PROPULSE
Du 3 au 7 février 2014 à Bruxelles (Belgique)

CARTE D’IDENTITÉ : Retour du rendez-vous des arts de la scène en Fédération Wallonie-Bruxelles. C’est là que l’on découvre les perles de demain en théâtre, danse et musiques (classique, pop, rock, punk, folk, électro )

CHIFFRES : 65 artistes en 5 jours pour cette 3ème édition. 950 professionnels, dont 450 programmateurs de centres culturels, de festivals et lieux de diffusion, et 75 programmateurs étrangers (France, Québec, Italie, Suisse, Roumanie, Allemagne, Luxembourg, Congo, La Réunion). L’an dernier, pas moins de 14 tournées ont été mises en place à travers Bruxelles et la Wallonie.

LES PLUS : Le beau panel représentatif d’une année culturelle belge, les découvertes présentées, les excellentes conditions pour les artistes.

LES MOINS : L’absence du francophone flagrant. Oui, la Belgique adopte l’anglo pour ne froisser ni les Flamands ni les Wallons, mais tout de même, il y a une création franco à mettre en valeur ! Et ce genre d’évènements se doit de le faire. Sinon qui ?

DOMMAGE : On aurait aimé tomber sous le charme du trio Le Colisée qui manie à la fois synthés, guitares et basse pour un groove cool parsemé de rythmes afros, de mambo et de chorus kitch. Que le chant du leader oscille entre Tété et les Pet Shop Boys n’est pas le problème, mais au bout de quelques titres les attitudes précieuses et maniérées systématiques du groupe lassent.
Idem pour Quark, on voulait adhérer à ce projet assez barré : un trombone mène le bal et jongle avec un batteur, alors qu’une chanteuse aux synthés lance des onomatopées et des vocalises. Mais l’ensemble sonne trop free-jazz et laisse dubitatif.
Pour Jane Doe and the Black Bourgeoises, c’est autre chose. On l’avait vue aux Francos de Spa et on attendait la suite. On a eu du rock 70’s, une grosse énergie, un big band avec deux choristes (cliché…) et une chanteuse enceinte qui se démène mais le tout est empesé, tape-à-l’œil. Vraiment dommage

TIÈDES : Karim Gharbi, chanson de facture classique (on pense tour à tour à Boris Vian ou Yves Montand), mais surjoué. On l’aimerait plus épuré.
Le chant soul anglo et les vocalises à la Céline Dion (à laquelle elle ressemble d’ailleurs) de Milla Brune n’emballe pas vraiment. Un bon point pour le batteur très efficace et pour le titre où elle se sample et joue à la beat-boxeuse
The Feather envoie la sauce mélodico-mélancolique à six sur scène, brushing du chanteur nickel, mais on reste malgré tout comme en retrait du trip.
Castus : cinq guitares, une basse, une batterie pour des instrumentaux rock. Si le style est démonstratif, il est aussi répétitif malgré les breaks et quelques trouvailles sonores.

CHAUDS : Le duo Apaches détone : le batteur-chanteur aux allures de bûcheron scande des courtes phrases, presque des onomatopées (Mais en quelle langue ? OK, anglais, mais en live on se pose souvent la question !) tandis que le longiligne guitariste s’énerve méthodiquement.
Quatuor installé en arc de cercle se regardant sans cesse, Thibet, mixe le post-rock harmonique des 70’s, l’ambiance BOF de « Twin Peaks » ou des Indiens sur le sentier de la guerre. Un néo-Supertramp ?
Le chanteur d’Electric Château est un dandy en jabot qui a écouté le glam de T.Rex. Sur ses gimmicks poppy emballés de rock qui cartonne, il a rajouté des cuivres. Et la sauce prend bien.
Plus couillu, Frank Shinobi fait du rock qui cavale mené par un batteur infernal.

FILS DE Encore un ? Ben oui, celui de Philippe Geluck (BD « Le chat ») : Antoine Chance
ex-Coco Royal qui officie désormais en solo. Piano, gratte, humour sur scène, chant velouté à la Souchon, chorus à la Voulzy, sens de la mélodie, musique genre « Innocents les doigts dans la prise », cet homme a tout pour séduire les radios belges et au-delà.

WORLD : Jawhar est parfait quand il fait ses chansons-roots arabes empreintes de chaâbi avec mélopées folk-soul, mais pourquoi s’échine-t-il à faire du passe-partout anglo sans intérêt ? Et pourquoi ferme-t-il toujours les yeux, coupant tout dialogue avec le public ?

RÉTRO : A Supernaut du gros rock garage comme on n’en fait plus, avec voix cassée bluesy et des tattoos partout. Ça sent la bière, la clope et la sueur. Le gringalet qui chante (plutôt bien) évoque les Stranglers, le guitariste chevelu et en short se la joue Hendrix, le batteur chauve se rêve punk, certains slogans évoquent Kiss (« I need somebody », « I don’t want you go ») bref un excellent retour vers le futur.
Que ne contredira pas Crystal and Runnin’ Wild, chanteuse blues, sexy et ingénue, semblant sortir d’un saloon dans son fourreau panthère. On sent bien qu’elle se rêve Moriarty mutine, mais n’a pas l’organe de Rosemary qui veut ! Look de cowboy pour le batteur, chewing-gum pour le bassiste et cheveux gominés et poses à la Dick Rivers pour le guitariste. Ah, cliché, quand tu nous tiens !

2015 : Le prochain ProPulse se déroulera du 2 au 6 février 2015.

Serge Beyer
Photos Denoual Coatleven


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