Francofolies de Montréal © Bastien Brun

Du 11 au 20 juin 2015 à Montréal (Québec)


EN COULISSES

CARTE D’IDENTITÉ : Disons-le tout net, les Francofolies de Montréal sont le plus gros festival francophone du monde. Lancée en 1989 par l’animateur de radio Jean-Louis Foulquier, l’homme d’affaires Alain Simard et le producteur Guy Latraverse, cette déclinaison des Francofolies de La Rochelle est devenue un grand spectacle populaire et majoritairement gratuit qui investit le centre-ville de Montréal à la mi-juin. Gérées par la société Spectra *, notamment organisatrice du Festival de Jazz de Montréal, propriétaire de la salle de spectacles le Métropolis et productrice d’une flopée d’artistes québécois, ces Francos-là pèsent 9 millions de dollars de budget et l’an dernier, elles représentaient 1,3 millions d’entrées – chiffre en augmentation pour cette édition, selon ses organisateurs.

PLACE AUX JEUNES… Depuis quinze ans, les Francofolies ont considérablement rajeuni leur programmation. Après avoir largement participé, au milieu des années 2000, à l’éclosion d’une nouvelle scène francophone, celle des Pierre Lapointe, Malajube et Karkwa, elles ont fait une large place aux artistes de « la relève » québécoise et à des styles comme le hip-hop. « Pour moi, ce qui résume notre festival, c’est la soirée d’ouverture avec Pierre Kwenders, le Français Pierpoljak, Alfa Rococo, et les rappeurs de Radio Radio », précise Laurent Saulnier, le « Monsieur programmation » à l’origine de tout ça. Cette ouverture incroyable, qui va de Michel Rivard aux jeunes MC’s chantant en franglais Dead Obies, c’est la clé de ces Francos.

…MAIS LES ANCIENS SONT TOUJOURS LÀ ! Un spectacle autour des 100 ans de la naissance d’Édith Piaf et, côté patrimoine québécois, un hommage au « héros national » Gerry Boulet disparu il y a vingt-cinq ans, ou encore Kevin Parent qui rejoue son premier disque, « Pigeon d’argile »… Cette 27e édition a été pleine de retours sur l’histoire de la chanson québécoise et de la chanson française. De là à tomber dans la nostalgie ? Faut pas pousser non plus.


SUR SCÈNE

MÉTÉO : La pluie parfois, le soleil la plupart du temps. Il vaut mieux quand la grande majorité des concerts a lieu en plein air.

LES PLUS :
– une programmation foisonnante et un éclectisme à toute épreuve.
– une vision ouverte de la francophonie, de la France jusqu’à Haïti.
– le centre de Montréal qui vibre au son d’un festival.
– les rencontres entre artistes et les créations collectives.

LE MOINS : Même donnant sur la rue, les petites scènes pourraient gagner en chaleur et en intimité.

LA CONFIRMATION : « Merci aux Francofolies de m’avoir invité pour la 68e fois en moins de douze ans. » Pierre Lapointe peut en rire, il est l’enfant chéri du rendez-vous montréalais. Deux soirs de suite, il a investi la Maison symphonique de Montréal pour présenter son dernier spectacle, « Paris Tristesse », et dans une salle d’habitude réservée à la musique classique, il a été plus qu’à la hauteur. Juste entouré par des pupitres vides, il a joué son spectacle seul, piano-voix, qu’il a conclu en chantant depuis le grand orgue qui surplombe la scène. Ce final grandiose, aux éclairages somptueux, a fait son effet !

LA DÉCOUVERTE : À l’image du groupe de garage psychédélique Chocolat, la scène québécoise n’a pas rangé ses guitares. Ça sature, ça fait du bruit, ça évoque le blues et on aime…

COUP DE GRIFFE : Les bons sentiments ne font pas de mal. Mais ils ne font pas nécessairement la bonne musique… et tant pis pour Sophie Pelletier.

ON AIME, MAIS ON NE POUVAIT PAS ÊTRE PARTOUT : Alex Nevsky, Le Vent du Nord, Feu! Chatterton, Pierre Kwenders, la famille Chédid, BigFlo & Oli…

ELLE A DIT : « Félix Leclerc n’était pas mon grand-père. » Salomé Leclerc, recevant le volet québécois du prix Félix Leclerc, qui favorise les liens France-Québec.

ON FAIT LE BILAN : Pour cette 27e édition, les Francofolies de Montréal affichent un moral au beau fixe : de grands concerts fédérateurs d’un côté, de belles découvertes de l’autre et surtout une programmation pantagruélique, qui fait le pari – gagnant ! – de l’éclectisme et de l’ouverture sur le monde francophone. Si le grand méchant loup ne rode pas par là, ce festival pourrait bien rester longtemps un mètre-étalon en matière de franches folies.

Texte  : Bastien Brun

* Petite précision d’ordre économique : Spectra est depuis fin 2013 une filiale du groupe CH, un consortium tenu par la famille de brasseurs Molson qui possède, outre les Canadiens de Montréal (l’équipe de hockey sur glace de la ville), de nombreuses salles de spectacles et festivals au Canada.


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