Louis-Jean Cormier





Louis-Jean Cormier : de l’universalité pour les oreilles

Louis-Jean Cormier, la voix de Karkwa se lance en solo, avec un premier album, « Treizième étage », qui n’a rien à envier à la superstition. Si sauter de si haut peut être une prise de risque, la chute est bien amortie et on retombe sur ses deux pieds, les mélodies bien ancrées dans la tête, qu’on retiendra comme des airs créés dans un printemps qui voyait rouge et qui est sorti avec quelques bleus.

Toucher l’universel

« Ça prend autant de folie que de courage pour descendre ensemble au treizième étage ». Cet extrait de la chanson « L’ascenseur », d’où vient l’inspiration du titre de l’album, nous met dans l’ambiance. Bien que Louis-Jean explique que cette idée d’étage imaginaire n’est pas plus exploitée que ça dans son album, il reste que l’auditeur à l’impression d’ouvrir une porte comme on soulèverait une boite de pandore à l’écoute de cet album, où les mélodies semblent déjà inscrites dans notre subconscient. « Moi ce que je voulais, c’était des chansons qui auraient un petit goût de revenez-y. » Et c’est là le génie de Cormier : créer des chansons qui nous semblent familières et confortables à l’oreille, qui nous pénètrent simplement. « J’ai eu des discussions avec des compatriotes des « Douze hommes rapaillés » [NDLR : groupe de musiciens ayant mis en chanson des textes du poète québécois Gaston Miron, sur deux albums] et puis j’en suis venu à me poser la question de savoir si je serais capable d’écrire des chansons rassembleuses, des chansons pop qui auraient un côté universel. » À l’écoute des 12 titres proposés, on se dit qu’il a visé juste !

Petit projet deviendra grand

« Ce n’est pas du jour au lendemain que je me suis dis, tiens, je me lance une nouvelle carrière ! » explique Louis-Jean. Il a d’abord commencé à composer de manière informelle pour d’autres puis finalement il est tombé en amour de ses chansons et ne voulait plus les donner. Et l’aventure du disque solo a pris forme, d’abord doucement, comme une petite parenthèse « on fait un petit disque pop, pour le fun », puis avec plus d’ampleur : « À force d’entrer là-dedans, puis de marcher au travers le processus de production, des amis à moi comme Daniel Beaumont, ou d’autres avec qui je voulais travailler, ont accepté d’embarquer, plein de concerts se sont programmés. Là je me suis dit, finalement ça ressemble plus à une route parallèle, une carrière que je commence à beaucoup aimer et que je vais avoir le goût de continuer à côté de celle de Karkwa ».

L’inspiration Miron

« J’estime que je suis un apprenti poète qui essaye de s’améliorer, qui travaille sur son cas ! ». Pour celui qui a contribué aux « Douze hommes rapaillés », l’ombre de Miron plane dans ses influences, plus en terme de démarche qu’en terme d’écriture : « C’est l’importance du travail des mots, du travail rigoureux, bien fait, recherché et en même temps avec une ligne directrice qui est très simple, avec des mots qui vont dans une liberté totale servir un propos très clair et précis. Les meilleurs textes que j’ai écrits sur ce disque-là, ce sont ceux écrits en 20 minutes dans une espèce d’élan, de pulsion, où t’es tellement occupé ailleurs, que ce que tu écris, tu as l’impression que c’est quelqu’un d’autre qui l’écrit. Je pense que ça s’appelle l’inspiration et il faut l’écouter quand elle passe ! »

Un casting de rêve

Pour les paroles, Louis-Jean s’est fait aider de Daniel Beaumont (Tricot Machine) : « Je voulais qu’il m’aide à écrire ce disque-là, à changer mon niveau de langage, à ramener des mots très porteurs, des mots qui allaient être terre à terre, plus simples. » Les paroles de cet album sont d’ailleurs beaucoup plus concrètes que celles véhiculées par Karkwa, ce qui est l’une des grandes différences entre les deux projets. « Les gens peuvent tout de suite s’identifier, il n’y a pas un jeu de déchiffrage, ou de réflexions personnelles sur un point de vue. Ici les textes sont plus rentre-dedans, ce qui peut être un bien, mais aussi un mal. Peut-être qu’il y a des gens qui vont se sentir comme s’ils se faisaient imposer des idées. »

Côté musique, il s’est véritablement fait plaisir en collaborant avec les musiciens qu’il a rencontrés dans différents contextes et avec qui il avait envie de travailler. Chanceux, l’ensemble des gens qu’il a approché pour contribuer de prêt ou de loin à « Treizième étage » a accepté d’embarquer ce qui a eu un effet très stimulant dans la création. Parmi les musiciens, on découvre la voix envoutante d’Adèle Trottier-Rivard, fille de Michel Rivard, Marc-André Larocque, le batteur des « hommes rapaillés » et partenaire de studio de Louis-Jean, Guillaume Chartrain à la basse (Damien Robitaille), puis s’est ajouté le guitariste Simon Pednault (Who are you, Pascale Picart).

Un album solo, mais ensemble

« On a beaucoup charpenté l’album en trio [NDLR : guitare, basse batterie]. Certaines chansons ont pu avoir trois ou quatre versions. Et ça donne des chansons pop dans une facture fuckée ! » Dans les arrangements, ses complices musiciens ont été force proposition. « Tout le monde donnait son input. Ça serait triste de faire appel à des musiciens de talent n’ayant rien à dire. C’est sûr que je vais travailler avec des gens qui vont me donner des idées. » C’est justement grâce à l’inventivité de ses musiciens que « des petits coups de volants » ont poussé les chansons encore plus loin et c’est ce qui fait la force de cet album : le foisonnement créatif. « Tout le monde chante dans le band, donc ça fait une espèce de Beach Boys qui est train de se développer alors que l’on commence les premières dates de concert. C’est super beau, c’est comme une nouvelle relation, avec les petits papillons au ventre. Pendant que mes grands amis de Karkwa se reposent, moi je vis quelque chose d’autre qui me ressource. »

Yolaine Maudet
Photos : Michel Pinault

« Treizième étage »
Simone Records
http://louisjeancormier.com/

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