Terre Sainte

Incredible Polo © Elodie Daguin

Un leitmotiv : suivre ses envies. Tel est le précepte de Paul Malburet, dont le dernier opus aux vibrations anglo-saxonnes cinglantes, va faire rougir de plaisir la sacro-sainte pop française.

Tapi dans l’ombre de son home studio à Nancy, et non dans la grande pomme comme il s’amuse à le fantasmer, l’incroyable Paul fait de l’ironie un geste circonspect : « J’ai dit un temps, pour faire plus classe, que j’avais un studio à New York. J’y allais assez régulièrement pour voir des concerts, mais j’enregistre tout chez moi depuis ma piaule. Du coup c’est pratique : je me lève, je fais deux mètres et je compose un tube. » Touche-à-tout et bricoleur, le Français s’aventure avec « Ages » sur les terres synthétisées de la pop contemporaine, sur lesquelles s’édifie ce nouveau projet aux contours esthétiques clivants avec son travail antérieur. « Si « Ages » sonne électronique, c’est en raison de l’influence des artistes actuels que j’écoute. Des mecs comme James Blake, Little Dragon et Son Lux ont des sonorités que je trouve transperçantes. »

Si la synth-pop s’avère actuellement une tendance musicale génératrice de groupes rébarbatifs sur le sol hexagonal, Paul assume ce style, notamment pour la perspective que la musique électronique offre sur scène. « En live, quand on produisait les morceaux d’« Abissama » (son premier maxi), avec des guitares et une basse électrique, je commençais à composer d’autres trucs, comme « Travis », et on les jouait dans le même set. Les retours étaient unanimes, le public kiffaient plus les morceaux électro que les autres. Mais avant tout, c’est un choix franc ; j’aime ce son en ce moment, peut-être qu’il changera pour le prochain projet. Sans doute… » Le titre « Travis » s’est d’ailleurs retrouvé dans la sélection hebdomadaire Bandcamp Weekly, gage d’une reconnaissance musicale avérée pour un travail qui atteint par moment l’orfèvrerie. « En fait, quand tu composes, le plus dur reste d’aller à l’essentiel. Je crois que c’est un combat de tous les jours : plus tu composes, plus tu écoutes et plus tu essaies de tailler dans le beurre. Au début, tu veux en mettre partout, montrer de quoi tu es capable, et après tu te rends compte que tu perds l’essentiel. Le dialogue et les émotions que tu cherches à transmettre. Donc même si j’avais fait du rock garage ou de la harpe, je pense que j’aurais quand même essayé d’épurer un maximum ma musique. »

IncrediblePolo2_ElodieDaguinEt quand la pop savamment chargée en glucose se transforme en EDM diabolique, on se dit qu’il ferait un bien meilleur ambassadeur musical tricolore que d’autres. «Des morceaux comme « Veda » ou « The Throne » ont abouti après une longue écoute de musiques électroniques, principalement des mecs comme Caribou, Jamie XX, et bien d’autres. Quand ces gars sortent un gros son sur 120 BPM et que tu bouges la tête du début jusqu’à la fin, c’est juste jouissif. Faire danser les gens n’est pas forcément facile, surtout sans aller dans le pathos ou dans le boum boum classique. À l’heure actuelle, chaque fois que je compose, je m’imagine sur scène en train de jouer le morceau, avec des millions de watts sur une grosse scène, et plein de gens qui sautent partout, genre Coachella… Faut bien rêver ! ». Une question de chance, de destin, d’accointance peut-être, autant de formules nécessaires à la transcendance d’une contingence qui en a poussé tant d’autres vers un anonymat devenu résiduel. La messe n’est pas encore dite et à Paul de se faire l’apôtre d’une scène électro-pop soumise à la tyrannie du logiciel tout puissant, afin que cette voix ne demeure pas plus impénétrable aux esgourdes francophiles.

Texte : Julien Naït-Bouda
Photos : Elodie Daguin

Incredible Polo - "Ages"« Ages » – Autoproduit

incrediblepolo.bandcamp.com


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