IPhaze
Le duo électronique iPhaze est « connecté » à son public.  200 concerts en 4 ans de tournée ont créé des liens, un échange sur scène et sur la toile. D’ailleurs, les 12 productions du troisième album ‘Bloodshot’, plus énergiques et drum’n bass, le groupe les a composés en prenant compte du retour des fans lors des lives. Sur la base de la compréhension de son public, iPhaze s’est aussi adapté sur la question du support musical. Une sortie digitale autoproduite, pas de label, pas de CD cette fois-ci. L’état des lieux plaidait pour une disponibilité immédiate, sans intermédiaire, virale et adaptée aux nouveaux modes d’écoute.  Le duo constate depuis une foule plus nombreuse à ses concerts.

Vous avez décidé de sortir ‘Bloodshot’ uniquement au format digital. Pourquoi une telle démarche aussi radicale par rapport au disque ? Le support physique a-t-il encore un sens pour vous ?

Les raisons du « non-pressage » de ce troisième album sont multiples : la première étant que notre label de l’époque s’est désengagé pour raison financière. De ce désengagement de dernière minute, une réflexion s’est faite autour de l’intérêt du pressage et du support physique. Nous avons déjà été dans les bacs, nous avons déjà distribué nos albums aussi bien en physique qu’en numérique via les différentes solutions existantes et le constat est simple : le support CD, ça fonctionne à la fin des concerts mais ne rencontre pas le même succès que les tee-shirts… La deuxième raison est que ce support ne bénéficie pas d’une qualité comparable au vinyle, tant par sa durée de vie que par sa qualité sonore différente. La troisième raison tient au fait que mis à part une petite poignée d’irréductibles (quelques radios, chroniqueurs, fans ou néophytes de l’informatique), le CD n’est plus utilisé.

 

IPHAZE Anonymous – Reggae Sun Ska 2012 – from IPHAZE on Vimeo.

 

C’est un constat que vous dressez en tant que musicien mais également en tant que consommateur de musique vous -même ?

De nos jours, les supports numériques (wave, mp3, …) sont omniprésents sur diverses interfaces et par conséquent, la musique est écoutable partout. Il suffit d’aller en soirée chez des amis pour le comprendre. Les téléphones, les lecteurs mp3, les ordis ont pris la place des lecteurs CD. Le principe est simple : faire une soirée explosive avec tous les titres du moment sans avoir à passer une journée à préparer une set list… Et encore moins graver ou alors accumuler des centaines de CD.

Quelles sont alors les solutions que vous avez retenues ?

Comme beaucoup d’artistes internationaux, nous avons fait le choix d’arrêter le physique et de se concentrer sur le numérique qui nous permet d’être écouté partout dans le monde.
Nous avons donc cherché une solution de repli pour ce troisième album qui a été le site Bandcamp, et qui nous a apporté une véritable expérience autour de la diffusion musicale numérique. D’ailleurs notre nouvel EP sortira sur différentes plateformes numériques ciblées. Nous profiterons de nos 5 ans d’existence (4 ans de tournée, 200 dates, 180000km, 3 albums et un DVD) pour sortir cet EP en exclusivité le 18 Avril 2013, lors de la soirée « Happy Basstep » au Bikini à Toulouse.

Comptez-vous ressortir un album physiquement un jour ? 

Nous avons de plus en plus l’envie de sortir nos albums en vinyle, un projet qui est en train de mûrir.  De même, nous faisons des démarches très ciblées pour proposer à des labels que nous apprécions, une éventuelle collaboration quant au pressage et à la distribution. Mais les conditions d’engagement et d’un travail élaboré de qualité, sont les principales motivations et arguments qui pourraient nous faire ressortir un album au format CD avec une distribution digne de ce nom.

Ce troisième album a été enregistré dans les studios de Jarring Effects. Serait-ce un label qui, éventuellement, vous réconcilierait avec l’industrie du disque, si opportunité il y avait ?

IPhazeNous n’avons aucune « querelle » avec l’industrie du disque. Les raisons du « non-pressage » de ce troisième album sont multiples. En outre, Jarring Effects reste un des rares labels que nous apprécions, avec qui nous serions ravis de travailler. Nous sommes allés enregistrer au sein de leur studio, car nous avions des affinités avec Brice Marin (ingé son Brain Damage, High Tone), la renommée du label n’a pas été notre motivation première. Nous avons eu l’occasion de travailler en collaboration avec lui sur de nombreuses prestations et nous avons de suite accroché. Brice fait partie des référents de ce studio et participe activement aux différentes productions qui s’y réalisent.

La gratuité est-elle un mode de financement viable ? Quels bénéfices comptez-vous en retirer ?

La gratuité… Le piratage, encore un débat ! De notre promiscuité avec l’informatique, vu notre style musical, la gratuité est venue automatiquement par le piratage.
Nos albums distribués numériquement sans être vraiment protégés, comme sur les plateformes Deezer, Bandcamp, Spotify… ont été piratés dès les lendemains de leurs mises en ligne. Il n’y a pas besoin d’être un Bill Gate pour récupérer le son sur ces plateformes en 5 minutes top chrono ! Mis à part rendre fou maisons de disques et labels, nous approuvons toujours ce piratage, étant nous même des adeptes. Nous échangeons régulièrement avec des personnes via Facebook qui nous font part de leur découverte de notre son via des sites de piratage. Appréciant le style, l’énergie, la créativité qui en ressort, la plupart ont acheté nos albums via les différentes plateformes de téléchargement. La plupart du temps, nous leur répondons qu’ils n’ont pas besoin d’acheter, mais plutôt obligation de les faire découvrir à leur entourage. Nous pouvons ajouter que la gratuité, le partage légal ou illégal, ont des avantages en terme d’audience, que ce soit sur la fréquentation de nos concerts ou de nos réseaux sociaux.

Du coup, vous maîtrisez votre visibilité. Quelle présence assurez-vous sur les réseaux sociaux pour aller toucher directement votre public ? Quelle importance y donnez-vous ?

Nous sommes très présents sur les réseaux sociaux : Facebook, Myspace, Soundcloud, Twitter… La principale utilité de ces outils est de se faire connaître, tant du côté des collectifs, des associations, des programmateurs que du public. Mais aussi pour diffuser notre actualité (dates de concerts, vidéos, clips, albums…) et nos idées.
Depuis le début, nous avons bien compris que ce ne sont pas seulement les ventes d’albums qui feront avancer le projet mais bien les rencontres lors des concerts et des tournées! Ces réseaux sociaux sont donc fédérateurs car ils nous permettent de diffuser nos productions et ainsi avancer.

Constatez-vous plus de monde à vos concerts ?

Oui, nous constatons qu’il y a de plus en plus de monde qui se déplace pour venir nous voir en live. C’est le fruit de divers paramètres : les réseaux sociaux, nos nombreuses productions, nos featuring artistiques, les radios, les magazines, les webzines, le bouche à oreille…

IPhazeQuelles sont les contreparties a autant de liberté ? Cela devient-il une contrainte finalement ?
Il existe bien évidemment des contraintes : ne pas être distribué dans les réseaux classiques physiques (FNAC, Virgin, Leclerc, disquaires underground…), ne pas apparaître dans certains magazines ou être diffusé sur certaines radios… Cependant, les avantages que nous retirons de cette liberté sont bien plus importants à nos yeux : plus d’intermédiaires, vente direct au public, diffusion mondiale, gain de temps (rapidité des procédures, résultats directs). Notre regard se tourne vers l’avenir. D’ailleurs, la nouvelle génération a déjà arrêté le support CD et les futures générations continueront sur cette lancée en préférant les nouveaux supports numériques, bien plus pratiques. Est-ce bien, est-ce mal ? A chacun de se faire son opinion.

Vous réussissez à garder le rythme des nouvelles technologies ?
Le seul bémol que nous pourrions émettre est que la technologie évolue souvent plus vite que la capacité d’adaptation de certains utilisateurs. La génération actuelle a peu de difficultés face à ces changements de technologies. Ils sont en quelque sorte « nés dedans », contrairement aux générations de nos parents qui ont vécu l’arrivée en masse de ces technologies et qui ont du faire face à de nouveaux apprentissages.

 

 

iPhaze fêtera ses 5 ans le 18 Avril 2013, lors de la soirée « Happy Basstep » au Bikini à Toulouse.

 

Damien Baumal

Publié le