Chloé Mons

La terre, l’air, la musique

Insaisissable Chloé Mons. Son dernier album est une tragédie. Celle d’un disque perdu en Inde et reconstitué à Paris avec le fidèle Yann Péchin, guitariste emblématique des derniers albums d’Alain Bashung  et fidèle compagnon sur la route des Indes.

À Mysore, Chloé, éternelle indépendante, a d’abord retrouvé son père, puis est partie en quête de musiciens locaux pour dérouler un nouvel album parfaitement possédé. Sauf qu’elle ne le possède plus. Pas celui-là en tout cas, celui enregistré dans des conditions épiques il y a tout juste un an et laissé sur place entre les mains d’un producteur peu scrupuleux. « La chose enregistrée là-bas a été volée, dérobée. Il fallut réenregistrer à Paris pour vraiment boucler la boucle. » Chez elle, avec Prabhu Edouard, un percussionniste indien installé en France, et Yann Péchin, elle a dû tout recommencer. Les trois musiciens trouvés à Mysore ne sont plus de la partie ; trop compliqué, trop cher de les faire revenir. « Cela a été étrange, très bizarre pour moi de réenregistrer un disque. Je n’aurais jamais pensé faire ça dans ma vie. »

Tout recommencer

Chloé MonsAventurière des temps modernes, amoureuse inconsolable portée par une foi hors du commun, Chloé Mons a recommencé en version minimaliste le beau projet déjà pourtant réalisé entre fureur et passion. « En Inde, il y avait deux percussionnistes et surtout un violoniste : Raju, Manju et Shandru. Cela donnait une couleur parfois un peu tsigane qui n’est plus là. Mais ce sont exactement les mêmes chansons, celles que nous avions écrites avec Yann à la maison avant de partir, les mêmes mélodies… Rien n’a changé à ce niveau-là, mais le violon n’est plus là. »

L’amour, cela ne se décide pas

Les textes aussi avaient été écrits en France. Ils font référence à l’amour, toujours. « C’est un peu : « Un jour mon Prince viendra ». » Veuve d’Alain Bashung, Chloé Mons ne s’est jamais enfermée dans la mortifère bulle d’un souvenir sublimé. Très vite, elle est allé de l’avant comme elle l’a magnifiquement raconté dans « Let’s go » , un recueil illuminé par sa passion de poursuivre malgré tout. « Il reste aujourd’hui surtout une très grande solitude, sûrement liée à mon passé. J’ai une route très à part, très solitaire. Et en même temps, je suis très heureuse de ce que je fais. » Elle n’a pas fait non plus une croix sur l’amour, un amour passionnel qui dure mais qui ne « se trouve pas sous le sabot d’un cheval. »

Chloé MonsSon précédent disque, enregistré en Afrique, portait d’ailleurs les stigmates d’une passion. En Inde, entourée de sa famille – son frère aussi est de la partie -, Chloé apparaît souvent solitaire, toujours rêveuse. « L’amour, cela ne se décide pas et cela arrive sans crier gare. En attendant, le temps est assez long, alors j’écris des chansons sur ça. Les textes sont toujours très viscéraux. Les chansons se construisent après, les grandes lignes sortent d’une façon très rapide, comme de l’écriture automatique. C’est une plongée au fond de moi-même et tout de suite, ça sort. Lors de l’enregistrement, comme les chansons existent déjà, je peux leur donner toute leur saveur. Pour moi, il y a la terre, l’air et la musique. »

À la manière d’un thriller

Un film, offert avec le disque sur un second DVD, plaque sur image un blues habité, transcendé par le talent de musiciens indiens et d’un batteur américain, lui aussi absent du disque final. « La musique est un langage universel, c’était assez magique et assez fluide. J’ai beaucoup de peine pour ces musiciens qui étaient fiers de ce que nous avions fait. Ça fait mal au cœur. » Le film le raconte à la manière d’un thriller : cela a bien failli finir d’une manière dramatique.

Confrontée à une tentative d’escroquerie d’une personne qui apparaît masquée dans le film, Chloé Mons n’a jamais voulu céder. Frôlant l’hystérie, elle a dû racheter des billets d’avion pour revenir en France en évitant les vols directs pour se soustraire à la police. « Nous avons payé 50% de l’enregistrement, puis 50% à la remise des bandes, mais ils voulaient 10 000 dollars en plus de tout… Ces bandes originales, je pense ne jamais les récupérer. Je n’ai pas les moyens d’accélérer la justice, mais tout reste possible. Ce serait assez drôle d’avoir les deux versions, même si la première version reste chargée d’une histoire douloureuse. Je suis très contente de l’avoir réenregistré comme une version lavée de toute obscurité. »

Chloé MonsL’aventure m’excite

L’aboutissement est là, avec en plus une incroyable histoire caméra à la main, plus proche du « Blair Witch project » que du film de vacances… « J’aime l’aventure et j’ai appris beaucoup. Aller vers l’inconnu, cela m’excite beaucoup, mais là, c’était violent ! » Confrontée à une autre culture et à une population qui entretient un rapport très rude avec l’argent, Chloé Mons dévoile dans le film toute sa naïveté. « Aux innocents les mains pleines », reconnaît la chanteuse. « C’est la sagesse des fous. Il faut une certaine dose d’inconscience pour se lancer dans une aventure pareille. » Et surtout pour ne pas plier dans l’adversité.

En concert au Zèbre de Belleville

Cela lui a-t-il servi de leçon ? Sans doute pas complètement. Chloé Mons repartira en Inde, mais plus tard. La Lilloise d’origine a redécouvert à son retour les plaisirs parisiens. Elle sera en concert dans la capitale avec Yann et un percussionniste indien, le 8 novembre prochain au Zèbre. Et elle a déjà décidé d’écrire à nouveau en français. Un peu comme si le blues s’en allait peu à peu. « Cela restera très rock, j’ai très envie de ça ! Avec Yann bien sûr, qui est de tous mes projets. C’est tellement magique d’avoir une alchimie comme ça avec un musicien. Pour moi, il n’y a pas mieux. »

« Soon »
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Album + DVD : Rue Stendhal

Patrick Auffret

Publié le