Cheveu © Michela Cuccagna
Le 11 octobre 2014 à La Cigale (Paris)

La Cigale en pagaille

Pour leur retour dans le cadre intime et acoustiquement sans reproche de La Cigale, les Parisiens avaient vu les choses en grand. Le principe : s’affilier au chœur Varia Voce, pour donner encore plus de corps à un show dont l’impact physique est connu pour faire de gros dégâts sur les consciences.

Tête d’affiche d’une soirée tournant autour du retour du punk, programmée au travers de la thématique « Tabous, musiques et interdits » du Festival d’Île-de-France, les Français étaient attendus au tournant à l’annonce de leur collaboration avec pas moins de 35 choristes, venus supporter les élans bestiaux et sauvages d’un post-punk dont le retour sur la scène musicale contemporaine est tout sauf un hasard. Briser les carcans, les clivages artistiques et les frontières entre les genres, un leitmotiv que Cheveu s’est approprié avec un dernier opus baptisé « Bum ». Et qui n’aura jamais été autant éprouvé que lors de cette soirée à la folie passagère.

Entamé dans une torpeur relative, bercé par les vagues d’un surf rock présent juste pour rappeler au public une certaine origine du rock’n’roll, Messer Chups ouvrait le bal timidement, plus présents a posteriori sur leur échoppe de merchandising que sur scène, dommage… La déception ravalée, se profilait alors les Anglais de Traams, dont la mission de réveiller une salle de plus en plus garnie fut couronnée de succès. Présence scénique, véritable synergie entre les membres, le jeune groupe livra un set imparable, sans peurs et sans reproches au final. Le véritable moment punk de la soirée, musicalement parlant.

Calibré pour remuer plus que pour contempler, le live de Cheveu aura confirmé tout le savoir-faire des trois garçons pour s’approprier un espace qu’ils aiment plonger dans un chaos libérateur. Faire s’entrechoquer les atomes pour émanciper les énergies, crier plus que chanter pour se faire entendre, l’onde sonore déployée par les Parisiens bouscule par la force de son impact, indéniablement. Et la réponse d’un public transit au bout de deux titres ne fut donc pas longue à se dessiner. Slams multiples et pogos à foison plongeait la fosse dans un bain d’émulsions émotionnelles. Si bien que le trublion David Lemoine (chanteur) ne résistait pas à une plongée dans cette eau définitivement tropicale, arrosée çà et là de jets de bière aux phéromones familières.

Puis vint le clou du spectacle, à savoir la chorale Varia Voce, dirigée par Maya Dunietz, qui resta un peu moins d’une heure tapie dans l’ombre de la grasse chevelure. L’alchimie entre les deux organes sonores fut seulement en partie réussie, la faute à un mauvais équilibrage musical, dû à un chorus rythmique bien trop présent et écrasant. Quelques titres ont cependant su s’extirper d’une cacophonie parfois menaçante, profitant des salvateurs coups de canon sur le titre « Polona » ou encore « Madame Pompidou ».

À l’avenir, il serait judicieux de revoir l’intensité sonore qu’évoque une boîte à rythme dans l’air, cette dernière prenant le pas sur les vocalises désenchantées d’un être qui a pourtant du coffre et bien des trésors à l’intérieur. Qu’à cela ne tienne, la formule était expérimentale et devra encore s’affiner, mais l’impression d’avoir assisté à quelque chose de précurseur et d’avant-gardiste fut bel et bien présente.

Texte : Julien Naït-Bouda
Photos : Michela Cuccagna

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