Génération H, Alexandre Grondeau, Sur la même Longueur d'Ondes

Manifeste sexe, drogue and rock’n’roll

Alexandre Grondeau, l’auteur de Génération H, (Édition La lune sur le toit www.lalunesurletoit.com) roman entièrement dédié aux plaisirs gentiment transgressifs de la vie à 18 ans -sexe, fumette et free-party– est maître de conférences à Aix-en-Provence. Il enseigne la géographie économique et urbaine. Dans son nouveau livre, le deuxième, il décrit l’immense besoin d’une jeunesse rebelle éprise de liberté. Son roman parle à la génération qui vient d’avoir 18 ans. Celle des années 90 comme celles d’avant, comme celles d’après… sur une bande-son qui passe allègrement des Bérurier Noir aux Rita Mitsouko via Raggasonic, The Doors ou Ministère A.M.E.R. Le nouveau manifeste sexe, drogue and rock’n’roll vient de voir le jour. Il est français !

 

Alexandre, laquelle de tes héroïnes, et elles sont nombreuses, as-tu mis en couverture ?

La fille en couverture est la muse de la Génération H. Je voulais un personnage frondeur qui représente le côté rebelle de cette génération. Je suis ravi que le modèle ait accepté. Elle est un peu toutes les héroïnes du roman.

 

Ce livre est-il vraiment celui d’une génération ? J’ai plutôt eu l’impression de lire les aventures de quelques marginaux…

J’ai eu vraiment l’impression d’écrire le roman de la génération des années quatre-vingt-dix. Après, je peux me tromper mais je reçois énormément d’e-mail de lecteurs. Alors cette génération elle existe bien et est éclatée un peu partout en France. Et est même beaucoup plus large que l’on aurait pu le penser. Avec des gens de 55 ans qui se reconnaissent et des jeunes qui trouvent génial que l’on parle d’eux. Tous sont heureux de ça.

 

Génération H, Sur la même Longueur d'OndesCe thème, la drogue et les jeunes, est tant absent que ça de la littérature ?

C’est le premier livre qui parle ouvertement de la jeunesse dans les années quatre-vingt-dix, de sa quête de liberté à travers les révolutions musicales qui ont eu lieu et différentes expériences, dont le cannabis.

 

Ce livre est musical, avec une play-list à la fin…

J’ai voulu faire de la musique un acteur à part entière de la Génération H. Lorsque j’évoque la H culture, la culture cannabis, il y a un univers littéraire qui existe, à travers les livres de Jean-Pierre Galland, les bandes-dessinées des Freak Brothers. Il y a un univers cinématographique bien sûr et un univers musical. C’est très important car à travers les années quatre-vingt-dix, on a l’explosion du mouvement techno, les Teknival, la généralisation du hip-hop et le renouveau du reggae. Les années quatre-vingt-dix, c’est l’explosion hip-hop et le renouveau reggae. Moi, je suis critique musical, spécialisé musique jamaïquaine. Il y a à cette époque l’émergence de nouveaux artistes qui vont révolutionner le reggae et le faire revenir à un son plus contestataire. J’ai essayé d’intégrer les codes et les morceaux de toutes ces tribus qui composent la génération H. Et comme je fais aussi de la musique, on offre une compilation de à tous les lecteurs du livre. Elle est à télécharger sur le site http://generation-h.fr/

 

Les soirées technos datent effectivement des années quatre-vingt-dix, mais cela fait plusieurs générations que les jeunes fument du shit…

Le titre n’est pas là pour opposer des générations, mais pour montrer l’évolution dans la consommation du cannabis. Jusque dans les années quatre-vingt-dix, le cannabis est aussi un moyen de jouer au petit rebelle. Dans les années quatre-vingt-dix, il rentre complètement dans la culture française. Il y a une généralisation de la consommation. Il n’est plus un élément de contestation adolescente et rentre vraiment dans les mœurs. Avec ce roman, j’ai voulu écrire l’histoire d’une petite bande qui paraît un peu marginale mais qui, en fait, ne va pas du tout l’être.

 

Pas marginaux, pas marginaux… l’un des deux personnages est en voie de déscolarisation totale…

La temporalité du livre, c’est l’été. Tout est permis. Ils ont du coup une certaine liberté par rapport à leurs entourages familiaux. Ils prennent la route, font du stop, dorment dans des squats, rencontrent des personnalités extraordinaires et des lieux étonnants. Cela peut paraître un peu radical mais ces lieux existent et tout le monde à la possibilité de les croiser pour peu de les chercher. Et nos deux héros vont s’en remettre. Les personnages dont je me suis inspiré sont aujourd’hui parfaitement intégrés dans la société.

 

C’est un roman autobiographique ?

À chacun de juger si tout cela paraît réel. Mais cela reste un roman même s’il est inspiré par des faits qui se sont réellement déroulés.

 

Le livre est très bien documenté, notamment dans la pratique de la fumette et de son vocabulaire…

Je suis universitaire, maître de conférence. Pour écrire ce livre, j’ai rencontré des centaines de fumeurs, je me suis documenté, j’ai fréquenté des milieux underground et marginaux afin de parfaitement maîtriser le sujet.

 

C’est une apologie du haschisch ce livre ?

Je ne pense pas. Cela parlera autant à la jeunesse qui veut s’éclater mais aussi être cultivée, qu’aux parents. Nous devons avoir une dédramatisation vis-à-vis de ça. Rimbaud dit que l’on n’est pas sérieux à 17 ans. J’ai voulu parler de ça mais aussi montrer avec ironie que, parfois, on se prend un peu au sérieux quand on a 17 ans.

 

Les parents vont quand même avoir peur. Il y a du haschisch mais pas que…

C’est une hypocrisie de dire que, dans les milieux de la fête, on a accès à rien…

 

On dit aussi beaucoup que le haschisch ne mène pas forcément aux drogues dures. Or là…

C’est vrai. Mais ce n’est pas un essai pour expliquer comment cela se passe. C’est un road trip décalé, un roman musical, haschisché effectivement, où je raconte l’histoire d’une bande de jeunes confrontés à tout un tas d’expériences. Et le livre montre quand même qu’ils ne sont pas là pour que cela dégénère.

 

Génération H, Alexandre Grondeau, Sur la même Longueur d'OndesD’accord, mais au-delà du roma ton avis sur la consommation de marijuana aujourd’hui en France ?

Pour moi, une société mûre a les moyens d’avoir un politique de responsabilisation vis-à-vis de ses citoyens. On peut considérer les gens comme des adultes et pas uniquement comme des moutons. Ce roman décide de montrer  la jeunesse. Ils ont 17 ans, une partie d’excès existe en eux. Les gens peuvent s’inquiéter mais le principal, c’est d’éduquer ses enfants et leur mettre du plomb dans la tête. Les deux héros sont matures et responsables, ils ne font pas n’importe quoi.

 

Tu milites pour la dépénalisation ?

Je ne suis ni un militant, ni un spécialiste de la cause. Aujourd’hui, il y a 500 000 fumeurs quotidiens en France et officiellement 1,2 million de personnes qui fument plus de 10 joints par mois. Ils se retrouvent dans l’obligation de rentrer dans l’illégalité, de faire face à une certaine violence vis à vis des trafiquants. On ne peut pas mettre autant de population dans une situation de danger ! Je prône la liberté et la responsabilité pour chacun citoyen.

 

Tu es maître de conférences. Comment réagissent tes étudiants ?

Ah, ils sont plus de 20 ans et je suis sûr qu’ils sont fiers de voir leur enseignant interviewé dans Libération.

 

Quel accueil a reçu ce livre dans les médias ?

J’évoque un sujet qui dérange, des médias ne souhaitent pas discuter du tout de cette thématique…

 

Ce n’est pas plutôt la manière dont tu traites le problème qui dérange ?

Cette génération H est une génération plaisir…

 

Ils passent leur temps à fumer et à draguer les filles ?

Quand on est jeune, c’est la découverte des sens, du plaisir, du sexe, des voyages et de la musique. Je parle de cela. Ce qui dérange, c’est peut-être l’absence de fond moral et de fond de bien-pensance dans ce que j’écris. Je parle juste de la jeunesse. Et je n’ai pas l’impression d’être très transgressif, franchement.

 

Patrick Auffret

http://generation-h.fr/

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