MeLL, LO 66, Sur la même Longueur d'Ondes numéro 66 - Photo : Marylène Eytier

Des relations pêle-MeLL

Dix ans de carrière, quatre albums, trois livres, et un aujourd’hui un EP, « Relation cheap ». MeLL s’est lancée seule, dans le récit des relations humaines : amicales, nocturnes, amoureuses, accompagnée d’une guitare électrique toujours aussi rock.

« Aujourd’hui, tout va trop vite. Les modes, les goûts sont éphémères. Les relations sont superficielles, elles s’enchaînent sans profondeur. Nous sommes comme des hamsters dans une roue… J’ai arrêté de pédaler. » MeLL, 30 ans, est de retour avec un EP 4 titres, prélude à la sortie de son cinquième album le 29 avril prochain. Ses nouveaux titres sont une « ode aux relations intenses », dans une époque marquée par l’individualisme et l’accélération des modes de vie. Les textes restent à la fois légers et corrosifs. « Dans mes précédents albums, il y avait beaucoup d’humour, de suggestion. Là, j’ai souhaité écrire davantage au premier degré, pointer l’essentiel, même si l’autodérision perdure. » Après avoir quitté le label Mon Slip l’an passé et chez qui elle « se sentait abandonnée », MeLL, native de Lorraine, a rejoint les Nancéiens de Artdisto. Avec moins d’accents punk, mais un langage toujours aussi rock’n’roll, elle a composé seule « Relation cheap », assistée par Laurent Lepagneau à la réalisation. « Je lui ai envoyé plusieurs morceaux en chantier. Il a créé une cohésion entre les titres et imprimé une couleur au disque. Un lourd travail de traitement de voix a été accompli pour qu’elle se fonde dans la musique. » Une guitare électrique entre les mains et une grosse caisse aux pieds, MeLL n’est accompagnée que de boîtes à rythmes. Son rock est énergique, frénétique, comme sur l’excellent titre « Cheap cheap » ou « Un pied dans le vide » dont les refrains devraient s’installer dans les têtes. La voix est plus blues, sans perdre en percussion. MeLL s’est inspirée du rock ancien, fruit de l’Amérique des années 60 : « J’aime des mecs comme Jerry Lee Lewis, où la jambe bouge toute seule à leur écoute. » Les rythmiques d' »Elle rêve », le prouvent.

« Présent dans l’instant »
Le fil conducteur du disque repose sur les différentes relations humaines. « À partir du moment où je rencontre une personne, ce n’est jamais insignifiant. Il y a toujours un intérêt, de la richesse à extirper. Pourtant les contacts humains diminuent. Trop de gens se sont construits une bulle dans laquelle ils végètent. Quand je vois le nombre de bars qui ferment à Paris… » Vive et pétulante, MeLL insiste sur la valeur de « l’instant présent ». « Le temps partagé est tellement précieux, il faut toujours en être conscient et rester présent dans l’instant. » Elle revient sur notre société et ses travers, avec un inventaire à la Prévert : « La télévision, instrument d’un bonheur immédiat qui s’arrête lorsqu’on l’éteint » ; « Le capitalisme cynique à outrance, qui te pousse à penser que ta vie est manquée sans une Rolex » ; « Les apparats dont s’ornent les gens pour combler, en vain, leur absence de charisme » ; « La volatilité grandissante dans les goûts du public, flippante lorsqu’on imagine une carrière à long terme ».

« Des récits de perditions »
En évoquant la complexité des relations humaines, MeLL parle forcément d’amour. Sur « Cheap cheap », elle chante : « Et comme je t’avais dans la peau (…) j’ai pas pensé un instant que j’avais un couteau dans le dos. » Symbole d’une relation « cheap » vécue récemment. L’éphémère des relations nocturnes se retrouve dans « What’s your name again ? » : « Mais tu sais moi je t’aime, what’s your name again ? ». L’album est constitué de « récits de perditions, de pérégrinations nocturnes. Des personnages se cherchent, un peu comme moi. Je me laisse déportée par mes états d’âmes, tout en restant ouverte. C’est plutôt doux comme mode de vie » estime la rockeuse qui, après dix ans de carrière, maîtrise son art à défaut de cadrer sa vie. Sur scène, MeLL, qui se dit « impressionnée aujourd’hui par la présence et la puissance de Cat Power », n’a rien perdue de sa frénésie ravageuse. Elle embrasera les scènes rock de France tout au long de l’année.

Mario Bompart
« Relation cheap » – Artdisto

Quelques collaborations
Au-delà de ses quatre albums solo, MeLL multiplie les collaborations. Lors de ses débuts sur la scène messine, il y a treize ans, elle rencontre le chanteur Louis Ville. MeLL l’accompagne à la batterie sur ses tournées, avant d’enregistrer un duo sur l’album « Cinéma ». La rockeuse était à la guitare sur une tournée de Lola Lafon, écrivaine féministe. Aujourd’hui, elle participe aux compositions du prochain disque de Karimouche. Amie proche de Céline Ollivier, elle collabore à plusieurs titres de son futur album, pour lequel elle a composé la chanson « Plus un mot » et elle déchaînera sa guitare électrique sur sa prochaine tournée.


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