Le Rock Dans Tous Ses Etats


Hippodrome d’Evreux, 29 et 30 juin 2012
Etranglé par les festivals mastodontes que sont Les Eurockéennes et le Main Square, Le Rock Dans Tous Ses Etats, 29ème du nom, est remarquablement passé entre les gouttes pour battre son record de fréquentation, 23 000 spectateurs en deux jours, dans une ambiance des plus conviviales.
Dans les bucoliques champs normands, on est bien loin des jauges gargantuesques des deux concurrents. Et pourtant, avec son budget réduit et son déficit chronique, le RDTSE fait mieux que de la résistance. Il doit cette année son salut à la présence quasi-miraculeuse de Manu Chao. El Clandestino s’est sans doute souvenu qu’il avait ici fait ses premières armes avec les Hots Pants avant de revenir avec la Mano Negra. Et il est venu, en quatuor, avec son groupe La Ventura, mettre le feu à l’hippodrome durant une heure trente. Bien court pour Manu Chao qui, du coup, n’a pas eu le temps de jouer « Mala Vida » mais la plupart de ses autres grands succès y sont passés dans une ambiance très bon enfant quoique un peu répétitive quand même.
Manu Chao grand vainqueur mais pas seule attraction d’un festival qui doit aussi sa réussite à une programmation aussi savamment pointue que diversifiée. Un grand écart musical sur un spectre oscillant du rap à l’électro décadent en passant par le rock indé et la techno psyché tout en esquivant le convenu ou le plan-plan.
Avantage de ce petit jeu, les avis sont bien tranchés, et rares sont les groupes à faire l’unanimité même si The Bots a ravi le public dès l’ouverture. Bien plus tard, Crystal Castles en a effrayé beaucoup alors qu’au contraire le lendemain, sur une scène étrangement appelée « Gonzomobile », Kap Bambino a livré un set lumineux et bien plus habité.
Question force de frappe, Stuck in the sound, pour son second concert en festival cet été après 50 dates en club, a confirmé son énorme potentiel et prouvé qu’il était bien taillé pour les stades. En milieu de nuit, le Brian Jonestown Massacre d’Anton Newcombe s’est également montré particulièrement à son aise, déroulant ses superbes guitares, douze cordes comprises, et emmenant avec lui une audience captive et captivée. Dans la foulé, à l’autre bout du site, c’est à dire pas très loin, le Catcheur et la Pute (et tous leurs amis déjantés et déguisés se livraient à un peep-show provocateur et décadent. Un mot pour finir sur l’excellente prestation des belges de Balthazar, un autre sur le concert d’une noirceur apocalyptique de Cypress Hill et l’on comprend facilement que le RDTSE a vécu l’une de ses plus belles éditions. Ce qui promet un 30ème anniversaire grandiose. C’est pour l’an prochain, à priori à partir du 28 juin…

Annabel Jouvion et Patrick Auffret




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