmut. Il y a certain titre que l’on ne reconnait presque pas, cela se passe dans l’énergie, d’une manière assez inconsciente. »

De fait, si certains titres semblent particulièrement lents et apaisés sur disque, ils prennent une aura toute particulière lorsque le groupe les joue sur scène, à l’occasion d’un show d’une heure trente qui passe sans s’en rendre compte. Peut-être aussi à cause de la très belle mise en scène qui accompagne le spectacle. « Avec un beau packaging, tu peux vendre n’importe quoi ! » rigole Raoul.

Plus sérieux Helmutt reconnait avoir en la matière résorbé l’un des péchés de jeunesse du groupe. « On a pris la mesure de ce truc-là, sans doute aussi car nous sommes désormais capable de ne plus nous concentrer uniquement sur la partie musique. Longtemps, l’intégralité de notre énergie passait dans le bien jouer ensemble, en essayant de jouer les chansons du mieux que l’on pouvait. Tous les cinq, on s’est trouvés. Notre base de départ nous permet de faire tout le temps des prestations cool. On peut donc désormais s’intéresser à ce que l’on aimerait comme lumière, et à la manière de nous placer. Nous nous sommes libérer de la mémoire vive. Tout ce qui est compétence musicale est passé dans le disque de sauvegarde. Maintenant, on peut réfléchir à d’autres trucs ! »

Site de la Maison Tellier

Texte et photos : PATRICK AUFFRET