Ludo Pin

Une question de parcours

Alors que « Paris-Montréal » vient d’être lancé au Québec, le Français montréalais d’adoption nous raconte la construction de son album, entre allers-retours au dessus de l’Atlantique, des origines jusqu’à la sortie du bébé dans l’eau du grand bain. Savoureux mélange de pop-électro-lofi, découvrez pourquoi ce disque n’aurait pas pu voir le jour ailleurs qu’en terre montréalaise !

On l’avait connu en France avec un premier album sorti en 2008, sur feu la branche française du label québécois Audiogram, qui à l’époque comptait deux artistes : Pierre Lapointe et un certain Ludo Pin. « C’est grâce à mon premier 45 tours que j’ai eu la chance de rencontrer Louise Attaque car ils cherchaient des gens pour leurs premières parties. De fil en aiguille, j’ai fait pas mal de concerts tout seul avec mes machines. Les choses ont un peu bougé en France, j’ai eu des beaux papiers comme dans la presse : il y a eu 80 dates, le Printemps de Bourges, les Francos de la Rochelle, les chantiers des Francos. » Sa signature avec Audiogram lui permet de faire aussi les Francofolies de Montréal en 2009. C’est là que l’amour frappe : il y rencontre sa « blonde ». « En 2009 pendant la tournée d’été au Québec, j’ai commencé à bien me sentir musicalement au Québec. Quand j’y suis allé, j’ai rencontré des artistes, des musiciens avec qui j’aimais partager une scène, je trouvais que ça ressemblait un peu à ce que je faisais. »

À son retour en France, il décide d’enregistrer un premier EP numérique de cinq titres avec Bénédicte Schmitt au Labomatic « Le temps nous dira » : « Ça m’a permis de tourner pas mal en radio et de faire les premières parties de Gaëtan Roussel sur sa tournée « Ginger ». Je suis ensuite retourné au Québec autour du mois de mai 2010 et j’ai fait des shows en me disant que certainement à la rentrée 2010 je m’installerais ici. ». C’est sur cet EP qu’il collabore avec Ariane Moffatt : « Je lui avais dit, à un moment où elle était en France pour une tournée, de passer au studio. Elle a donc fait un titre où elle joue tous les instruments. C’était vraiment cool ! Ça s’est passé tellement naturellement et simplement… »

SANS ÇA – LUDO PIN from LUDO PIN on Vimeo.

Ludo PinQuand il décide enfin de s’installer à Montréal, il part avec son « matos » sous le bras : « J’avais quelques premières maquettes, j’écrivais la suite du EP, en me disant que j’allais faire un album avec. En fait, entre les voyages, les allers-retours, j’ai écris pas mal de chansons et à un moment donné je me suis dit qu’il fallait que je commence à enregistrer. Je travaillais beaucoup en home studio, j’ai essayé de contacter des gens ici, notamment Ariane, pour avoir de l’aide. » Puis survient la rencontre décisive avec le multi-instrumentiste Navet Confit : « Il m’a dit qu’il avait du temps, et qu’il voulait vraiment travailler sur mes maquettes, que l’on construise des choses à partir de ça et que l’on n’essaie pas de briser la fragilité. Ariane avait fini d’enregistrer « MA », elle avait un peu de temps et a embarqué dans le projet. Elle était dans le local en dessous de nous. On a donc fait trois jours de sessions studio, où elle a pu poser les claviers et sa touche sur un peu tous les titres. Disons que mes chansons sentaient un peu trop les chaussettes et j’avais envie qu’elles sentent plus la rose. »
Ludo Pin aurait voulu pouvoir faire cet album en France, mais il lui semblait que les conditions étaient meilleures à Montréal : « J’ai toujours eu du mal en tant qu’artiste solo à garder mes musiciens.Ludo Pin Je suis arrivé un peu à poil ici. Heureusement, les gens me connaissaient un peu parce que j’avais sorti un album et qu’il avait tourné en radio ici. Les gens ont accroché parce que ça leur plaisait. Je débarquais, je n’avais pas de papiers, pas d’argent. Ils voyaient bien que ça n’allait pas être simple pour moi. Financièrement j’ai pu produire et auto-produire cet album avec des gens de qualité, en passant beaucoup de temps pour le faire, vu ce que ça m’a coûté, je n’aurais jamais pu faire ça en France. C’est ça la dynamique de Montréal, les cercles musicaux sont plus attractifs, ça bouge beaucoup plus, les gens n’arrêtent pas de faire de la musique. C’est une ville musicale beaucoup plus que Paris. »

Ludo participe au concours musical des Francouvertes cette année, une bonne façon pour lui de jouer sur scène devant un public qui n’est pas là que pour lui. Même s’il a hésité à participer au concours, du fait de la sortie de son album, il pense avoir fait le bon choix : « C’est un lieu de rencontres avec plein d’autres musiciens. Puis légalement, je pouvais postuler, car je ne suis plus sous contrat et que je n’ai pas vendu plus de 1 000 albums ici, donc je me suis dit, vas-y. Et puis, je ne suis pas connu ici, je ne referais pas les découvertes du Printemps de Bourges, mais les Francouvertes, oui ! » Ludo Pin est accompagné de Navet Confit, Mathieu Vézio (Dany Placard, Marcie) à la batterie, Gabriel Gagnon (Alex Nevsky, David Giguère) aux claviers. Il faut dire aussi qu’il s’est tout de suite senti à l’aise musicalement au Québec : « Quand j’ai débarqué que j’ai vu les shows de Monogrenade, Peter Peter, je me suis dit OK, ça me parle à fond. Il y a un rapport à la matière sonore qui est complètement différent de chez nous en France. J’ai toujours aimé les artistes d’ici, j’en ai toujours écouté avant même de m’y installer. J’aime l’approche qu’ils ont du son, l’approche de la voix et des mots dans la musique, le rapport entre le côté anglo du son et le français, avec des textes à chanson, mais aussi la notion de gimmick. Je m’y retrouve plus. »
http://www.ludopin.net/

Yolaine Maudet
Photos : Toma Iczkovits

Publié le