JacquemortLe retour !

Jacquemort a été fondé en 2004 par Thomas Augustin (Malajube), Julien Bakvis (Meta Gruau) et Julien Michalak (Meta Gruau, Bateau Noir). Depuis l’arrêt – temporaire – de Malajube, la formation, qui n’avait pas joué depuis cinq ans, a repris du service. Le groupe accueille désormais Melissa Di Menna (Meta Gruau) et Rémy Nadeau-Aubin (Hot Springs, Bateau Noir) et a lancé en novembre dernier sous l’étiquette Grosse Boite  « La montagne de feu ». Entretien avec Thomas Augustin, clavier et compositeur de la formation ainsi que membre du mythique groupe Malajube.

Si on commençait par la genèse de Jacquemort ?

Nous avons commencé à jouer ensemble en 2006, mais ce n’était pas la même formation qu’aujourd’hui. Je jouais de la basse à l’époque. C’était au temps de l’album « Trompe-l’œil » de Malajube. En 2007, nous avons sorti notre premier EP « Dent de lait », puis fait quelques petits spectacles vraiment amusants, et un gros aux Francofolies. Nous avons tiré au maximum le jus de notre EP, même si nous n’avions pas beaucoup de chansons ; tout juste 40 minutes de spectacle!

Nous avons laissé les choses aller et ça a finalement pris cinq ans avant que l’on reforme Jacquemort avec de nouveaux musiciens. Cette fois, je suis arrivé avec quelques nouvelles pistes déjà composées, mais pas finies. Des maquettes de musique sur lesquelles on s’est penché. J’ai décidé d’aller au piano, car j’avais tout composé comme ça. Nous avons trouvé un nouveau bassiste pour me remplacer et un second clavier, car j’avais beaucoup d’idées pour ajouter abondamment claviers et synthétiseurs.

Comment composes-tu ?

Toujours la musique en premier. Les paroles peuvent venir suite à ce que la musique m’inspire. Je savais quel genre d’émotion et de texte je voulais insérer pour chaque musique que je composais. Chez moi, ce n’est vraiment pas le texte qui dicte la musique. Nous avons d’abord un gros amas de musique et un ou deux textes qui nous dirigent vers quelques thèmes. Ensuite nous essayons de composer et d’écrire un paysage poétique dicté par la musique. Toujours dans le but de faire quelque chose qui se tient, qui soit cohérent et que les éléments s’imbriquent parfaitement.

Quelle est la différence entre Malajube et Jacquemort ?

Dans Jacquemort, je suis plus à l’avant ; j’ai plus de responsabilités aussi. Il faut que j’arrive avec plus d’idées et de leadership pour l’écriture des textes et de la musique. Malajube était plus rock dans l’énergie. C’est certain qu’il s’agit de deux approches différentes. Jacquemort est un projet que nous voulions faire entre nous et en groupe. Chaque personne amène ses idées et son background. C’est vraiment un projet de groupe. Je ne voulais pas faire un projet solo et avoir des musiciens qui m’accompagnent, mais jouer avec eux.

En fait, c’est grâce à Malajube que je suis autant à l’avant-scène avec Jacquemort. J’avais besoin de toutes ces expériences-là : les tournées, les spectacles et les albums, pour finalement me faire plus confiance. Je suis quelqu’un d’assez éparpillé et Malajube m’a donné une méthode de travail. Après, avec Jacquemort, les autres me font confiance et ils pensent que je sais comment faire ! (rires) Mon parcours, c’est en grande partie Malajube. Avec Jacquemort, je me permets des choses vraiment plus personnelles qu’avant. Je m’entête et les autres me font confiance. La sauce commence à prendre, on s’amuse vraiment à jouer ensemble. Une formation qui fonctionne et dont les membres sont excités à jouer ensemble et qui s’amuse, ça donne envie de s’investir. Nous voulons que ça marche et nous allons tout faire pour. Notre objectif n’est pas de retourner dans l’oubli à nouveau. Nous continuons d’écrire et nous aimerions produire un autre enregistrement bientôt. Un petit EP, un vinyle…

Jacquemort 2Faites-vous quand même des spectacles ?

Nous en faisons le plus possible. Nous ne sommes pas super connus pour l’instant, mais nous réussissons quand même à jouer beaucoup. J’adorerais jouer dans des festivals en France. Je suis certain que notre musique et notre son fonctionneraient là-bas. Justement, un des très bons côtés d’être musicien, c’est de pouvoir voyager avec sa musique.

Que penses-tu de la musique québécoise ces temps-ci ? Est-il plus facile ou plus difficile de l’exporter ?

Elle continue de s’exporter ; il y a encore beaucoup d’artistes qui vont en France ou ailleurs. C’est juste que le « buzz » d’il y a quelques années, qui provenait des États-Unis envers les groupes de Montréal, est fini. Je crois que la musique québécoise continue encore de s’exporter, mais avec les moyens que l’on a ici… Personnellement, je suis allé jouer un peu partout et parfois avec des moyens financiers très limites et toujours grâce au gouvernement et aux subventions. Faire des tournées, ce n’est pas toujours profitable. Surtout quand tu es un groupe rock, qui ne fait pas totalement dans la « chanson française ».

Si l’on prend l’exemple de Malajube, vous avez bien réussi à vous exporter…

Oui, c’est certain ! Par contre, en France, ça n’a jamais bien fonctionné. Justement peut-être parce que l’on n’était pas assez « chanson française ». Nous avons souffert de notre son, de notre approche et de nos voix. Et aussi du fait que notre son fonctionne seulement lorsqu’on joue vraiment fort. En France, ça ne marche pas tout le temps. Enfin, c’est une de nos théories…

Alexandre Turcotte

Photos : Toma Iczkovits


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