Mutiny on the Bounty

Avec son rock énergique, toujours en mouvement, ce groupe luxembourgeois semble attaché à embarquer l’auditeur avec lui dans son périple épique. Le son est dense mais toujours dans l’action, avec des éléments accrocheurs qui visent des sensations multiples.

Du coup, l’éblouissement des sons saturés, la puissance de fer de la rythmique et la finesse des parties claires trouvent matière à communiquer. Et au final, personne ne reste aveuglé par l’adresse et la complexité des parties math-rock de leur musique. Dans cet élan dynamique et enthousiaste, les musiciens se retrouvent au milieu d’une intense tournée sur les routes européennes, pour défendre l’album « Trials » qui succède à « Danger Mouth ».

Artifacts MUTINY ON THE BOUNTY from AS HUMAN PATTERN on Vimeo.

En termes de son, de structure des morceaux et des instruments utilisés, quels choix avez-vous faits durant l’enregistrement de « Trials » ?

Mutiny on the Bounty : Notre but avec ce nouvel album était clairement d’évoluer, non seulement en terme d’écriture de morceaux, mais aussi en terme de sonorités. Il était hors de question pour nous de reproduire le premier album et ce pour deux raisons : premièrement, nous essayons de pousser nos limites et d’évoluer le plus possible entre chaque enregistrement, deuxièmement, le groupe a subi de nombreux changements de line-up entre les deux albums et cela nous a forcément fait travailler d’une manière différente. De plus, nous sommes un groupe démocratique, donc nous avons intégré les idées de chacun : avec la présence de deux nouveaux membres avec une sensibilité artistique différente, il était certain que l’album sonnerait différemment. En terme de structures, nous avons essayé d’épurer quelque peu les parties de guitares qui étaient très présentes sur « Danger Mouth » et faire des morceaux plus aérés et cohérents. Enfin, au niveau des instruments utilisés, rien de bien nouveau, il est ici toujours question d’une batterie, deux guitares, une basse et du chant. Nous sommes un groupe rock qui a pris ses racines dans le live, on ne voulait donc pas perdre cette énergie propre à notre musique. La seule différence cette fois-ci est d’avoir utilisé énormément d’effets sur les guitares afin de les traiter de manière plus singulière.

Mutiny on the Bounty

Est-ce que votre approche du studio et des techniques d’enregistrement a évolué entre les deux productions ?

Oui, énormément. Nous avons enregistré cet album à Seattle avec Matt Bayles (Pearl Jam, Mastodon, Minus The Bear…) dans un studio, alors que « Danger Mouth » a été enregistré dans notre salle de répétition avec un ami. Du coup, la rigueur et la façon de procéder n’étaient forcément pas les mêmes. Nous souhaitions avoir une personne extérieure capable de juger notre travail avec une oreille fraiche, qui ne connaissait pas forcément notre univers, mais qui avait suffisamment de connaissances dans ce style musical pour pouvoir juger ce que nous faisions. Avant, nous étions les seuls juges de notre musique, et intégrer une personne extérieure a fait que nous avons dû nous plier à certaines exigences du producteur, même si Matt nous a laissé énormément de liberté car il ne voulait pas dénaturer notre musique. Enfin, travailler avec un producteur de renom de la sorte induit forcément un travail soutenu ; nos journées se comptaient en dizaine d’heures chaque jour et nous ne passions pas à autre chose avant d’atteindre le résultat le plus proche de la perfection.

Mutiny on the Bounty // R-A-F 2012 from Frank Desiront on Vimeo.

Est-ce que les paroles sont écrites en groupe ? Qu’est-ce qui fait que le chant semble plus mélodique que par le passé ?

Les paroles sont écrites en groupe, on met un peu tous notre grain de sel dans les mélodies et les mots choisis. Le chant est plus mélodique que par le passé simplement car nous avons vieilli et nous n’écoutons plus forcément le même genre de musique qu’à l’époque, du coup nos aspirations ont également changé. Ce n’était pas forcément une volonté de base, mais ça s’est passé plutôt naturellement.

Mutiny on the Bounty

Entre la technique et les mélodies : qu’est-ce qui importe le plus pour vous au moment où vous créez un nouveau morceau ?

Pour nous, ce qui importe le plus et de loin, sont les mélodies. La technique n’est qu’une petite partie de ce que nous proposons. On peut associer notre côté technique plus à un gimmick, une marque de fabrique à la Mutiny, mais ce qui nous intéresse avant tout est d’écrire de bonnes chansons pop avec bien sûr une originalité et un aspect technique intéressant, mais la technicité est loin d’être notre préoccupation principale. On vient tous de l’indie-rock ou du punk-rock à la base, on n’a jamais écouté de metal ou de prog-rock de notre vie alors forcément, écrire de la musique de conservatoire n’a jamais été une obsession, mais avoir des chansons instantanées et catchy, beaucoup plus !

Entre l’interprétation sur le disque et en live, qu’est-ce qui change pour vous ?

Nous essayons de rajouter très peu d’éléments à nos chansons lorsque nous enregistrons. Déjà, notre musique est assez dense et chargée, nous ne voulons pas la rendre totalement indigeste en rajoutant encore des couches de guitare ou d’autres instruments. Du coup sur l’album, il y a très peu d’overdubs et ce que nous jouons en live se retrouve sur l’album et inversement. Sur disque, nous recherchons avant tout à reproduire notre musique de manière la plus méticuleuse possible, un peu comme des chimistes en ajoutant une dose d’énergie par là, un peu de subtilité à d’autres endroits, en dosant les effets, les nuances etc… Alors qu’en concert, nous sommes plus une boule d’énergie prête à exploser à tout moment. Notre truc à nous, c’est clairement le live, on adore ça, on ne vit que pour ça et l’idée est de retranscrire avant tout le bonheur que l’on a à jouer, à partager nos émotions avec les gens. Pour nous, ce qui prime avant tout lorsque nous jouons en live est clairement l’énergie que l’on transmet aux chansons, et tout ce qui se passe dans ta vie est une ressource intéressante à exploiter lorsque tu es sur scène : ta semaine de boulot, le trajet de 10 h serrés dans le van, tes problèmes de cœur… Le live fait simplement ressortir tes émotions et les décuple de manière assez intense.

Mutiny on the Bounty

A force de jouer ces morceaux en live, ont-ils pris une autre dimension ?

C’est sûr qu’à force de jouer les morceaux en live, on devient bien meilleurs et on peut se lâcher à 300 %. Alors la chanson prend tout son sens et on peut se concentrer sur l’émotion pure du morceau. En même temps, c’est une question délicate car jouer les morceaux en live est un peu à double tranchant, c’est un peu comme une orange que tu presses : au bout d’un moment tu n’en extrais plus de jus, donc il faut savoir varier les set-list et ne pas trop répéter tout le temps les mêmes chansons au risque d’en épuiser la force.

Comment vivez-vous cette tournée intense ? A quoi ressemblent les journées du groupe en tournée ?

Vu que notre truc c’est vraiment de jouer en permanence, c’est vraiment un rêve de faire ce que l’on fait pour le moment. Si nous le pouvions, nous passerions encore plus de temps sur les routes ! Nos journées de musiciens sont assez banales, je pense qu’il y toute une espèce de mythologie qui s’est créée autour de la vie des groupes de rock, en même temps je ne connais pas de vie moins glamour que celle-ci. On se réveille généralement très tôt le matin car on a plusieurs centaines de kilomètres, voire un millier de kilomètres à parcourir avant 4 ou 5 h du soir. Nos repas se font sur les aires d’autoroutes à coup de sandwiches et autres burgers-café. Ensuite on balance pendant une heure, on regarde les autres groupes jouer, on joue à notre tour, on fait la fête et puis on va se coucher sur le sol d’amis ou avec un peu de chance dans un hôtel. Mais d’un autre côté, pour rien au monde on ne changerait de mode de vie, c’est ce qu’on adore faire : jouer de la musique tous les jours, être avec ses meilleurs amis en permanence, rencontrer des gens tous les soirs, parcourir le monde, découvrir de nouveaux groupes en permanence ; c’est vraiment pour ça qu’on fait de la musique !

Mutiny on the Bounty

Quelle est votre envie commune aujourd’hui pour le futur du groupe ?

Pour nous ce qui est important, c’est de pouvoir continuer à faire ça le plus longtemps possible. Bien sûr, on ne se voit pas être comme AC/DC ou les Rolling Stones à faire ce genre de musique à plus de 50 ans, mais pouvoir survivre de notre musique est déjà un luxe qui n’a pas de prix. Ensuite, 2013 sera synonyme de beaucoup de tournées encore pour nous à travers l’Europe et puis nous sommes déjà en train de plancher sur de nouveaux morceaux pour un nouvel album que l’on aimerait enregistrer d’ici fin 2013, donc on va alterner les périodes de tournées et d’écriture.

« Trials »
(Booster)

Béatrice Corceiro
Photos Alain Dodeler

Publié le