De l’ombre à la lumière

Orange Blossom © Adrien SelbertAprès neuf ans d’absence, Orange Blossom est de retour avec un album inespéré aux confins de l’Orient et de l’Occident, du rock, de l’électro et des musiques traditionnelles. Rencontre…

Fin novembre, Pierre-Jean, le violoniste, Carlos, le batteur, Fatoma, le percussionniste, et Hend, la nouvelle chanteuse égyptienne, étaient à Paris pour une journée promo formalisée par une prestation télévisuelle devant Laurence Ferrari et ses copines de D8. Après avoir fait craquer André Manoukian dans son émission “Partons en live”, le groupe savoure avec gourmandise son retour réussi sur le devant de la scène. Les critiques du nouvel album sont, à raison, dithyrambiques et laissent augurer de nouveaux lendemains qui chantent pour une formation que l’on n’attendait plus à une si belle place. Pourtant, même s’il est resté de longs mois loin des yeux et du cœur de ses admirateurs francophones, le duo PJ-Carlos ne s’est jamais vraiment arrêté. “Nous continuions à faire des concerts, mais les gens ont tendance à penser que, lorsque tu ne tournes plus en France, tu n’existes plus, constate PJ. Durant ces neuf années, nous avons commencé par faire une grosse tournée, durant plus de trois ans. En France, en Europe, puis un peu partout, sans jamais arrêter. Nous ne sommes pas dans la logique de faire un album, de tourner durent un an et demi, puis de refaire un album…” Une vie nomade qui a eu raison de la collaboration avec l’ancienne chanteuse Leila Bounous. “Elle est partie à un moment où nous n’avions plus rien à voir avec elle, humainement et musicalement.” Affaire classée, sans heurts, ni regrets.

Groupe à deux têtes

Orange Blossom © Adrien SelbertLa colonne vertébrale du groupe est en fait bicéphale. Même si la formation est née de la rencontre entre le chanteur Jay C et le violoniste PJ, Orange Blossom a vite trouvé son format en s’appuyant sur la complémentarité du duo formé par PJ et Carlos. La voix est apparue comme un plus, certes indispensable, mais pas irremplaçable. “Cette absence de chant fixe explique aussi que nous mettons du temps entre chaque album : c’est compliqué pour la composition. Carlos a beaucoup bossé, mais c’est difficile d’imaginer un chant tout en sachant qu’il n’y en a pas !”
Carlos invente néanmoins avec les machines les nouvelles sonorités de plus en plus orientales du groupe. “J’ai travaillé tous les morceaux avec les consoles, les machines, mais nous ne voulions plus de samples, indique le batteur. Il fallait aller chercher des instruments pour trouver quelque chose de plus acoustique, d’organique. Et comme j’ai fait les arrangements avant d’avoir le chant, il fallait l’imaginer.”

Une centaine de musiciens

Les nouveaux morceaux sont enregistrés à Nantes avec une centaine de musiciens. “On peut démystifier un peu, sourit PJ. Nous avons fait venir l’orchestre du conservatoire de Cholet ; cela fait déjà 30 violons, 45 musiciens. Mais il y a aussi le fait que nous ne prenons pas le même guitariste pour tout. Si l’un est fort pour la wah-wah, nous le faisons venir. Si nous avons besoin d’un truc électrique, nous en appelons un autre… Nous avons un souci d’exigence, nous essayons de prendre le meilleur.”
En Jordanie, des prises voix sont enregistrées avec des musiciens égyptiens mais le chant lead manque toujours. Les deux musiciens partent à la recherche de… The Voice ! Une chanteuse, a priori. “Nous étions partis plutôt là-dessus oui, à moins de trouver le chanteur génial qui vraiment casse la baraque. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Nous avons organisé des auditions d’une manière très classique, d’abord au Maroc puis en Jordanie. Du bouche à oreille. Nous avons entendu une dizaine de chanteuses. Avec certaines, nous avons donné des concerts, aux États-Unis, en Russie, mais cela ne fonctionnait pas. Et puis c’est arrivé…”

La révélation a lieu au Caire, en Égypte, pays où le groupe commence à avoir ses habitudes après y avoir élaboré une création avec des musiciens locaux en 1999. La rencontre avec Hend Elrawy s’est vite transformée en coup de foudre musical. “Nous l’avons su tout de suite, un peu comme quand tu es amoureux. Hend chantait avec sa sœur et tout était là.”
“Nous l’avons ressenti tout de suite, confirme Carlos. C’était une évidence. Nous avons fait un essai direct, en guidant le chant, et d’un seul coup, ce fût la libération. Elle a accepté de travailler avec nous. En Égypte, elle est chanteuse professionnelle. Nous avons trouvé les moyens, c’était réglé. Quand l’échange est sincère, c’est l’amitié à fond, et c’est super.”

Elle ne parle que l’Arabe

Orange Blossom © Adrien SelbertTrois mois plus tard, la chanteuse de 27 ans, qui ne parle que l’arabe, est en studio à Nantes. Elle a adapté des textes d’inspirations traditionnelles pour les chanter sur les musiques déjà enregistrées. Un thème d’Erik Satie sert de fer de lance. “Ya Sidi” est l’un des morceaux évidents du nouveau disque. Hend a souvent ajouté des textes à elle. “Il a aussi fallu adapter les phrasés. Comme la musique et les arrangements étaient faits, il fallait que cela rentre sans que cela ne fasse collage et n’aille trop vite. Il était temps. La pression financière de nos partenaires se faisait sentir, c’est normal.”
Hend chante aussi quelques morceaux de l’ancien répertoire d’Orange Blossom. Des titres choisis par PJ et Carlos, qui gardent tous les deux la direction artistique. L’album est sorti en septembre dernier, au grand soulagement de tous, musiciens et partenaires. Orange Blossom a, dans la foulée, retrouvé le chemin des salles de concerts. Quelques belles dates confirment rapidement le bien-fondé de l’objet discographique, notamment une magnifique prestation live enregistrée par FIP.

À couper le souffle

Sur scène, six musiciens parviennent à retranscrire l’alchimie du disque à travers un set progressif dans lequel les personnalités de chacun se révèlent au service du collectif. “Nous avons gardé le même état d’esprit. Nous voulons emmener les gens dans notre univers. Hend apporte sa présence, sa voix. Elle a un charisme qui force l’écoute. Elle nous transporte avec une façon de chanter sincère, juste et belle. Elle a un truc, vraiment.”
Le résultat, porté par un violon de toute beauté, coupe le souffle en mélangeant l’énergie rock’n’roll, les ambiances électroniques (avec des samples réalisés en interne) et les musiques ethniques, orientales et africaines, voire mexicaines, pays d’origine de Carlos. L’alchimie, réalisée à force de travail sur les sons et les arrangements, en multipliant les rencontres et les voyages, fonctionne à merveille. Et c’est ce subtil alliage qui donne au nouvel album d’Orange Blossom toute sa consistance et sa saveur unique.

Texte : Patrick Auffret

“Under the shades of violets” – Washi-Washa / Warner
facebook.com/orangeblossomofficiel


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