Printemps de Bourges 2013
37e Printemps de Bourges : du 23 avril au 28 avril 2013
Les révolutions douces d’une force presque tranquille.

LA CARTE D’IDENTITE : Créé en 1977 pour mettre en valeur une nouvelle scène francophone (Lavilliers, Higelin, Thiéfaine…) qui n’avait alors pas droit de cité, le Printemps de Bourges est aujourd’hui un festival incontournable. Accueillant hors saison, un public familial, les professionnels des musique amplifiées et une bonne partie de la presse française, il donne le « LA » de la saison des festivals à venir.

LA PETITE HISTOIRE : Daniel Colling, le créateur du festival, annonce d’ores et déjà qu’il passera la main dans quatre ans et que le Printemps de Bourges est à vendre. Cette année, c’est Christophe Davy, le directeur artistique du Printemps, qui a annoncé son départ en plein festival pour, dit-il, « laisser la place aux jeunes » et ne pas tomber dans la redite. « On arrivé au bout d’une formule. Le nouveau projet s’écrira avec le nouveau directeur artistique », reprend en substance Colling. Au Printemps de Bourges, le changement, c’est maintenant ?

PROGRAMMATION : Chanson, électro, rock, rap, raggae… bref, éclectique. Patti Smith, M, C2C, Sexion d’Assaut, côté têtes d’affiches. Woodkid, Oxmo Puccino, Alexis HK, Benjamin Biolay, Lilly Wood & the Prick et des dizaines d’autres, pour le très solide cœur de programmation. La femme, Fauve, The Limiñanas, D-Bangerz et tout ce que la France compte de découvertes.

METEO : Grand soleil la semaine, pluie et grisaille le week-end, ou comment passer de l’été à l’hiver en un printemps.

FREQUENTATION : 61 200 places délivrées, dont plus de 7 000 invitations… Après l’édition de l’an dernier, qui avait marqué le pas, un Printemps normal. Et ce n’est pas la Ministre de la culture, Aurélie Filippetti, venue vendredi sous la pluie, qui dirait le contraire.

LES PLUS : La programmation sans limites : 140 artistes et il y en a pour tous les goûts.
Patti Smith  qui survole le festival avec un concert acoustique à la cathédrale, une conférence de presse et une très belle exposition, que Le Printemps de Bourges et les orfèvres de la discothèque de Radio France a consacré à sa carrière.
C2C  revenu des Etats-Unis avec des musiciens, de nouvelles vidéos continue d’être une tête d’affiche comme on les aime. A la fois grand public, simple en coulisses mais jamais simpliste pour son public.
Les créations et les concerts dans des cadres plus intimistes. Ezekiel et son ensemble de 13 musiciens au théâtre Jacques Cœur, c’est de la dentelle musicale.
Les découvertes du Printemps de Bourges, rebaptisées les Inouïs, toujours aussi foisonnantes.
Orelsan, président du jury des Inouïs, se prête aux séances photos sur I-phone avec les ados qui le reconnaissent, discute avec tous : un président sympa, loin des polémiques qui ont entouré ses débuts… et même les féministes le reconnaîtront.

LES MOINS : Le son du W, la nouvelle grande scène, qui remplace le Phénix. Une bouillie sonore que même des bêtes de scène domptent tant bien que mal…
Le son, encore et toujours, mais cette fois au 22, la salle à deux têtes (Est / Ouest) des découvertes. Dieu que parfois c’est fort pour de si petits lieux, même les bouchons d’oreilles n’y suffisent pas.
Des têtes d’affiches qui ne font pas toujours le travail. Public Enemy, arrivé sur scène en faisant ses balances, n’est plus, depuis bien longtemps déjà, l’ennemi public n°1 à la hauteur de ses grands disques de la  toute fin des années 80.
Le Printemps reste cher et d’autant plus par les temps qui courent. Aucun forfait pour le public, pas de passe-droit pour aller d’une scène à l’autre. Mieux vaut donc pour une famille avoir fait le bon choix, sinon c’est facilement 120 euros par soirée.

LA DECOUVERTE : Fauve gagne le Prix découvertes et c’est logique. Son chanteur déclame ses textes sur un rythme effréné et dans la pénombre de ses projections vidéos, le groupe présente un univers bien à lui. A la manière de Diabologum, il renouvelle ce qu’on connaissait jusque-là de l’écriture en français. Le bruit que l’on fait autour de ce tout jeune groupe est pleinement justifié.

LA CONFIRMATION : Ariane Moffatt à l’Auditorium, la salle réservée à la chanson. Il y a certainement eu des jours meilleurs pour la Québécoise mais à elle seule, elle symbolise la bonne côte de popularité d’une  chanson très pop (Benjamin Biolay, Alexis HK…). Son concert, très électro et laissant la place à des moments piano-voix touchants, est convaincant : Ariane a peut-être le cœur dans la tête mais pas la tête ailleurs.

BILAN : Dans un contexte général où le monde de la musique se cherche (effondrement du marché du disque, baisse de la fréquentation des concerts, rôle grandissant d’Internet), le Printemps fait le choix de ne pas trancher. Il conserve la flamme et allume plusieurs contre-feux. Conservant malgré tout des têtes d’affiches, développant son cœur de programmation et soignant ses laboratoires (les découvertes, les créations…), il reste une grand messe de la musique populaire en France – les « musiques amplifiées », en langage politicien. Marquée par le départ de son directeur et l’annonce d’une prochaine vente, cette 37e édition a été celle d’un changement dans la continuité. La suite dira si le grand chambardement commence demain…

Bastien Brun
Photos : Marylène Eytier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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