LA FRANCOFETE EN ACADIE
Du 6 au 10 novembre 2013 à Dieppe (Nouveau-Brunswick)

MÉTÉO : Ciel d’automne, température clémente en journée, fraîche le soir.

CARTE D’IDENTITÉ : Festival regroupant les diffuseurs nationaux et internationaux (et ouvert au public), qui propose un panel annuel de la culture acadienne (mais pas que). Vitrines de 20 minutes ou concerts plus longs au Capitol et autres salles, after dans les bars.

LE CONTEXTE (par René Légère, président de la Société Nationale de l’Acadie (SNA) et Maurice Basque, historien) : « Comment assurer la survie de la langue française et défendre l’Acadie au niveau international alors que ce n’est même pas un pays ni une région, mais juste un peuple décimé sur quatre provinces canadiennes ? Seulement 300 000 personnes parlent français ! Heureusement pour nous l’UNESCO vient de reconnaître le génocide du peuple acadien à Grand Pré. Cela a redonné espoir à tout un peuple qui a été élevé « perdant, marginalisé parce que francophone ». Oui, nous avons une identité élastique et notre production culturelle s’inspire souvent du passé, mais depuis dix ans l’Acadie s’urbanise et les chansons sont d’excellents vecteurs pour développer le francophone. Même si le « chiac » (véhiculé par Lisa Leblanc, Radio Radio…) est quasiment une « troisième langue » mixant français et anglais. Nos artistes sont le cœur de l’Acadie, c’est grâce à leur rayonnement sur la planète que l’Acadie existe ! »

LES PLUS : La chaleur et l’accueil des Acadiens. Leur lutte pour conserver le français en pays anglo !

LES MOINS : Certains choix artistiques du festival un peu faibles.

SHOW CONCEPT : Le « Cercle d’auteur compositeur ». C’est Monique Poirier (très bonne animatrice) qui réunit Michel Thériault, Diane Tell, Joseph Edgar et France d’Amour, et lance des thèmes auxquels les artistes doivent réagir avec une anecdote et une chanson. Genre « la chanson qui te décrit le mieux », « l’artiste qui t’a influencé », etc. On a l’impression d’être avec eux dans le salon, une complicité s’installe, ça parle même de cul ! Côté talents, c’est mitigé… France est très sympathique, elle a une voix étonnante, mais des chansons… insipides ! Seule sa reprise de « My funny valentine » valait le détour. Michel, tout aussi sympathique mais à la voix et aux textes légers, a surtout brillé par son excellent « Roger & Mathieu » digne d’un Pierre Perret époque « Lily ». Heureusement, Diane est là : la grâce, l’élégance, la voix intacte. Du bonheur ! Et Joseph : une énergie rock, une déferlante. Un grand bonhomme.

RÉVÉLATIONS : Le trio juvénile de l’Île-du-Prince-Édouard, Ten Strings and Goat Skin (« Dix cordes et une peau de chèvre », ce qui résume leurs instruments), offre un trad moderne (oui, c’est antinomique mais possible) qui force le respect. Une belle énergie rageuse. Le duo Wanabi Farmeur réunissant Ginette Ahier et Mathieu d’Astous. Lui est à la batterie, elle à la guitare, piano, harmonica, les deux chants sont quasiment tout le temps à l’unisson, ce qui crée une troisième voix (à l’instar de Michel Berger et France Gall dur « Double jeu » ) C’est fluide, mélodieux, généreux, les textes sont malins et impliqués. C’est à la fois moderne et ça évoque Beau Dommage ou Harmonium. Bref, un vrai régal !

À RETENIR : L’espiègle Medhi Cayenne Club mixant jazz prog et funk-rock en se la jouant guitar hero. Le country-bluegrass du quatuor The Backyard Devils sent le « party », le fun et la boucane (« dans un environnement sans fumée » pourtant !). Les cinq acolytes de La Virée restent les rois de la fiesta acadienne avec leur swing, leurs reels et rigodons ! Le Suisse Marc Aymon, dont la voix évoque Florent Marchet, mène son trio chanson-rock de main de maître et sa reprise de « Je voudrais pas crever » de Boris Vian est fort bien sentie.

À SUIVRE : Colleen Power colleenpower.com (anglo faisant l’effort du franco) et son charmant folk poppy évoquant la fraicheur des Pétula Clark et Sandie Shaw des 70’s ! Viviane Audet proposant une chanson-pop-pianistique et poétique à mûrir.

CONFIRMATIONS : Les Hay Babies toujours aussi gracieuses, folkies et addictives ; Guillaume Arsenault en formule trio (trompette, batterie, guitares) reste toujours aussi convaincant avec son rock atmosphérique et ses chansons fortes. Liz Cherhal : tout un personnage ! Elle interprète chacun de ses titres comme un petit film, une comédie aigre-douce décapante. Les Hôtesses d’Hilaire de joyeux frapadingues qui nous embarquent dans leur délire rock !

DOMMAGE : Les Clément Jacques rockent fort (trop pour le Capitol) et pourraient vraiment retenir l’attention s’il rangeaient leurs clefs d’appart ou leurs passes qui pendent de leurs jeans, s’ils s’occupaient un minimum du public qu’ils ignorent, et s’ils ne passaient pas quasiment tout le dernier titre du set le dos tourné au public… parce que si c’est pour ça, quel intérêt de venir sur scène ? Vraiment dommage parce que musicalement ça vaut le détour. Dommage aussi pour Benoit Paradis Trio : on aime son humour, ses chansons jazzy, son personnage décalé, sorte de Gaston Lagaffe musical, mais son show est inchangé depuis des années, on attend du neuf Benoit !

LES PRIX RADARTS : Organisateur de la Francofête qui a réuni plus de 500 délégués, venant de tous les coins de la francophonie canadienne et internationale, Radarts a remis des récompenses : le « Prix Réseau des grands espaces », le « Prix Roseq » et le « Prix Tournée en plein dans le mille » ont été remis à l’humoriste Luc LeBlanc ; le « Prix Congrès mondial acadien » à Caroline Savoie ; le « Prix Rideau » à Wanabi Farmeur ; le « Prix Granby » à Dave Puhacz ; le « Prix Ontario » au Théâtre de La Cigogne.

Serge Beyer


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