FME | Festival de musique émergente


Abitibi-Témiscamingue (Québec), du 30 août au 2 septembre 2012
Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue Rouyn-Noranda (Québec)

Chaque année, le Festival de musique émergente (FME) clôt l’été avec une belle célébration musicale dans une région québécoise nordique située à 8 heures de Montréal. Cette année, il fêtait en grand ses 10 ans d’existence avec plusieurs spectacles spéciaux et nouvelles scènes extérieures. Nous avons eu droit à quatre soirées bien remplies de musique en tous genres, à quelques découvertes mais surtout à plusieurs valeurs sûres, dans un climat très politisé. En effet, l’événement se déroulait quelques jours avant les élections du Québec, et nombreux ont été les artistes à aborder le sujet !

Trois spectacles-concept

Parmi les surprises de cette édition anniversaire, une gigantesque plateforme sur pilotis installée sur un lac, magnifique site qui a accueilli un concert de clôture gratuit rassemblant Bernard Adamus, Dumas et Jean-Pierre Ferland. Une foule monstre (et de tous les âges) était au rendez-vous sur cette plage pour vivre un moment magique.

Mentionnons aussi l’événement en plein air « Le mix des chefs », un concept inédit qui réunissait des DJ (dont DJ Brace et DJ Mini), des VJ et des chefs cuisiniers. Une immense structure verticale était érigée en pleine rue, fermée pour l’occasion, et chaque étage accueillait les artistes en action. Une idée très originale que cette ode aux sens!

Autre formule qui mariait bien la musique et les arts visuels : l’aventure multidisciplinaire offerte par Organ Mood dans une ruelle derrière la galerie d’art l’Écart. Une performance électro totale, avec projections sur un mur et création artistique en direct. Les festivaliers curieux étaient nombreux à être captivés par cet acte expérimental, et on félicite le FME de faire appel à des performeurs intéressants qui ont des propositions moins « grand public ».

De belles découvertes…

Parmi les spectacles qui nous resteront longtemps en tête, deux duos extrêmement efficaces, mais très différents l’un de l’autre : Ponctuation et Solids. Les premiers offrent du rock garage comme il ne s’en fait plus au Québec, et live, on en oublie qu’ils ne sont que deux. Les seconds livrent une bonne dose de musique grunge brute, parfaite pour ceux qui se souviennent des années 1990. Dommage qu’ils n’aient présenté qu’un court avant-goût à l’heure de l’apéro; on en aurait pris beaucoup plus !

Au Cabaret de la dernière chance, le concert tardif de Keith Kouna était aussi un réel plaisir. L’artiste hors-norme lancera bientôt « Du plaisir et des bombes » et c’était l’occasion parfaite pour goûter à un aperçu de son nouveau matériel bien rock.

Sans oublier le nouveau talent de la chanson québécoise : Louis-Philippe Gingras. Ses compositions ultra concises, à la fois touchantes et remplies d’humour cru, font le plus grand bien dans une scène musicale où plusieurs artistes ont tendance à opter pour la surenchère. Il offre des morceaux simples sans être simplistes, et il parvient bien à occuper la scène seul. Dany Placard s’est tout de même joint à Gingras en cours de spectacle, et ce duo très complice nous a permis de découvrir une autre facette du jeune chansonnier abitibien. Nous reparlerons assurément bientôt du lauréat du Festival de la chanson de Petite-Vallée, car son premier album sortira cet automne : espérons que sa facture sera à l’image de la simplicité que l’on aime chez lui. Un air en tête : sa chanson « Fortune Cookie ».

… et plusieurs valeurs sûres

La programmation du FME 2012 était en majorité composée de valeurs sûres, sans doute pour couronner 10 ans de présence. Louis-Jean Cormier, le chanteur de Karkwa, est venu présenter quelques nouveaux extraits de son album solo à paraître. Les fans du réputé groupe québécois n’étaient pas déstabilisés, reconnaissant le style auquel il était habitué. Cormier s’est plu à parler politique avec les spectateurs : pour plaisanter, l’artiste a troqué les paroles « Goodbye, farewell » de l’une de ses chansons pour « Goodbye Charest » (en référence au premier ministre du Québec Jean Charest), ce qui a déclenché bien des fous rires. De façon assez prévisible, la formation engagée Loco Locass a également émis des commentaires politiques en ce sens lors de la soirée hip-hop du FME.

Autres valeurs sûres au programme : Marie-Pierre Arthur a livré une performance enflammée au Théâtre Paramount. La bassiste québécoise nous a rappelé combien ses chansons prennent une nouvelle vie lorsqu’elles sont interprétées live, avec des collaborateurs de haut calibre (y compris Erika Angell, la chanteuse de Thus:Owls). C’était la fête sur les planches, et ce plaisir est contagieux. Avec pas d’casque a proposé un concert très couru à l’heure de l’apéro, et ce, deux jours de suite. Quand Stéphane Lafleur a entamé « Intuition n°1 », tous les gens inconfortablement rassemblés dans la salle bondée savaient qu’ils allaient vivre un très moment très privilégié ! Dans une tout autre atmosphère, lors de son concert extérieur ultra-familial en ouverture de Radio Radio, la talentueuse chanteuse acadienne Lisa Leblanc a reçu sur scène un Disque d’or pour souligner les 40 000 copies vendues de son album homonyme. La « cowgirl » de Rosaireville était manifestement émue!

La cerise sur ce FME bien garni ? Sans contredit la « grande messe » présentée par les mythiques Godspeed You! Black Emperor dans l’Agora des arts, une ancienne église reconvertie en centre culturel. Une performance-choc d’une rare intensité.

Bon anniversaire, FME !

Texte : Marie Mello
Photos : LP Maurice



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