Francofolies de Spa


Spa (Belgique), du 11 au 15 juillet 2012
Ces 19ème Francos ont accueilli 230 concerts en cinq jours sur quinze scènes (du Casino de la ville à un Village Francofou en plein air) et 160 000 festivaliers. Moins que l’an dernier. La météo maussade (pourtant pas du tout catastrophique), largement annoncée et relayée, en ayant découragé quelques uns…

Parcours

Lescop
est étrangement situé entre Marquis de Sade et Indochine : l’attitude sérieuse et les synthés guillerets. Ses « tutulutu » très eighties, comme sa danse syncopée à la Daho contrastent avec ses textes parfois lourds.

Skip The Use soulève la foule de son énergie si communicative. Un putain de groupe de scène !

Ours. Quatre musicos l’entourent. Il est à la gratte la plupart du temps. A l’aise, il vient chercher le public, et ses chansons chaloupées ou rock font le reste. Les chœurs variété (« Palapapa ») gâchent un peu la sauce et donnent l’impression de « cul entre deux chaises ». Saisissant : quand il parle, c’est exactement la voix et l’humour de son père ! Les claviers sont assurés par le Lieutenant Nicholson http://www.myspace.com/lelieutenantnicholson , un autre fils de…

Shaka Ponk : y a-t-il un groupe aussi barré en 2012 ? L’alchimie autant musicale que visuelle que proposent ces énergumènes n’a pas son pareil. Et c’est implacable ! Le public est instantanément hystérique. A juste titre !

Moziimo, de Corse, petite jeune femme fluette, seule aux synthés, même pas perdue sur une grande scène ! Un peu novo-squaw, avec plumes et cris de guerre, elle ponctue son chant électro de sons tribaux et dance à la fois.

Maïa Vidal est un monde à part. On pense à Sinaed O’Connor, à du Enya remixé par Mike Oldfield… Elle chante purement bien, se sample, joue de l’accordéon (aux antipodes d’Yvette), et les deux musiciens qui l’accompagnent (l’un protéiforme des cuivres au xylophone, et l’autre à la batterie) sont aussi brillants et délicats que l’est la musique de cette étonnante petite elfe.

Elvis Black Stars, trio belge power-rock bougrement endiablé. Classique mais mélodique ; rentre-dedans mais léger malgré tout ; titres courts, peu d’effets de style, mais les morceaux se retiennent vite. Que demander de plus ?

Von Durden, quintette faisant surgir le fantôme de Michael Hutchence d’INXS ! Tout comme lui, le leader est charismatique, il saute partout et joue se son côté sexy-rock-boy. Un petit relent de The Clash aussi, pour l’énergie brute et le chant écorché. Sur le tee-shirt du batteur est écrit « Boom band », ce qui correspond assez à la proposition de ce groupe belge…

Great Mountain Fire : sept musicos, dont une fille (l’une des deux cuivres), trois différents synthés, trois chanteurs, ce big-band folky revisite ici acoustiquement leur album électrique. Beau travail sur les percus. Tour à tour sont mis en avant les guitares, ou le banjo, ou le piano, voire les voix. Ça groove roots, ça chante anglo, ça évoque Arcade Fire et la sauce prend bien !

Shelah Sue règne désormais en impératrice dans son style soul-rock et offre un show impeccable à la fois millimétré et chaleureux. Loin des grosses machines à rouleau compresseur.

Roscoe, une voix qui envoûte, un rock qui vous enveloppe et vous transporte dans un ailleurs parfois sombre et lourd, pour mieux exploser en mille bulles musicales aériennes. Une belle évolution depuis la première rencontre scénique (Food for your senses http://www.longueurdondes.com/2012/06/06/food-for-your-senses/) : la complicité entre eux et avec le public est présente, et la tension des premiers shows a fait place à une joie de jouer palpable.

William Sheller se produit dans un théâtre cosy aux tentures rouges et aux chaises molletonnées, ce qui contraste avec le Village Francofou et ses hectolitres de bière à toute heure du jour ou de la nuit… Seul au piano, il annonce : « Je fais peu de festival car la chaleur des villes d’été, c’est plus mon truc. J’arrive ce Sologne pour vous, un endroit de petits villages perdus dans des forêts… » Et voilà notre homme de soixante-six balais revendiqués, aux cheveux argentés et aux petites lunettes de professeur parti dans des histoires introductives à chaque morceaux : la genèse, ou les circonstances qui l’ont poussées à écrire un titre. C’est un excellent conteur et c’est souvent drôle ou touchant, toujours intelligent et classe. A son image quoi ! Du bonheur à l’état pur.

Oldelaf est bluffant. Entre Tryo, pour son côté festif, grand-frère, et Gotainer pour son humour décalé, le Frenchy assure. Un sens certain de la formule, de l’écriture d’une chanson, une belle occupation irréprochable de l’espace (chorégraphies incluses), le tout servi par un groupe rock et un gros son ! On sourit, on rigole, on tape du pied, on reste un peu pour voir jusqu’où ça tient, si ça retombe comme un soufflet… mais non, ça tient parfaitement la longueur ! Bluffant, vraiment.

Vegas http://www.myspace.com/vegasbe : du gros rock avec attitude Iggy Pop ou Alice Cooper (sans maquillage), une énergie quasi-agressive, mais des lignes mélodiques que l’on retient vite et que l’on a envie de reprendre. Seulement quatre dans le groupe, pour un son énorme qui frôle la dance par moment, tout en restant crédible. Chant anglo. Un grand moment.

Le Franc’Off

Concours annuel ayant lieu pendant le festival, il met en avant la relève belge à travers douze formations dont trois reçoivent des prix (argent, opportunités de concerts, suivi artistique…). Ont été remarqués cette année Colline Hill (Joan Beaz les doigts dans la prise), Makyzard (melting-pot de potes chanson-slam), et récompensés : Beautiful Badness (Joe Jackson post-rock mâtiné de Sheller anglo), Coenguen (Daran rebelle) et Nicolas Donnay (jeune Lenny Kravitz ayant écouté CharlÉlie). Le genre de concours mettant en lumière les artistes de demain, qui devrait être obligatoire dans tous les festivals !

Les Québécofolies

Instituées par Charles Pirnay et Patricia Van De Weghe, un couple belge expatrié à Montréal, ces 4èmes Québécofolies (passées précédemment par le festival Pause Guitare à Albi) ont pour but de faire découvrir la relève canadienne en Europe. A Spa ça passe pas un périple des « Bars en Folie » pour les artistes, plus une belle scène en cerise sur le gâteau…

Jimmy Hunt fait un pop-rock délicat, assez introspectif. Il est superbement accompagné (à deux ils remplissent grandement l’espace), les arrangements sont très beaux, parsemés de belles trouvailles sonores. Seul bémol, l’artiste, planqué derrière sa mèche ne décroche pas un sourire, ne parle quasiment pas et ne regarde même pas le public quand il applaudit. Dommage. Avec un minimum de chaleur humaine, il ferait décoller la salle.
Daniel Léger l’Acadien, est un sympathique country-folk-man aux accents Zachary Richard. Les textes sont simples et bon enfant. Un moment charmant, rafraîchissant.
Bernard Adamus, c’est la folie du blues-roots incarné. Economie d’expression sur scène, tout passe par la magie de sa voix nostalgique, groovy, éraillée. Autour de lui ses musiciens décapants font les fous, il reste impassible. « Je suis comme un fleuve endigué » chante-t-il. Ça se tient !
Chloé Lacasse est au piano-synthé, accompagnée d’un bassiste et d’un batteur. La voix assez haut perchée de la Québécoise raconte de jolies histoires… pas forcément d’amour. Une touche bien à elle, entre Sanson et Moffatt.
Lisa Leblanc, from New Brunswick, chante en « chiack », ce mélange de français et d’anglais bien particulier (« J’feel mon cerveau ramollir »), et dévaste tout sur son passage ! Cette boule d’énergie, soutenue par deux furieux à la gratte et à la batterie, rocke au banjo et n’a peur de rien. La tornade est en route !

Sinon…

Sinon, Amadou et Mariam font le minimum syndical world, laissant leur show assuré par un groupe rôdé et deux choristes omniprésentes. On dirait même que Madame fait la gueule. Une petite brouille backstage ? « Triste réalité »…
Sinon, Rachida Brakni est une excellente actrice. Comme elle veut faire la chanteuse, elle embauche de bons auteurs, d’excellents musiciens de scène, elle signe dans une grande maison de disques, mais, mais, mais…. que Rachida reste actrice, ça nous ira aussi bien.
Sinon, Inna Modja déclare entre deux chansons que sa famille africaine l’a obligé à faire des années de danses de toutes sortes, mais qu’elle ne sait toujours pas danser. De fait, elle se trémousse pendant tout son spectacle en faisant de grands sourires. C’est ce qu’elle fait de mieux d’ailleurs…
Sinon, Ycare n’a pas gagné la « Nouvelle Star » mais le droit d’être signé sur une major et de faire des concerts. En le voyant, avec ses titres poussifs, se la jouer mec à l’aise voulant dialoguer avec son public, on a envie de lui dire de retourner prendre encore quelques cours de perfectionnement à l’émission…
Tiens, à propos de télé-réalité, ici en Belgique, l’un des jury de « The Voice » était Beverly Jo Scot (Bee-Jee comme ils la nomment). Comme un peu partout dans le monde, l’émission ayant cartonné, voici donc BJ ressortie de sa naphtaline musicale, avec un double album best-of sous le coude, promo gratos, et également à nouveau sur scène, blues-rock des seventies à fond les ballons. Pour bien valider son come-back, elle invite les gagnants de l’émission en question à pousser la voix avec elle, telle cette jeune blonde (qui lui ressemble tant, trente ans plus tôt), avec qui elle reprend l’indétrônable « Lady Marmelade » : « Voulez-vous coucher avec moi, ce soir ? ». Heu… non merci, je peux pas j’ai piscine !

Hugh !

La polémique de cette édition 2012 : la présence d’Hugh Laurie, bluesmann plus connu pour endosser les habits du « Docteur House » dans une série télévisée… Fallait-il (ou pas) inviter un (ou plusieurs) artistes étrangers dans ces “Franco“-folies ? Cap déjà franchi depuis des années par les Francos de La Rochelle (mais infranchissable pour celles de Montréal !). La réponse de Charles Gardier, le directeur, est claire : « Sa venue en Belgique a fait parlé des Francos dans tout le pays, bien au delà de la musique. Elle a fait venir d’autres publics au festival. Ce qui a permis qu’ils découvrent d’autres spectacles, belges notamment. Hugh Laurie a donc servi aux artistes émergents et nous a emmené un nouveau public… sans parler du coup de projecteur inouï sur le festival !» Au delà de l’anecdote, il précise : « Les artistes belges ne chantant pas en français sont de plus en plus nombreux ; voyez ce qui est signé en maisons de disques, c’est incontestable ! Alors, certes, on privilégie le franco, qui reste la majorité de nos concerts (on espère aussi que les artistes vont un peu revenir au français), mais c’est un constat de l’industrie musicale que nous ne pouvons nier, ni ignorer. » Le débat reste ouvert ! Site. www.francofolies.be/

Texte et photos Serge Beyer



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