44-Breton© Patrick-Auffret
Du 3 au 6 juillet 2014 au Château de Beauregard, Hérouville St-Clair (14)

CARTE D’IDENTITÉ : En six éditions seulement, le Festival de Beauregard – le plus important de Normandie – a su s’imposer sur la carte de ceux qui comptent en privilégiant l’éclectisme. Deux scènes seulement pour une alternance totale et un site hors du commun pour la touche aristocratique dont raffolent les anglo-saxons … 

MÉTÉO : Grand soleil pour Stromae avant un week-end très normand, avec alternance de pluie et d’éclaircies. Quelques rares gouttes et du soleil sous les nuages le dimanche. Le festival a finalement évité le pire lorsque l’on compare aux soucis de Garorock (qui avait dû annuler une journée la semaine précédente), des Eurockéennes et du Main Square à Arras, tous deux embourbés dans la gadoue.

LA PETITE HISTOIRE : Le château de Beauregard, propriété municipale, fait depuis six ans l’image de marque du festival. Il sert de loges aux artistes qui profitent discrètement de l’ambiance sur la terrasse avant de livrer des concerts de haute tenue. Cette année, Beth Gibbons a même versé une larme, dans le public, à la fin de son show.

LES CHIFFRES : Avec 80 000 entrées comptabilisées, le festival bat largement son record d’affluence. La présence de Stromae dans sa version Zénith y est pour beaucoup, mais la fréquentation était en hausse de toute façon, notamment grâce à un vendredi quasi-complet (30 000 personnes).

LA NOUVEAUTÉ : À la manière des Vieilles Charrues, le Beauregard est passé de 3 à 4 jours. Confronté à la concurrence des concerts gratuits dans le port de Rouen, Paul Langeois, le directeur, a sorti le grand jeu en programmant une soirée spéciale Stromae le jeudi. Initialement prévu le vendredi, le prodige belge a joué à guichet fermé, en extérieur, le spectacle jusqu’alors réservé au Zénith. Une formidable réussite évidemment, karaoké géant compris pour le public sur les morceaux emblématiques.

L’UPPERCUT : Les Pixies au meilleur de leur forme, puisant parmi les 70 titres du répertoire, de quoi livrer un set magistral de 27 chansons ! Déferlantes soniques et fulgurances électriques, le combo a joué brut de décoffrage, sans mot dire. Une démonstration entamée avec force par « Debaser », puis le plus souvent portée par des titres très anciens (« Nimrod’s song », « Caribou »…), teintée de nouvelles chansons issues du nouvel album « Indie Cindy » et sublimée par les grands classiques consensuels tel « Where is my mind ? ». Un nouvel album est déjà en préparation.

LE GRAND SHOW : Deux ans après avoir enflammé la scène B, le groupe électro rock Shaka Ponk présentait sur la grande scène un nouveau show à couper le souffle. Virevoltants sur scène, soutenus tant par des images élaborées que des lumières énergiques, mis en valeur par leur petit singe, son grand frère et toute une ménagerie virtuelle, les Shaka ont tout déchiré. Du grand art, un grand spectacle et une musique bondissante à souhait. La claque visuelle de l’édition.

INTERMITTENTS : Leur colère était omniprésente, mais aucun concert n’a été perturbé. Ironie du sort, à l’instar de Bertrand Cantat à Arras, Serge Teyssot-Gay, en ouverture de son concert, a clairement pris position en faveur des intermittents, des précaires et des chômeurs.

LA PLUS GLAMOUR : C’était Vanessa, forcément. L’ex de Johnny Depp a retrouvé une vraie joie de vivre sous la baguette de Benjamin Biolay. Elle s’est montrée rayonnante, notamment en chantant un duo très romantique avec Benjamin, une nouvelle chanson en fait, « La vie c’est comme un tractopelle.» Vanessa Paradis remporte haut la main la palme de la chanteuse la plus sexy du festival. On n’en dira pas autant de Blondie, qui, si elle a gardé sa blondeur et chante parfaitement des tubes éternels, semble fâchée avec le bon goût vestimentaire…

LA PLUS DECALÉE : Agnès Obel, programmée pour la seconde fois sur la grande scène du festival a offert une belle respiration aux mélomanes mais cela faisait quand même un peu bizarre de voir là la pianiste Danoise, avec deux violoncelles et un violon, entre l’excellent Seasick Steve et le non moins excellent Damon Albarn…

BLUR MALGRÉ TOUT : Les fans ne s’y sont pas trompés : la venue de Damon Albarn au château pourrait bien configurer la venue du groupe phare de la brit-pop l’an prochain. C’est en tout cas le souhait de plusieurs fans venus avec des pancartes réclamant cette programmation. Damon Albarn y a-t-il été sensible ? Il a en tout cas joué deux titres, certes confidentiels, de Blur, « Out of time » et « All your life », et six de Gorillaz, dont le fameux « Clint Eastwood ».

YODELICE : Le chouchou des filles, c’est lui ! Bottes de cuir et chapeau de cow-boy, Maxime Nouchy a montré une vraie énergie. Son blues paraît certes un peu surfait, mais il faut lui reconnaître une vraie conviction sur scène, et de nombreux fans sous le charme !

LA DÉCOUVERTE : Breton a le vent en poupe, cela s’est confirmé sur la scène B du festival. Le collectif anglais emmené par Roman Rappak a donné un très bon concert, rappelant même ses débuts caennais au bon souvenir d’un public enthousiaste.

LA DÉCEPTION : Privé de match ! Sous prétexte de droits de diffusion à payer, mais aussi par respect pour les groupes programmés à l’heure de France-Allemagne, le quart de finale de la coupe du Monde n’a pas été diffusé sur le site. Vu le résultat, les organisateurs ont fait le bon choix, même si faire l’impasse sur l’événement sportif le plus important du moment reste discutable. Zut à la fin, on peut quand même aimer le football ET la musique !

LE RETOUR : Tranquilles en conférence de presse, les Marseillais ont prouvé un savoir-faire parfait. Ils ont même dansé le MIA ! Entre tubes de toujours et chansons undergound, les bad boys de Marseille se sont montrés vraiment convaincant. Un nouvel album solo d’Akhenaton est à venir, un nouvel opus d’IAM en préparation…

L’ANECDOTE : Une heure trente à poireauter moteur arrêté sur le parking après le concert de Stromae, c’est ça aussi être VIP à Beauregard, mais il fallait bien laisser passer les 20 000 personnes qui sont sorties à pied du site, au même moment, et en file indienne. On s’attendait au pire le lendemain avec la pluie et la boue, mais le pire n’arrive pas forcément. Les bénévoles du parking et leurs ballots de paille y sont pour beaucoup.

LA ROUTE DU ROCK : François Floret, le directeur de La Route du Rock, est furax : il s’est fait doubler par John Beauregard, en l’occurrence Paul Langeois, le directeur du festival Caennais, sur l’exclusivité qu’il pensait avoir avec Portishead. En représailles, les bénévoles de La Route du Rock ont eu interdiction de s’investir à Beauregard… On espère pour lui que le concert attendu des inventeurs du trip-hop au fort Saint-Père sera à la hauteur de celui donné sous la pluie dans la clairière du château. La barre est haute… d’autant que le groupe jouera également à Rock en Seine une semaine plus tard !

LA POLÉMIQUE : Les concerts gratuits de la Région Haute-Normandie étaient une spécialité rouennaise liée à l’Armada. Cette année, les bateaux ne sont pas revenus sur les quais de Rouen mais la Région a décidé de programmer quand même quatre soirées de concerts gratuits, pile-poil durant le festival de Beauregard. À l’arrivée, pas de perdant puisque 170 000 personnes ont été recensées sur les quais de Seine, attirées par Metronomy, Skip the Use ou encore Martin Garrix. Reste qu’à l’heure de la réunification, organiser les deux plus grands événements normands consacrés aux musiques actuelles le même week-end paraît quand même un tantinet ballot. La guerre des Normandie ne devrait plus avoir lieu très longtemps …

LE TRUC EN PLUS : Stromae, bien sûr ! Le Belge a affiché complet (23 000 personnes) dans une clairière redimensionnée à la baisse pour l’occasion afin de permettre à chacun d’apprécier à sa juste valeur le concert. Concert qui a tenu ses promesses, Stromae en rajoutant dans le show, changeant souvent de tenues avant de finir, hilare, a cappella avec ses musiciens. À la manière des Vieilles Charrues qui avaient inauguré les concerts du jeudi en invitant Johnny Hallyday, Beauregard a trouvé cette année l’homme idéal pour se lancer dans cette aventure d’un quatrième jour, même si les organisateurs l’ont confirmé lors de la conférence de presse, le festival, « c’est trois jours ».

L’AN PROCHAIN :  Trois ou quatre jours ? Paul Langeois, le directeur, ne « s’interdit rien », mais force est de constater que la formule a fonctionné au mieux, permettant d’attirer de nouveaux spectateurs et même d’offrir une journée de grand soleil aux festivaliers. Reste qu’après six éditions, Beauregard s’impose en termes de fréquentation comme le plus grand festival de Normandie.

Texte & photos : Patrick Auffret

www.festivalbeauregard.com

 

 


Publié le