Sziget Festival


Budapest (Hongrie), du 5 au 13 août
Pour la 20e édition du Sziget, plus de 380 000 spectateurs ont convergé vers l’île d’Obuda, qui se transforme en lieu de fête baroque et en camping pour la jeunesse du monde entier. En arrière-plan, la montée d’un régime populiste en Hongrie a pesé sur le Woodstock européen.

La carte d’identité
Installé sur une île du Danube – Obuda – au nord de Budapest, le Sziget a une fréquentation monstrueuse qui tourne depuis cinq ans autour de 380 000 personnes. Une semaine de camping au pied des scènes, du rock, du théâtre, du cinéma… En 20 ans, le festival hongrois est devenu un repère pour tous les fêtards d’Europe. Parmi eux, 5 000 Français et 10 000 francophones.

La petite histoire
Créé en 1993, le Sziget avait pour première devise « Let’s spend the week together », clin d’œil à la chanson des Rolling Stones reprise plus tard par David Bowie. L’idée de ses fondateurs était de proposer un festival à la jeunesse de son pays, alors en pleine ouverture après la chute du mur de Berlin. Le premier Sziget, négatif de la société hongroise des années 90, a réuni 43 000 spectateurs. Il prenait ses racines dans l’underground libertaire de l’époque.

La confirmation
Bien sûr, en 2012, le festival reste un évènement hors-norme, mais encore ? Il ne fallait pas aller chercher quelque révélation que ce soit du côté des têtes d’affiches (Snoop Dogg, Placebo, The XX), elles ont fait en général le minimum syndical. A l’écart de la grande scène, dEUS a confirmé qu’il reste le roi des Belges ; le groupe de Tom Barman, très rock, transfigure ses morceaux, même les plus récents. Un caprice de dEUS.

La découverte
Avec 12 scènes, autant de lieux et d’attractions à découvrir, le Sziget offre un éventail des possibles allant d’un à l’infini. Que retenir de l’Open Stage qui a accueilli en début de semaine les découvertes venues de toute l’Europe ? Qu’en dépit des conditions pas faciles – horaire entre chien et loup, lieu à moitié vide, son exécrable -, Von Pariahs, découverte du dernier Printemps de Bourges, n’a pas volé son statut. Cela ne restera pas leur meilleur souvenir de scène mais l’équation est simple : (new wave + pop garage) X six Nantais = rock à l’anglaise du meilleur cru. Notre découverte aura été la scène « Musiques du monde. » Dans une ambiance de fin d’après-midi, le ch’ti HK et ses Saltimbanks a fait parler la poussière et il n’a pas été le seul. Festive, engagée, bien programmée : notre grande scène à nous.

Le hic
Cela aurait pu se limiter au concert de Stone Roses et il y aurait eu quelque chose de drôle. Se dire qu’il faut 1. être né à Manchester, 2. avoir connu le groupe dans sa première époque, 3. accepter la présence fumiste de Ian Brown, 4. ne pas faire cas du fait que le même Ian Brown chante faux, 5. et tolérer que sa voix soit noyée la plupart du temps, permet de revoir ce que l’on savait de l’humour anglais. Mais cette année, le Sziget riait jaune pour une raison autrement moins anecdotique. La montée au pouvoir en Hongrie d’une droite populiste flirtant avec l’extrême droite a freiné la fréquentation d’étrangers de 10 % et largement fait parler le festival. Károly Gerendai, co-fondateur du Sziget a mis les choses au point : le Sziget, qui « accueille plus d’étrangers que de Hongrois », s’est construit en donnant la voix aux minorités de son pays et en prônant des valeurs de liberté.

Le résumé
Le Sziget reste une expérience détonante. Plus que d’autres grands festivals européens qui alignent aussi des têtes d’affiche, il a sa façon de nous amener vers des nuits sans fin où l’on rencontre les Roots, l’Orchestre National de Barbès, le réalisateur Emir Kusturica et son No Smoking Orchestra, Shaka Ponk, Korn, le DJ italien Crookers comme un spectacle transformiste. Ce périple se termine par des mix à n’en plus finir ou à la tente « Roma Sátor ». Le petit endroit, recouvert par les photos de Tziganes, est comme un condensé de ce qu’est le Sziget. Un truc un peu fou, dont l’esprit reste résolument à l’Est de l’Europe mais qui – prix des places à 45 euros la journée, programmation majoritairement extra-hongroise obligent – trouve désormais son public à l’Ouest du vieux continent.

Bastien Brun



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