Klô Pelgag au Café de la Danse
Le 3 avril 2014 au Café de la Danse (Paris)

Oubliez tout ce que vous savez, arrivez vierge de tout dans ce lieu de musique qu’est un concert de la jeune Québécoise Klô Pelgag. « Longueur d’Ondes », n’a pourtant pas attendu la déferlante qui ne va pas tarder pour vous la présenter, mais franchement, oubliez tout. Sans modifier la forme, elle réinvente la notion même de concert. Il y a un mois, elle et ses cinq acolytes étaient sur la scène des Trois Baudets, et ce jeudi, c’est au Café de la Danse qu’elle présente son premier album sorti en France début mars après une sortie canadienne en septembre. Il y sera question de silence, d’hygiène buccale, d’humour (bien sûr) et de mains.

Un contrebassiste casqué qui aimerait être un super héros, un batteur à moustache et bonnet de bain, une violoncelliste, une altiste et une violoniste en robes de princesse, pieds nus et casquette, accompagnent Klô, elle aussi en robe de princesse, casque d’aviateur, puis chignon emblématique sur la tête. Sur le piano est posé un vaisseau spatial, à ses pieds un bric à brac qu’elle fera vivre le temps de l’heure et demie de concert.

Pour une fois, c’est à une arrivée classique que nous assistons, déjà une surprise. Elle entame le set par  « Les amandaies de coeur » et après un premier moment de silence suivi de mains tapées l’une contre l’autre, elle répond d’un « Salûûût » sobre et rieur. Au spectateur avide de clichés qui l’interpelle d’un « Sirop d’érable » déplacé, elle rétorque qu’ici il y a « juste de la musique ». Puis après ce premier titre, elle conclue par un « Bonne fin de soirée ». Mais elle ne part pas.

Klô Pelgag a 24 ans. Son talent et son aplomb de pianiste, d’auteure, de show woman ne le laissent pas deviner. Sa frimousse, si. Elle joue vite et bien de son piano qu’elle délaisse parfois volontiers pour prendre une guitare presque trop encombrante pour elle. Sa voix très claire et adorablement musicale permet aux mots de vivre dans cette belle enceinte qu’est le Café de la Danse où nulle projection ne vient distraire le propos et où l’éclairage s’efface pour mieux préserver l’essentiel.

Très vite, on saisit que les entre-morceaux seront aussi importants que les chansons. Rien n’est prévu à l’avance, et vérification prise auprès de Philippe le contrebassiste (et magicien d’un tour différent à chaque concert), Klô peut tout leur faire, eux ne savent jamais… Par exemple, elle a brossé les dents de son batteur pendant qu’il jouait afin de garantir au public une bonne hygiène buccale de tous ses musiciens et pour annoncer une chanson sur les dentistes… qui n’existe pas encore. Par contre « Le dermatologue » qui ouvre l’album « L’alchimie des monstres » est bien joué et constitue l’un des piliers du set. Une tomate tombe dans son gant de baseball, elle se saisit d’un mégaphone et courageusement exhorte le public à sortir de la salle, un sabre laser décore le titre « Rayon X »…

Elle rit souvent volontiers et s’embrouille même à raconter une blague apprise auprès de son ingé son, qu’elle seule aura compris au final. Bien sûr, Klô Pelgag est furieusement drôle et on pourrait ne l’aimer que pour son optimisme et son plaisir non feints, de vivre pleinement le moment présent, mais quand on entend « Le silence est épouvantail, il fait peur à tes idées… », on sait que l’on est devant une grande artiste qui a des choses à dire. Sur la « Fièvre des fleurs » elle fait presque danser le public en chantant la leucémie et la chimiothérapie… Seule Catherine Ringer à l’époque de « Marcia Baila » avait réussi pareil exploit…

Si la salle rit beaucoup, elle écoute sans bruit (sauf au bar, grrr) ce qui se chante. Klô réussit à être en osmose avec une audience sans faire preuve de démagogie genre « Allez, on tape dans ses mains, les garçons font ça et les filles ci… », épuisant et tellement vu. Ah si, elle demande à chacun de se présenter individuellement en hurlant son propre prénom en même temps… et elle en conclut que ce soir nous sommes tous des Jean-Hughes. Normal. Est-elle reine de l’absurde ? Non, elle n’est pas Belge et est née bien après le surréalisme. Est-elle folle ? Non, il lui suffit d’être intelligente pour offrir ce qu’elle offre.

« Comme des rames », en live, assume son statut de tube potentiel, et Thomas Fersen, qu’elle a vu il y a quelques jours, est repris avec le titre « Pégase ». Dans la salle, son frère qui étudie l’écriture musicale à Bordeaux est fier de sa cadette pour laquelle il signe les arrangements de l’album. « Merci pour les mains », dit-elle souvent… et c’est à pleines mains que le public réclame trois rappels comme autant d’évidence. Bientôt le Printemps de Bourges, les Francofolies de la Rochelle, en tout, près d’une centaine de dates sont programmées. Heureusement, ainsi on pourra la voir plusieurs fois cette année.

Seul rescapé du bazar, à ses pieds demeure un ananas qui n’a servi à rien, même pas à être mangé. Peut-être demain…

Olivier Bas

Photos : Marylène Eytier

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