Ballades nippones
Manu © Sébastien Bance

Manu, égérie de Dolly qui comptait parmi les groupes les plus prépondérants de la planète rock, sortira le 24 octobre 2014 « Tenki ame », un EP chanté dans la langue nipponne. Genèse d’un projet « Ovni ». En’sou!

Quel est le chemin pour réaliser un EP en japonais ? Quel a été ton entourage ?

Manu : J’aime beaucoup la culture nipponne à travers les mangas, les jeux vidéos, les dessins animés de Hayao Miyazaki dont j’aime le climat, le trait, l’émotion, la musique, les thèmes abordés… Cela m’apaise ou me donne de l’énergie. J’ai voulu rendre hommage à cette culture dès mon premier album solo « Rendez-vous ». Comme j’ai la chance de connaître Suzuka Asaoka, journaliste et animatrice à Nolife (chaîne de TV incontournable), je lui ai confié la mission de m’écrire une chanson sur une musique déjà écrite, avec comme seule indication qu’elle donne envie d’ouvrir les bras. Elle m’a talentueusement écrit le texte de « Suteki ni », et j’ai découvert le plaisir de chanter les mots en japonais. Manu © Sébastien BanceC’est une langue très agréable à chanter. J’ai remarqué que les enfants mémorisaient très vite les paroles et l’on ressent, sans parfois comprendre, les émotions positives que le texte de Suzuka dégage. Je lui ai ensuite demandé un autre texte pour un titre à l’origine en anglais. Il s’intitule « Tenki ame », ce qui signifie « Sourire sous la pluie » ou « Soleil sous la pluie », la langue nipponne a de belles images… Je chante ce titre sur scène depuis longtemps mais je ne l’avais pas encore enregistré. Ne lui trouvant pas sa juste place sur mon dernier album « La dernière étoile », avec Matt (Patrick Giordano) l’associé de mon label Tekini Records, nous avons pensé à faire un EP en japonais. Deux autres titres vont y figurer : la version japonaise du single « J’attends l’heure » dans sa traduction littérale et un inédit nommé « Amaku ochiru », qui veut dire « Douce chute » et relate les durs réveils qui suivent une nuit agitée et alcoolisée… Toujours signés par Suzuka bien-sûr. Je ne la lâche plus, d’autant qu’elle a aimé l’exercice et qu’elle est rapide, réactive et à l’écoute. Alors, ne parlant pas japonais, j’ai la traduction et je chante en phonétique suivant ses indications. Différentes versions de « Tenki ame » et d' »Amaku ochiru » seront sur l’EP, car nous avons eu le plaisir de recevoir plusieurs remix de ces titres par des artistes que j’admire. Un joli livret illustré par le talentueux Nico HitoriDe accompagnera cet EP de 8 titres. C’est un projet qui nous tient vraiment à cœur avec Matt. On a envie de le partager en France évidemment, puis on va démarcher au Japon, j’ai hâte !

« Rendez-vous » avait une sonorité très pop-rock sur laquelle tu posais des mots très personnels, une sorte d’exutoire. « La dernière étoile » invite au voyage sur des ballades souvent folk emplies de poésies, parfois mélancoliques, où, à l’image de « J’attends l’heure », on a l’impression de contempler le monde du haut d’un nuage. Quelles seront les couleurs émotives de ce nouvel EP ?

Cela oscillera entre le sourire et le frisson. La contemplation et la danse, ou la dance, comme on veut (rires). C’est un peu un ovni cet EP.

Suite à la sortie de « La dernière étoile », tu as fais une tournée afin de présenter ton album. Aujourd’hui, tu reprends la route pour offrir un nouveau show électroacoustique pour le moins intimiste. Est-ce une parenthèse ou un nouveau départ ?

C’est un nouveau projet. Suite à ma rencontre avec Damien Jarry, magnifique violoncelliste. Je l’avais invité à jouer sur scène avec nous suite à son coup de foudre pour la chanson « Goodbye ». Il entendait différentes parties de cello dessus. Il en a joué en partie d’ailleurs à La Maroquinerie de Paris le 31 octobre 2013 avec Carole Leconte, un bel ovni que ce personnage aussi, professeur en chirurgie dentaire, elle nous accompagne quand elle peut au saxophone sur scène, on lui doit l’incroyable solo sur « Talk about » d’ailleurs. Elle est incroyable, elle joue du saxophone, du violoncelle, du piano, de la guitare… Je vous invite à découvrir sa formation Tulla Larsen au passage, magique !

Aujourd’hui tu sembles revendiquer Dolly alors qu’à l’époque de « Rendez-vous », c’était plutôt l’inverse. On peut d’ailleurs redécouvrir « Je ne veux pas rester sage » ou encore « Quand l’herbe nous dévore » dans ton nouveau show. Besoin d’affirmer à nouveau ton appartenance à Dolly ou envie de faire redécouvrir ton ancien groupe?

Un peu des deux… Pour mon premier album solo, « Rendez-vous », il ne me semblait pas approprié de mettre « ex-Dolly » en avant, cela me gênait dans le sens où je ne me servais pas de cet album pour rebondir mais pour survivre aux épreuves et rendre hommage à Micka. Maintenant, j’ai envie effectivement de faire (re)découvrir les belles chansons du répertoire de Dolly. Groupe dont je suis très fière.

Tu réalises de nombreuses collaborations artistiques : Merzhin, Manu Lanvin, Timothée Rossignol, Daytona, Mass Hysteria, Apocalyptica, Betty Boom, Oktobre… Désir de partager ton expérience de femme du rock ou pur plaisir de partager une scène?

De belles rencontres, de beaux souvenirs, de belles émotions à chaque fois… Je réponds positivement aux demandes qui me touchent, aux chansons qui me plaisent. Je suis un électron libre qui ne s’embarrasse pas des préjugés ou des soucis d’images. Je vais où il me plaît d’aller. Partager la scène ou une chanson avec des artistes dont j’aime le parcours, les idées, est un pur plaisir. Je suis souvent sollicitée c’est vrai, et j’en suis honorée. Parfois, je dois refuser parce que je ne me retrouve pas dans une chanson ou par manque de temps pour faire les choses bien. Mais j’adore ces collaborations. De simples chœurs posés sur le titre d’un autre artiste me comblent de joie, comme pour le prochain album de Pat Kebra (Oberkampf). En plus d’un joli duo avec lui, j’ai fait les chœurs sur trois autres titres que j’adore. Ce sont de jolis cadeaux !

Dolly est né en pleine explosion du mouvement alternatif dans les années 90. Qu’en est-il aujourd’hui du Do It Yourself ? Quel avenir pour la nouvelle scène indé, que ce soit pour la production ou la programmation ? Les portes qui se sont ouvertes au début des années 80 ne se refermeraient-elles pas ?

C’est compliqué et en même temps cela amène énormément de liberté. Il ne faut pas se leurrer, tout faire soi-même est difficile et cela empiète sur la créativité. Notre but, à Matt et moi, actuellement avec notre label Tekini Records, est de pouvoir rentabiliser au minimum chacun de nos projets afin de pouvoir en faire un autre. Cela m’offre un support et une garantie que l’album voit le jour. Nous y arrivons pour l’instant, nous travaillons beaucoup pour cela. Il faut diversifier ses activités, c’est cela le plus dur. Faire uniquement de la musique me correspondrait beaucoup mieux.

« Régis » sur scène avec Shanka, Nirox et Ben. Envisageable ?

« Régis » est un titre à part, la pépite de Dolly, lié à notre exercice favori à l’époque : l’improvisation. J’avoue n’y avoir pas songé encore, j’ai privilégié mes nouvelles chansons sur lesquelles certaines fins à rallonge amènent un peu d’impro, j’adore ça !

Site : www.manu-friends.com/
« Tenki ame » / Tekini Records
Texte & photos : Sébastien Bance

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