LES FRANCOFOLIES DE SPA
Du 16 au 21 juillet 2014 à Spa (Belgique)

CADRE : Bucolique. Dans une petite ville enclavée entre la forêt et les thermes.

MÉTÉO : Caniculaire, sauf le dernier jour sous la pluie.

CARTE D’IDENTITÉ : Quand le « Festival International de la Chanson Française de Spa » tire sa révérence, Charles Gardier, administrateur délégué de l’Office du Tourisme, du Thermalisme et des Fêtes (OTTF) en 1988 à l’âge de 23 ans, n’a de cesse de chercher à renouer avec ce fameux festival. Il relance l’organisation de concerts à Spa dans les salles du Casino. Avec Jean Steffens (et le soutien de Pierre Rapsat) il importe le concept des Francofolies en Belgique en 1994.

LES PLUS : Un « Village Francofou » festif, des concerts « Vitrine » de qualité et gratuits, les Québécofolies et un coin Acadie avec des sandwiches au homard…

LES MOINS : Moins de concerts et de scènes que les années précédentes, c’est la crise partout. Une scène + le village acadien extradés loin de tout et, forcément, peu fréquentés. Dommage pour le public et les artistes.

CHIFFRES : 170 000 festivaliers, 1250 accréditation médias.

PREMIÈRES : Les trois concerts de la place de l’Hôtel de Ville (Stromae, -M- et Patrick Bruel) affichent complet, une première dans l’histoire du festival. Et record battu concernant le nombre de personnes à mobilité réduite accueillies pendant le festival, qui peuvent bénéficier du dispositif spécifique mis à leur disposition afin de circuler et d’apprécier les concerts dans les meilleures conditions.

SPA D’OR : La récompense qui salue le travail de professionnels qui participent à la promotion d’artistes belges à l’étranger est remise à Marc-André Sarrault pour les Francofolies de Montréal. Largement mérité, bravo !

HOMMAGE : Un deuxième Spa d’Or a été également réservé à Catherine Foulquier en hommage à Jean-Louis Foulquier, LE créateur des Francofolies de La Rochelle, décédé fin 2013 et à qui cette édition 2014 est dédiée.

GOOD VIBES : Les R’tardataires  font du hip-hop jovial avec un groupe au complet, et en jeans, pas en survêt ! On pensait s’ennuyer avec le duo Casseurs Flowters (Gringe et Orelsan), mais on est loin des clichés habituels. Second degré présent, textes léchés, sujets pertinents, attitude décontractée, bref… une réussite. Les jeunots de Bigflo & Oli, sont finalement les plus classiques, assénant : « Ils appellent ça du rap, moi je dis que c’est de l’art ! » Modestes en plus.

DÉFI : La plus grande scène extérieure du « Village Francofou » pour 2 guitares / 2 voix. Regards complices, sourires en coin, chant partagé ou vocalises à l’unisson, Les Innocents  proposent une version épurée de leurs hits et une poignée de nouveaux titres à paraître prochainement. Une nostalgie légère plane sur leurs mélodies surannées et intemporelles. « On a pris 14 petites années sabbatiques », précisent-ils avant d’ironiser : « Il fait trop chaud ici, on va tout faire pour qu’il pleuve. » Et ça n’a pas raté : au rappel, il faut sortir les parapluies !

FRANC’OFF : Le concours d’artistes en découverte fête cette année son vingtième anniversaire. Pour cette occasion, Cali le passionné est président du jury (Longueur d’Ondes en était !). Palmarès : 1er Prix : Fantøme (Bruxelles). 1250 € offerts par la Fédération Wallonie-Bruxelles, participation assurée aux Francofolies de Spa 2015, « Sabam for Culture » offre un tournage sous la forme d’une session acoustique. 2ème Prix : Old Jazzy Beat Mastazz  (Liège). 750 €, Bel’Zik Festival les programme en 2015. 3ème Prix : Garcia Goodbye  (Bruxelles). 500 €, 2 journées de studio via « Ca Balance », programmés à Pause Guitare d’Albi (F).

À signaler aussi : « Team For Action » offre une journée en studio à Céléna et Sophia. Elles remportent également le prix « Crowd’in » qui leur permettra de bénéficier d’une campagne de crowdfunding gratuite et d’un encadrement pour la mener à bien. Le Festival Casino 2000 – Saveurs Culturelles du Monde de Mondorf les Bains (Lux) à choisi Denis K pour faire partie de sa prochaine affiche. On le retrouvera également sur la scène découverte du festival Pause Guitare, aux Aralunaires à Arlon, il participera aux « FrancoSessions » organisées par les Francofolies de Spa et enfin, Cali et son agent vont lui proposer une première partie pour une date belge de la prochaine tournée de Cali en 2015.

LE CAS STROMAE  : Étonnamment, son show n’est pas une débauche de musicos (4 seulement), ni de moyens ; tout est dans l’ingéniosité scénique, le travail des lumières (du grand art) et l’utilisation de la vidéo. Au beau milieu de ça, l’homme sait être drôle (un faux air de Danny Boon), émouvant (« Cancer »), intime (« Césaria ») ou même rebelle-écolo (« Humain à l’eau »). Chapeau.

LES DEUX FONT LA PAIRE : « C’est la chanson préférée de ma filleule. Elle croit que c’est « Il crache du pop-corn », mais en fait c’est « Le crash du Concorde » ! » En version duo (avec André Papanicolaou) Patrice Michaud, conteur-chanteur propose un univers chanson proche de Michel Rivard. Mathieu Lippé lui, seul à la guitare, est plus conteur-slammeur jouant sur les mots de façon époustouflante (il va d’ailleurs sortir un livre qui sera bienvenu).

« LA » CHANSON QUI REVIENT : Autant en rappel par Klô Pelgag qu’en test de son pour les Hôtesses d’Hilaire, on a pu entendre : « Il est venu le temps des cathédrales »  !

GRANDIOSE : Le show 2014 de My Little Cheap Dictaphone est superbe. Décors, vidéos, lumières sculptées, attitude pop-rock impec, et titres imparables, l’un des grands moments du festival !

LES DAFT PUNK BELGES ? Les Poneymen, rock-funk , gardent sur scène une tête de cheval masquant leurs visages. Une dompteuse les accompagne (parfois au fouet) sur quelques titres…

COULEURS : Tricia Foster, personnage fantasque aux cheveux roses, raconte sa vie entre les morceaux blues-rock à facettes expérimentales. Pour embarquer totalement, on l’aimerait un cran au dessus dans la folie punk (dont elle a un peu le look), façon délire Nina Hagen. « Je retrouve ma tête quand je perds la raison » chante-t-elle, alors go ! Owlle de son côté a choisi le rouge pour sa chevelure et un T-shirt moulant couleur chair qui donne l’illusion qu’elle est topless. Son rock, qu’elle martèle au tambour, séduit le public rapido.

DISJONCTÉS : Elle, en solo, dérape verbalement sans complexes, jouant les nunuches alors qu’elle parle de sodomie, de viol, de pratiques sexuelles bizarres et fait faire des « petits anus » au public. Lui, accompagné de quatre musicos tous plus allumés les uns que les autres, lance des cris stridents au beau milieu de textes surréalistes sur un électro-rock totalement délirant. Alors question : à quand un duo GiedréViollett Pi  ?

LA DÉCOUVERTE : Oui, c’est pas nouveau, mais mieux vaut tard… Lors des shows « Vitrines » dans les bars de la ville, on a craqué sur Bagdad Rodéo, du rock couillu, brut et terriblement efficace : 5 men in black à brassard « BR » soudés comme les doigts de la main. On pense aux BB Docs des 80’s pour l’esprit indé et rentre-dedans. Anecdote : ils s’éclatent à reprendre « Jésus revient parmi les tiens » version carton, autant qu’à faire chanter « Ils sucent des bites » à un gamin de 4 ans totalement fan ! (« Ca fait trois jours qu’il vient à tous nos concerts avec son père, alors on l’a invité… »)

LE GRAND MOMENT : C’est incontestablement la mutation du leader de Fauve qui, il y a quelques mois encore semblait totalement autiste, arpentant la scène comme un lion en cage, micro dans la bouche, regard au sol, et qui aujourd’hui sourit, s’adresse au public les yeux dans les yeux. Une vraie métamorphose bienvenue !

LA PETITE PHRASE : « Que chu don’ ben content d’êt’ au pays d’la bière. On va rester en Belgique ! », Serge des Hôtesses d’Hilaire.

EXPORT : Les premières Francofolies de Kinshasa débuteront le 8 septembre avec 60 spectacles sur 10 scènes. Elle sont instaurées par Jean Steffens (l’une des deux têtes pensantes de Spa) : « Promouvoir la francophonie en Afrique n’est pas évident. Il s’agit de défier la pensée unique qui présente le Congo de façon négative. Nous voulons faire de ce pays africain, le plus peuplé de francophones, une terre de musique ! Nous nous engageons pour trois ans… pour commencer ! Casser la mauvaise image du continent passe bien sûr par l’économie, mais aussi par la culture. On a choisi des découvertes africaines et des « locomotives » comme Passi, Johnny Clegg, Saule, Zaïko… Mais c’est aussi un projet citoyen pour sensibiliser les Européens à la gravité de la situation comme le fléau de la malaria. Le projet est complexe, nous lançons une levée de fond pour un film documentaire sur cette incroyable aventure. Il suffit de 5 € pour nous aider et participer à un concours pour être invité ! Site. 

L’AN PROCHAIN  : Du vendredi 17 au mardi 21 juillet. Site

Texte et photos Serge Beyer

 

 


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