GUERILLA POUBELLE

« Je fais des alexandrins  et des allitérations »

 

2013 est l’année du retour de Guérilla Poubelle sur les planches et cela quasiment 10 ans après sa création. Le groupe a bousculé la scène punk rock française (qu’ils le veuillent ou non), en marquant le départ d’une génération punk 2.0, rejetant les étiquettes, y compris celles du punk. Le label « Guerilla Asso » fait partie de cette mouvance, reprenant à la fois les valeurs du punk traditionnel mêlé aux nouvelles donnes du millénaire. En surfant sur cette vague, de nombreux jeunes groupes ont pu trouver un exutoire.

D’un point de vue général pour toi c’est quoi le punk aujourd’hui ?
Till : Je ne sais pas si je pourrai répondre. C’est une notion très relative, je suis jeune, mais j’ai le double de l’âge des gamins qui viennent aux concerts. Il y a des mecs qui sont punks le dimanche, d’autres uniquement quand ils sont dans leur groupe. Est-ce-que c’est pas ça être punk ? S’en foutre d’être punk ou pas ? Il y a des gens pour qui le punk c’est des titres très 80 comme Youth Avoiders ou Zombies Are Pissed par exemple alors que c’est très revival !

Aux débuts de Guerilla Poubelle, quels étaient les groupes qui vous inspiraient ?
J’écoutais beaucoup de vieux trucs français comme Les Rats, Les Shériffs et puis des groupes américains comme NOFX ou Schoking Victims. A l’époque c’était bizarre et peu courant d’écouter les deux. Il y avait les street punk d’un côté et ceux qui écoutaient du punk US de l’autre. Je me suis mis à écouter Charly Fiasco, Justine et Diego Pallavas, des groupes qui jouent sur ces deux pans musicaux. Dans la nouvelle génération de mecs qui viennent à nos concerts je ne suis pas sûr qu’ils écoutent encore les Shériffs aujourd’hui encore.

 

Qu’est-ce que qui vous pousse à écrire des titres en français ?
Au fond, c’est l’envie de dégager ce mal être, cette révolte. Mais je suis pas sûr que les sujets soient vraiment différents des premières années du punk. La démarche n’est pas nouvelle, même si ce n’est pas les mêmes problèmes. C’est peut être moins la « zone » mais il y a toujours un discours politique. Cependant nôtre écriture est différente des écritures un peu manichéennes à la Sales Majestés. Aujourd’hui, on est dans quelque chose de plus subtil ou travaillé. C’est une question de forme : directe et frontale ou l’inverse. Dans mon écriture je m’impose des trucs fous ! J’essaie de trouver des alexandrins et des allitérations. Je me force à trouver du lexique aussi, je ne veux pas uniquement écrire des slogans de manifestation sur papier ! J’ai un côté relativement nihiliste aussi dans mes textes… ce qui ne veut pas dire qu’il faut écrire avec ses pieds. Mais ça ne m’empêche pas d’être fun dans la vie ! Effectivement, même si la vie est différente de l’époque des Cadavres, les Rats, les Shériffs, eux aussi avaient des histoires comme nous. Ils parlaient de leurs potes, de la drogue ou de leurs meufs… Et puis, ma vie depuis le début de Guerilla Poubelle a vraiment changé. C’était il y a 9 ans ! J’étais un gamin.

Comment expliquez-vous l’effet boule de neige ?
Guérilla Poubelle a fonctionné, vendu des disques et rempli des salles, mais n’a pas forcément entrainé d’autres groupes. On existe depuis 2005 et déjà avant nous des groupes français étaient là. On a juste suivi cette envie de mélanger le skate-punk américain au punk alternatif. Avant ces deux styles ne se mélangeaient pas, tant dans la musique que dans le public. En faisant, notre propre musique on a voulu initier un mélange et unir ces styles que l’on aime. Le punk-rock français est très générationnel. Il y a eu un engouement pour Dolores Riposte puis Guerilla Poubelle. Finalement, ça a perduré alors que tout le monde pensait le contraire. On a entendu des gens venir nous dire «  Vous nous avez donné envie de faire de la musique ! », il y a eu une vraie identification du public dans cette musique. Juste pour trouver un défouloir et dire des trucs cools. Je pense que ça marche car tous ces groupes comme Justine, Nina’School, Nichiels viennent jouer dans toute la France. Les jeunes viennent aux concerts locaux car c’est plus intimiste, cela créé un effet de confiance. C’est ce que l’on appelle la scène ! On a une pérennité de 10 ans, ce qui fait qu’aujourd’hui, ces jeunes chantent nos chansons mais ce n’était pas uniquement nous. Je pense que le groupe a peut-être aidé a re-fédérer des personnes entre elles. Guérilla Poubelle est un groupe auquel on s’identifie facilement. J’ai moi-même ressenti ça en découvrant Nirvana quand j’étais adolescent ! Le mal-être et la révolte existent depuis longtemps, même la démarche DIY, tout ça n’est pas nouveau, juste relancé avec cette nouvelle vague.

 

Pensez -vous que l’on puisse parler de nouvelle vague punk-rock française ?
Est-ce que quelque chose existant depuis dix ans est encore une nouvelle vague ? J’ai l’impression qu’il y a toute une génération qui a écouté du skate-punk et le punk alternatif : Justine, Charly Fiasco, Leptik Ficus. Les mecs de Nina School, eux sont un peu plus jeunes et ont chanté en français parce qu’ils ont plus été influencé par Guérilla Poubelle que le punk 80’s. C’est comme Nichiel’s qui a toujours été influencé par Justine et pourtant aujourd’hui ils se retrouvent en tournée avec eux. En réalité les générations se rejoignent. Il y a surement eu un effet boule de neige. Aujourd’hui, certains groupes plus jeunes, vendent quasiment plus de disques que nous. De plus, avec les tournées, les plus jeunes groupes et d’autres comme nous, se croisent tout le temps, donc on s’influence entre nous. En fait c’est une petite famille. On fait beaucoup de choses ensemble. Dans cette nouvelle vague il y a une affinité.

Pourquoi avoir créé le label Guérilla Asso ?GUERILLA POUBELLE
Guérilla asso existait avant le groupe. On faisait un fanzine, une émission de radio, on organisait des concerts, quand tu fais un groupe punk, cela te paraît normal de faire tout cela. Il y a une communauté liée à travers ses activistes. C’est rare d’être à un concert où il n’y a pas des fanzines, une distro et des flyers. C’est une petite communauté qui existe et qui est liée à travers ses actions. Au niveau du label il n’y a eu aucune démarche prédéterminée. Au départ, on s’est rendu compte que souvent nos potes enregistraient un disque mais n’avaient pas les moyens de le sortir. Et puis de fil en aiguille, ça a grandi, mais c’est toujours un peu comme si je payais le disque de mes potes. J’ai quasiment pas sorti un disque sans connaître les gars personnellement ou les avoir vus sur scène. C’est mon argent de poche que je mets la-dedans ! Et je veux pas récupérer d’argent. Cela me permet des échanges avec d’autres labels et maintenant j’ai une super discothèque ! Ça fait cinq ans, et j’essaie de sortir environ un disque par mois, pour me limiter, mais en vrai c’est un peu plus. Guérilla Poubelle ne tourne plus vraiment, on s’occupe donc plus du label qui est d’ailleurs devenu complètement indépendant du groupe. Le premier disque que l’on a sorti c’est Défenestror, un truc de garage, puis La Raya, Nine Eleven ou Wank4Peace, plus hardcore et Crossing The Rubicon, qui n’a rien à voir non plus … Il n’y a donc pas que des groupes qui chantent en français, peut-être même plus qui chantent en anglais. Mais c’est vrai que ceux qui font rentrer des sous dans le label, c’est les groupes francophones. Je pense aussi que c’est dû à l’identification du label « Guérilla Asso ». Il y a des mecs qui achètent nos disques en se disant «  Je connais pas, mais ça doit être bien », je trouve ça top ! Ils font confiance aux choix du label. Il y a aussi cet aspect presque famille ou communauté entre beaucoup de groupes de Guérilla Asso. Personne ne gagne d’argent, c’est des réalités que l’on connait tous et on fait tous ça par passion. Dans beaucoup de scènes les mecs se tirent dans les pieds ; ici non. C’est ça Guérilla Asso : un esprit bon enfant et du bon sens. On n’a pas d’intérêt à se mettre des bâtons dans les roues !

Quels sont pour toi les activistes punks en France ?
Quand j’étais gamin, les principaux activistes étaient Crash disques, Maloka… Un mec comme Brice de Goat Cheese, Joker in the pack, les gars de Tcheck l’asso à Lille, Toulouse Punkers ou Chavana Asso à Marseille, Culture Punk à Lyon, les mecs de Wank 4 Peace avec des Ciseaux et une photocopieuse… il y a vraiment des trucs partout ! Dans toutes les villes il y a des gens qui sortent des disques etc. On a toujours eu cette démarche de sensibilisation envers l’activisme. Impliquer les kids, c’était le mot d’ordre quand ils nous contactaient et voulaient nous faire jouer.

 

Pourquoi ce titre d’album : « Punk = existentialisme » ?
Le punk c’est pas quelque chose de facile à définir, tout comme l’existentialisme. Alors les imbriquer c’était un bon moyen de faire réfléchir quelques personnes. C’est une façon de vivre sa vie. Une vie sans choix définis. Quand j’étais au lycée, en cours de philo, le prof posait des questions et il nous disait : « Toi, tu es vraiment sartrien » et ça m’a surpris ! Reprendre l’existentialisme permet de dire que c’est pas en adhérant à un parti que les choses changeront mais que en ayant une réflexion. Je ne suis pas dans le prosélytisme, dire aux gens quoi faire et dire qu’il faut qu’on soit tous unis… C’est pas mon but. Je pense que j’ai touché plus de gens et changé plus de choses avec les chansons de Guérilla Poubelle qu’en allant voter une fois par an. Personnellement cela fait 11 ans que je n’ai pas voté car je suis plutôt contre le système électoral que le concept de démocratie.

Pourquoi s’être amusé avec le titre « The shape of punk to come », devenu « The shame of punk to come» ?
Cet album est une compilation de nos deux premiers albums que l’on a sortis en Angleterre. C’est aussi un jeu de mots par rapport à l’album de Refused. C’était en plus à un moment ou Guérilla Poubelle devenait assez important, on avait beaucoup de remontrances de la part des aigris, des jaloux et ceux qui nous trouvaient moins punk que d’autres. En retour, nous on trouvait ça marrant de se moquer de ça, surtout avec un album dirigé envers un public étranger. C’est aussi un pied de nez à ceux qui essaient de définir le punk, et s’attachent aux étiquettes. Ce que l’on fait, c’est cela l’important et pas l’emballage que tu mets dessus… comme disent les existentialistes !

Tiphaine Deraison
Photos Delphine Tournier

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