Yann Perreau


Montréal (Club Soda), le 11 octobre 2012
Pas moins de deux spectacles de lancement pour son nouvel album étaient programmés à Montréal, dans la mythique salle du Club Soda installée en formule cabaret (petites tables et chaises remplissant le parterre) pour l’occasion. Avec des paroles entièrement issues des écrits du poète québécois Claude Péloquin (connu pour ses frasques, sa hantise de la mort et ses amours écorchées) et des duos, tous féminins, autant dire que la livraison sur scène de « À genoux dans le désir » était attendue.

Surprise, le public a eu droit à une première partie ! Et pas n’importe laquelle : Yann Perreau lui-même s’est prêté au jeu et s’est beaucoup amusé à reprendre quelques-uns de ses morceaux les plus connus, seul avec son tout premier piano pour « chauffer la salle et faire chanter un peu tout le monde ». On a pu ainsi entendre « Conduis-moi » ou encore « Le bruit des bottes » et même une reprise d’Arthur H. Toujours aussi taquin, excité plus que nerveux, il a ensuite présenté l’ensemble des musiciens en les faisant venir devant la scène. En prenant le temps d’égrener les qualités de chacun (pas moins d’une douzaine comprenant entre autre une section cuivre et un quatuor à cordes), toute la troupe s’est ensuite fendue d’une version très jazzy de « Claudy Mélodie », reprise en chœur par la foule.

« Ils nous ont dit qu’on était fou au Club Soda, que jamais personne n’avait fait ça, mais nous on l’a fait ! » lance Yann Perreau. Cinq petites minutes plus tard, le rideau se lève sur une scène… sans coulisse (on pouvait ainsi observer sur les côtés les techniciens s’afférer). C’est la totalité de l’album que le public allait pouvoir apprécier en commençant par la fin. Catherine Major était donc présente, comme dans le disque, pour « Vertigo ». Rien qu’à cette première pièce, on comprend toute la puissance d’orchestration de Perreau. Avec des arrangements sonores riches et léchés, on appréciera le côté grandiose, mais on regrettera qu’il finisse par noyer les voix féminines qui font pourtant tout le charme de ces compositions.

Monte alors sur scène l’inénarrable Claude Péloquin, crane chauve et veste rouge, pour « Au bord du petit lac avec femme fontaine ». C’est toujours étrange de voir ce monument de la poésie et performeur lire un poème sur fond de musique électro-pop. Mais… ça passe ! D’autant qu’en coulisses (visibles) on essaie de résoudre LE problème technique de la soirée : un verre de vin renversé sur l’ordinateur et le monde semble s’écrouler. En fait pas temps que ça ! Ariane Moffatt arrive sur scène et lance pleine d’ironie : « Ça tombe bien, on va vous faire la chanson la plus acoustique de l’album ! ». Le duo s’en sort très bien avec « Merci la vie ». Arrive ensuite le lancinant « Le cœur à des dents » et son spotlight sur la pétillante Lisa Leblanc en choriste de fou, avec sa voix rocailleuse et grave. La délicieuse Inès Talbi prendra ensuite la relève féminine sur les trois morceaux suivants « Le bonheur est à côté », « Qu’avez-vous fait de mon pays ? » et « Les temps sont au galop ».

Entre chaque morceau, il n’hésite pas à y aller de sa petite anecdote, à remercier chaleureusement son équipe et à relater sa rencontre avec Péloquin, lors d’un vernissage. Ce dernier sent en effet que Perreau serait l’homme idéal pour prendre ses textes et les transformer en chansons. Quelques semaines plus tard, Perreau reçoit une grande enveloppe pleine de poèmes et c’est là que tout commence. « La musique s’est naturellement enracinée et a pris vie dans mon piano ». La complicité des deux hommes est palpable et très touchante.

Puis vient le temps de la séquence émotion : ah l’amour ! La dernière chanson « Acrobate de l’éternité » est interprétée avec sa compagne, la magnifique Marie-Pierre Veilleux. Un tout nouveau clip tourné cet été vient d’ailleurs de sortir. Pour la petite histoire, c’est à la fin du tournage de cette vidéo que Yann Perreau a appris… qu’il allait être papa.

C’est après un rappel avec entre autre la chanson « Monsieur l’Indien » de Péloquin et sur un final où tous les musiciens se sont mis à danser en même temps que le public déchainé sur « Le Président danse autrement » que Yann Perreau termine en beauté son lancement. Sa spontanéité et son professionnalisme (une voix impeccable malgré une certaine nonchalance) font de lui un musicien qui s’inscrit dans la durée et sait s’entourer pour se renouveler sans cesse tout en gardant sa « touche » particulière !

Yolaine Maudet
Photos Michel Pinault

 



© 2012 - 2014  Longueur d'Ondes - Design par Shake Studio & Iconoclaste