GRAND CORPS MALADE, Longueur d'ondes

En équilibre avec les mots

C’est avec un quatrième album que Fabien Marsaud, plus connu sous le nom de Grand Corps Malade, revient avec sa poésie parlée : un slam teinté de noirceur, mais laissant poindre toujours une bonne dose d’espoir. « Funambule » : 13 morceaux qui constituent des tranches de vie, des histoires complètes, des constats sur le monde parfois dur dans lequel nous sommes plongés. Pour sa sortie au Québec, c’est dans le froid des premières neiges de Montréal qu’il nous livre ses impressions sur cet album, « ses cousins » et la langue française.

Il faut dire qu’il connait bien le Québec, celui qui a déjà reçu un Félix de « L’artiste de la francophonie s’étant le plus illustré au Québec », qui a participé au Festival d’été international de Québec et fait plusieurs tournées : « J’ai des très bons souvenirs ici. C’est un peu comme une résidence secondaire, c’est loin de chez moi, mais je m’y sens bien. Le public est très chaleureux, plus qu’en France, il est capable de réagir au beau milieu d’un texte, il est très réactif. ». Et le moins que l’on puisse dire c’est que les textes qui composent le nouvel album de Grand Corps Malade peuvent créer la réaction. « Je ne fais pas ça pour ça, mais c’est vrai que mes textes ont une visée sociale. Je crois que je suis un réel optimiste, j’ai conscience des difficultés en France, la mode n’est pas au sourire, à l’optimisme, mais dans chaque chose on peut y voir un espoir. On s’en sortira grâce aux êtres humains, grâce au dialogue entre nous, on a toujours la possibilité de construire quelque chose malgré les difficultés. Et même dans les sujets un peu graves, il y a toujours moyen de faire quelque chose. »

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« Funambule, c’est l’équilibre que l’on doit avoir dans sa vie. Pour ma part, ça n’est pas toujours facile à gérer et il faut être vigilent, c’est un métier qui peut te prendre tout ton temps, mais j’arrive à faire la part des choses, et je sais ce qui est important pour moi : la famille. Je continue mon travail d’ateliers dans les MJC, les écoles ou les prisons même si pendant la sortie d’un album ou une tournée, c’est plus difficile, je reste quand même très connecté au monde réel. » C’est effectivement avec équilibre que l’on navigue dans cet album, où la musique est sans doute bien plus présente et orchestrée : « J’ai fait appel à Ibrahim Maalouf, au départ pour un texte qu’il a mis en musique directement dans la nuit ! Puis, de fil en aiguille, il a fini par mettre en musique tout l’album. Cela s’est fait naturellement. Je l’ai briefé au début, en lui expliquant que j’avais des textes assez variés et que je voulais retrouver cette variété-là dans la musique, au niveau des ambiances. Je lui ai dit aussi de ne pas hésiter sur certains morceaux à avoir des rythmes un peu plus costauds, un peu plus hip-hop. Et à partir de là, je lui ai laissé carte blanche et je n’ai plus entendu parler de lui pendant trois semaines ! ». La musique d’Ibrahim Maalouf, connu pour évoluer dans le domaine de la musique du monde, donne tout un habillage aux textes sans les étouffer. On passe ainsi du jazz au blues, du piano à l’accordéon ou aux cuivres.

GRAND CORPS MALADE, Longueur d'ondesPlusieurs collaborations ponctuent l’album, dont un duo avec Francis Cabrel : « C’est une chanson qui a toute une histoire. On l’a faite sur scène il y a plus d’un an déjà, lors des « Rencontres d’Astaffort ». En fait j’étais parrain des rencontres et j’ai écris ce texte-là que l’on a fait ensemble à la fin, ce qui était un véritable honneur car il ne chante pas beaucoup les chansons des autres et fait rarement des duos. Il m’a fait confiance, puis on a décidé de le mettre sur l’album. Ce n’est pas du tout un duo de maisons de disque ! ». Un autre moment fort est sa la collaboration avec Richard Bohringer : « Lui, c’est vraiment un monsieur que je connais bien, on est ami maintenant, on se voit souvent, on s’appelle, on se parle. Puis un jour, autour d’un café, je lui ai dit : « Ecoute, tonton (je l’appelle vraiment tonton dans la vie !), ça serait bien que l’on s’écrive un texte à nous. » Pour ce dialogue entre deux générations, je voulais vraiment que lui apporte son texte, son style à lui. C’est mon morceau chouchou de l’album, c’est un morceau important pour moi. »

Chanson « La course contre la honte » avec Richard Bohringer

Si on lui parle langue française, Grand Corps Malade revient sur cette différence de fragilité de la langue française au Québec, minorité francophone dans une majorité anglophone : GRAND CORPS MALADE, Longueur d'ondes« Vivre avec les deux langues n’est pas incompatible, l’anglais est important, c’est la langue la plus parlée au monde. Maintenant le français c’est notre patrimoine commun, c’est une belle langue, c’est un peu mon outil. C’est une langue très ludique, on peut faire beaucoup de choses avec, et bien sûr cela serait dommage qu’elle se fasse complètement bouffer par l’anglais. C’est sûr que l’on n’a pas cette culture-là en France. Nous aussi, on utilise plein d’anglicismes, mais on n’a pas cette peur qu’ont les Québécois de perdre notre langue. Vous protégez le français beaucoup plus que nous. Nous on ne s’aperçoit même pas que l’on est peut-être en train de perdre des mots. Je n’ai pas forcément de grand message à faire passer, mais c’est une belle langue qui mérite que l’on s’y attarde et que l’on s’y attache. »

Yolaine Maudet
Photos : Toma Iczkovits

Grand Corps Malade : « Funambule » – Believe Recording
Tournée de Grand Corps Malade est prévue à l’automne 2014.

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