IMAGES SONORES
KOMPARCE

Partir d’une commande d’un organe culturel officiel luxembourgeois pour accoucher d’une œuvre électronique progressive, sans rupture ni cassure… L’expo photos intitulée « Portfolio Night » s’est traduite en images sonores ET mentales, pour une collaboration artistique réussie. Voilà pour la petite histoire d’un duo partagé entre la France et Bâton-Rouge (Louisiane). Modus operandi à découvrir ici et maintenant…

Comment décroche-t-on une commande du Centre National de l’Audiovisuel (CNA) à Dudelange, Luxembourg ?

Étant frontaliers, nous sommes très actifs sur la scène électronique luxembourgeoise depuis des années (oui oui, elle existe bel et bien cette scène !). Une grande partie des artistes de notre label Chez Kito Kat en sont originaires ou sont venus s’y installer. Nous avons pu travailler sur pas mal de projets avec des institutions culturelles du pays : musées d’art moderne, d’art contemporain, théâtres, danse contemporaine. Nous avons même mis en son un projet de Daniel Buren au MUDAM (Musée d’Art Moderne du Grand Duc Jean) !

Les personnes du CNA connaissent le travail des artistes du label, c’est petit Luxembourg ! Ils ont déjà pu faire appel à d’autres artistes CKK, dont Kuston Beater qui met souvent en images les projets du CNA. Cela s’est donc fait très simplement, le CNA nous a dans un premier temps exposé le projet par mail. Samuel Ricciuti (le boss de CKK, ndlr) a pu rencontrer les organisateurs de l’exposition, ce qui nous a permis de définir notre ligne directrice. Cela a vraiment été une opportunité artistique, réaliser ce travail sur des délais courts a été une excellente source de motivation.

KOMPARCEComment traduire des photos en images sonores ET mentales ?

C’est une partie difficile à expliquer par des mots. Les premières minutes de compositions ont été faites alors que nous n’avions vu aucune image, nous ne connaissions que le thème de la commande. Et au fur à mesure, nous avons commencé à recevoir les images, ça a joué sur la composition. Mais de quelle façon ? Toujours difficile de mettre des mots sur un processus créatif. Il est plus facile pour nous d’expliquer la manière dont nous avons composé, enregistré, la technique, la forme, plutôt qu’expliquer le fond de cette création.

Quelle différence entre un album pop et un travail sonore autour d’une expo ?

Dans le cahier des charges, il fallait que la musique ne soit pas trop évocatrice en minimisant l’impact subjectif. Nous n’avons pas voulu travailler à partir de mélodies. C’est ce qui nous a amené à envisager les morceaux plus sur la durée, sans chercher à trop vouloir structurer. La composition a été abordée dans une dimension progressive, en superposant des couches, le but étant de créer une atmosphère. La musique dans ce contexte est vraiment un habillage et sert juste de support à l’image. Nous souhaitions une progression rythmique et harmonique s’étalant sur la longueur sans créer de rupture. Contrairement à un album, notre champ d’expression était plus cadré et restrictif, mais c’est ce qui a rendu ce projet excitant et finalement très inspirant.

KOMPARCEComment avez-vous découpé les morceaux de cette commande ? Avez-vous modifié certains passages ?

Le découpage des morceaux est assez simple finalement. À chaque fois que nous nous sommes retrouvés dans le studio de Mr Bios pour ce projet, nous avons composé un ou deux morceaux. Le découpage s’est fait sur les morceaux en tant que tel, et le nom des morceaux correspond aux mesures du découpage dans la trame finale. Pas vraiment de modifications, si ce n’est le mixage et mastering. La composition a été assez naturelle, et nous avons gardé la plupart des pistes enregistrées en une ou deux prises. Nous n’avons jamais travaillé aussi naturellement et simplement avec Komparce !

Avez-vous suivi scrupuleusement le déroulé de la piste unique originelle ?

Oui. Chaque morceau a été composé à la suite du précédent. Nous ne sommes pas revenu en arrière pour inclure un morceau. Ce projet est une suite logique de composition en fonction de ce que l’on ressentait au fur et à mesure des jours passés dans le home studio. Ce projet nous a permis de nous contenir sur une logique d’enregistrement. Nous avons tendance à multiplier les pistes sur nos projets, à revenir souvent en arrière, pour modifier, effacer, réenregistrer. Nos morceaux ne ressemblent jamais aux idées de départ tellement on modifie de choses. Sur ce projet du CNA, on a su rester sage et garder les idées de départ. Peut-être contraint par le temps. Et c’est une très bonne chose !

KOMPARCEQuelle influence sur votre travail futur ?

Pris par d’autres projets, nous avions mis Komparce un peu en veilleuse, nos derniers lives remontent à 2012-2013. Cette occasion a été un excellent catalyseur en nous ouvrant de nouvelles perspectives et cela nous a donné envie de redonner plus de vie à ce projet. Le résultat est vraiment en accord avec nos inspirations du moment et nous allons profiter de cette dynamique pour travailler sur de nouveaux morceaux. Samuel vit maintenant aux États-Unis, mais nous allons échanger nos idées à distance, c’est un exercice auquel nous sommes rompus puisque notre premier EP avait été composé de cette manière.

komparce1.bandcamp.com
www.musiclx.lu

Vincent Michaud


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