Printemps_de_Bourges_2014
Du 22 au 27 avril 2014 à Bourges (18)
Le bourgeonnement d’un printemps rock

Le cadre : Des salles de concert et un chapiteau, le « W », qui permettent de passer entre les gouttes.

La fiche d’identité : Fin avril, le Printemps de Bourges lance la saison des festivals et donne le ton de l’été dans l’hexagone. C’est l’un des rendez-vous où se rencontrent les pros de la musique en France. Cette année, qui écumera les routes ? Que verra-t-on sur les grandes scènes ? Le retour de Bertrand Cantat avec Détroit, les grandes fêtes de Shaka Ponk et Skip the Use, la pop anglaise de Metronomy, les 20 ans des Ogres de Barback, Danakil, côté reggae, le phénomène des 15-35 ans, Fauve#, et bien sûr, Stromae.

Le phénomène : Mur repeint à son image, « W » complet des mois à l’avance, chroniqueur TV qui reprend son costume géométrique, Bourges a fait un accueil triomphal au grand bonhomme dès le mardi soir. De son côté, Stromae a donné un concert de deux heures plein de trouvailles visuelles et sonores. Ce n’est pas tous les jours qu’un chanteur si grand public pioche dans la rumba congolaise ou termine son concert d’électro-pop a cappella, en demandant le silence à 6 500 festivaliers.

Les découvertes : Si la grande découverte de ce festival, Billie Brelok, nous divise au sein de la rédaction (certains accrochent, d’autres font carrément la moue…), on aura surtout flashé sur les Toulousains de Kid Wise. Pop orchestrée, groupe d’un bloc et voix il est vrai en-dedans, ils ont été les grands oubliés des découvertes du Printemps de Bourges – appelés depuis deux ans les Inouïs. Dommage, car leur set ne manquait pas de densité !

Les confirmations : Ils étaient de retour à Bourges après en avoir été la révélation en 2012. Les Nantais de Von Pariahs ont électrisé la salle du « 22 » avec leur rock anglais baigné d’influences new wave et garage. Avec, dans un genre complètement différent, les Québécois de Misteur Valaire, c’est notre véritable coup de cœur.


(Von Pariahs / Session acoustique)

La déception : Emilie Simon, sur la scène du Palais d’Auron. Qu’il semble loin le temps où l’ancienne étudiante en musicologie creusait le sillon d’une chanson française à la fois expérimentale et rock. A trop suivre la voie de Kate Bush et à trop aller vers la variété, la jolie Emilie s’est brûlé les ailes…


La controverse : Le retour sur scène de Bertrand Cantat avec son groupe Détroit, aura été sans conteste l’un des événements de ce Printemps et un vrai moment de rock. Sur scène, le duo est devenu un groupe, toutes guitares en avant, et l’ex-chanteur de Noir Désir apparaît toujours aussi solaire. Toutefois, son concert a divisé le public du « W » comme les coulisses. Depuis le drame de Vilnius, ce sont les mêmes sentiments troublés qui traversent le spectateur.


(Détroit / Null and void)

Vu et approuvé : Girls in Hawaii, Anna Calvi, Winston Mc Anuff &Fixi, Alb, Mark Berube, prix du jury des Inouïs, Bison Bisou.

Les plus :

– une grande scène très rock.
– les Inouïs, une belle photo de tout ce qui émerge dans le monde francophone.
– l’éclectisme d’un festival ouvert.
– le mélange des publics, de 17 ans pour les soirées « reggae » et électro-rock -la « rock’n’beat party » à presque 77 ans pour certains concerts de l’auditorium.

Les moins :
– le son toujours calamiteux du W, la grande scène du festival.
– le manque de vidéo sous ce chapiteau. Ca serait pas du luxe pour les spectateurs du fond !
– pas de forfait pour le public, pour lequel le Printemps de Bourges reste cher.

En guise de bilan… Né dans le sillage des bals folk et de la chanson contestataire (Renaud, Lavilliers…), le Printemps de Bourges est désormais une grosse entreprise relativement préservée par la crise. 64 800 entrées, 500 concerts rien que sur le festival, des scènes pleines comme un œuf, une ville qui bouge… Racheté en décembre dernier par C2G, filiale du groupe de TV Morgane productions, le Printemps appartient au même propriétaire que les Francofolies de La Rochelle. La fin d’un monde ? Daniel Colling, fondateur du festival qui restera à sa tête jusqu’en 2015, et Gérard Pont, son nouveau propriétaire assurent que le Printemps va « garder son ADN ». Pour le public, loin de ces questions de gros sous, c’est-à-dire ce goût des découvertes et des grandes aventures musicales.

Bastien Brun
Photos : Pierre Wetzel et Marylène Eytier

 


Publié le