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Pas n’importe quel zèbre

Plus qu’une simple association du 93, Zebrock est une structure d’aide et d’accompagnement à la création musicale dont le noble geste vise à défricher des terres porteuses de nouveaux talents. Petit rappel en présence de son directeur, Edgard Garcia, pour qui la musique est un outil qui a vocation de raffermir le vivre ensemble.

Dans une période où l’esthétique musicale hexagonale était encore mal définie, car subissant de nombreuses transformations, Zebrock a vu le jour avec pour mission de visualiser les styles, tendances et autres nouveautés du paysage sonore français. « Le projet est né il y a 25 ans dans le giron du conseil général de la Seine-Saint-Denis, ce dernier accordant une place importante aux politiques culturelles et aux moyens qui leur étaient alloués. A la charnière des années 80 – 90, les questions autours des musiques actuelles étaient systématiquement reliées au genre du rock mais elles ont acquis un nouveau statut en entrant dans le périmètre de la politique publique. De fait est née la nécessité de défricher des choses un peu neuves dans ce domaine » raconte Edgard.

Si aujourd’hui le terme « rock » semble devenu caduc au regard du règne sans partage de la musique électronique, la mission du collectif ne s’arrête pas à un style ou sur une manière particulière de voir et faire de la musique. Non, le but est ici autre : il s’agit plutôt d’éveiller les consciences et de cultiver un art de penser, dans lequel la musique est un outil de développement personnel, à la fois culturel et intellectuel, notamment pour la jeune génération. « Dès notre création, on s’est donné pour mission d’agir dans les milieux scolaires en considérant que les musiques et chansons pop-rock, en tant qu’objets culturels et artistiques, ont une histoire et donc un patrimoine qu’il faut transmettre. Zebrock a ainsi développé des programmes d’intervention uniques en France dans le milieu scolaire afin de contribuer à la réussite des élèves, en cultivant chez eux le désir de la musique, également pour penser l’objet des musiques actuelles comme une connaissance qui en mobilise d’autres. Cela ordonne des processus de comportements scolaires et éducatifs certains, et en Seine-Saint-Denis la question est aiguë. »

Edgard Garcia - Zebrock

A cet aspect pédagogique qui tente de valoriser le savoir inhérent à la maîtrise d’un objet sonore s’est ajoutée en toute logique une dimension de parrainage artistique pour les artistes musicaux en devenir. « Dans le même temps, un dispositif de travail, d’encouragement et de développement de la scène musicale a été créé avec des jeunes groupes, interprètes et autres, pour leur offrir la possibilité de travailler avec des artistes professionnels et leur permettre de s’enrichir de leur expérience. »

Mettre en relation les amateurs avec d’autres plus aguerris, développer la connaissance de l’enfant par l’objet musical et permettre aux jeunes artistes de se professionnaliser sont autant de missions qui se veulent en amont et en aval de l’accompagnement d’un futur musicien, mais pas question d’évoquer la notion de tremplin pour Edgar : «  Zebrock est à la recherche de musiciens dont l’univers appelle un certain potentiel mais qui peine à se développer à cause d’un manque d’outils nécessaires à sa réalisation. Je n’aime pas utiliser le terme tremplin, car il est souvent mal compris, mais il est sûr que nous sommes un point d’appui pour les politiques publiques dans le domaine de la musique scolaire et hors scolaire. Nous sommes une structure d’action culturelle, ce qui sous-entend un questionnement sur l’accès à la musique, mais aussi sur la manière dont on s’emparer de cette dernière. »

Zebrock se veut donc bien loin de toute vue mercantiliste et ne revendique pas de lien avec les circuits commerciaux : « On se fout un peu de l’industrie musicale car cela n’entre pas vraiment dans notre problématique. Notre volonté est d’être dans le partage et de rendre les gens curieux, il ne s’agit pas de promettre à un artiste la future signature de contrat. Zebrock se veut attentif à la qualité sans se laisser piéger par les sirènes du marketing qui chantent les louanges de nombreux artistes. A ce titre, des groupes comme Les Blondes et Iñigo Montoya, que nous avons programmés sur la scène Zebrock de la dernière Fête de l’Humanité, correspondent à ce que nous recherchons. »

Une posture au risque financier certain et qui dans l’exercice de l’année 2015 a porté les comptes de Zebrock dans le rouge écarlate. « Nous connaissons des difficultés en raison d’un redressement financier qui a entraîné une dizaine de licenciements. Notre avenir n’est pas inscrit dans le marbre mais nous restons combatifs car nous continuons à penser que notre action est utile. Il nous faut trouver un modèle économique stable et un projet nouveau, certainement en lien avec le numérique, qui permettront à Zebrock de continuer à se développer. Notre image de marque est forte, nos savoir-faire le sont tout autant et notre engagement associatif est très reconnu. Il faut arriver à faire en sorte que les collectivités territoriales, les services de l’État et éventuellement les mécènes nous garantissent un modèle économique permettant à l’équipe de Zebrock de pouvoir vivre de son travail. »

l'équipe + les groupes 2016 du Grand Zebrock (de gauche à droite) : Nathalie le Pennec, chargée de production / SANGUE / SOUL NOIR / Hélène Pons, directrice de production / INO ARA / Edgard Garcia, Directeur / Carole de FACE A LA MER / ALONE AND ME.

Ci-dessus : l’équipe + les groupes 2016 du Grand Zebrock (de gauche à droite) : Nathalie le Pennec, chargée de production / SANGUE / SOUL NOIR / Hélène Pons, directrice de production / INO ARA / Edgard Garcia, Directeur / Carole de FACE A LA MER / ALONE AND ME.

Dans un contexte économique et philosophique morose la mort n’est jamais loin, surtout dans le secteur de la culture… « Les politiques publiques culturelles d’aujourd’hui sont de plus en plus réduites en raison de l’austérité qui pèse sur elles. Les défiscalisations nombreuses dont jouissent les circuits financiers engendrent un manque à gagner pour d’autres, tel que le monde associatif. Les budgets sont tous en baisse, je ne crois pas que le mécénat puisse prendre le relais et je ne veux pas signer le contrat de Faust. La logique de la République entend des moyens communs qui doivent être mis en commun. Il y a une différence entre hier et aujourd’hui : l’époque de Jack Lang était plus audacieuse même si les avis divergent à son encontre. De plus, actuellement, certaines tendances populistes font que la censure réapparaît. A titre d’exemple, le fait de voir le maire du Blanc-Mesnil interdire un concert de Grand Corps Malade est inquiétant. »

C’est parce qu’il y aura toujours des fous pour changer l’avenir et d’autres encore plus inconscients pour les suivre, que l’espoir reste de mise pour une année 2016 qui, on l’espère, apportera la prospérité à une aventure qui court maintenant depuis deux décennies et dont les projets ne manquent pas. « Je pense réaliser une carte du monde des musiques dont l’exploitation fournirait un outil assez riche sur le plan documentaire et attrayant sur le plan des usages, pour promouvoir à la fois des connaissances musicales et formuler un réseau social qui puisse connecter les gens entre eux. Un collégien lambda, à 8h30 du matin, a déjà écouté de la musique avec son smartphone en allant sur YouTube et l’a certainement partagée avec ses amis. Le but est de s’appuyer sur ces nouveaux moyens de communication qui sont marqués du sceau de l’intérêt général et public. La musique peut éveiller les consciences comme tout ce qui consiste à apporter des connaissances avec une approche critique. La musique porte en elle la vertu d’être facilement accessible. En écouter est plus facile que lire un roman, et à ce titre on doit s’introduire dans cette dimension de spontanéité afin que les gens puissent partager leurs goûts et découvrir ainsi de nouvelles choses. » Partage, échange, éveil de l’être, diffusion et matérialisation de projets artistiques, autant d’arcanes pénétrés de lumière qui devront amenuiser l’obscurantisme ambiant pour laisser place à un progressisme, source d’une pensée qui redonne ses chances à l’individu.

Site : http://www.zebrock.net/

JULIEN NAÏT-BOUDA

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