MUTEK


Montréal (Québec), du 30 mai au 3 juin 2012
Depuis 2000, MUTEK se donne pour mission de diffuser des créations numériques sonores, musicales ou visuelles, et souvent une combinaison simultanée des trois. Le festival représente le sprint de l’année pour les Montréalais avides de musique électronique sous toutes ses formes, de la plus pointue et hermétique à toutes les déclinaisons plus grand public de type house, techno, dub, disco… Bref, MUTEK invite à danser, mais aussi à réfléchir et à élargir ses horizons… pour ceux qui le veulent bien.

Un contenu local diversifié

Les nombreuses séries conceptuelles de MUTEK mettent bien en valeur les talents locaux, surtout dans le cadre d’originales performances diurnes présentées gratuitement. C’est le cas de « Métro Art », une petite scène placée directement dans la station centrale de métro Berri-UQAM, où le polyvalent machinateur de beats KenLo – aussi connu pour sa participation au collectif hip-hop Alaclair Ensemble – s’est exécuté devant les voyageurs en pleine heure de pointe.

Le volet « Expérience », organisé chaque jour à l’heure de l’apéro, invitait également plusieurs DJ québécois à se produire dans un parc du centre-ville. L’ambiance n’était pas toujours à son meilleur, mais la possibilité de voir autant d’artistes électroniques en plein air et sans payer un sou est une occasion trop rare pour ne pas être mentionnée. Notons le jeune Simon Called Peter (techno et house assez bigarrées avec touches jazz-funk), le duo Leboeuf et Laviolette (house originale bricolée à partir de divers bruits et trouvailles de la culture populaire québécoise) et le chic kitsch Bernardino Femminielli en mode groupe (new-wave et roman savon).

D’autres séries comme « Play » ont permis une aventure dans des territoires plus expérimentaux. Les projets Esprits frappeurs et K.A.N.T.N.A.G.A.N.O. , auxquels participe entre autres le multi-instrumentiste et improvisateur Alexandre St-Onge, ont plongé dans l’obscurité le sous-sol du Monument national converti pour l’occasion en salon. Allongés sur des coussins ou directement par terre, les festivaliers se sont immiscés dans une ambiance paranormale baignée de divers bruits à base synthétique ou organique, pendant qu’une avalanche de lasers s’abattait sur eux.

Les performances « A/Visions » avaient aussi ce penchant pour la recherche sonore, avec notamment Ben Shemie (chanteur du groupe rock-électro Suuns), qui a présenté un court collage bilingue rassemblant des messages de répondeur, des extraits radio, des bruits urbains et moult instruments préenregistrés. Mais l’expérience la plus courue de ce volet était sans contredit la performance inédite de Tim Hecker, en duo avec Stephen O’Malley, dans l’église St-James United dotée d’un orgue titanesque. Les bouchons pour protéger les oreilles n’étaient pas fournis par le festival en vain : les deux explorateurs avant-gardistes ont produit une décharge de son orgue/guitare en continu pendant près d’une heure. Un voyage à la fois total et exigeant. À en faire trembler les corps mal assis sur les bancs de l’église, ultra amplifiée pour l’occasion.

« Nocturnes » pour tous

Outre ces catégories plus conceptuelles ou inusitées de performances, MUTEK offrait chaque soir ses réputées « Nocturnes », un plat de résistance beaucoup plus démocratique pour ceux qui aiment chauffer le plancher de danse. Mode d’emploi : chaque soir, courir en alternance du Métropolis à la SAT, les deux salles où se succèdent divers DJ et groupes pour des présentations d’environ 1h.

Parmi les plus populaires : Apparat (en mode groupe), ainsi que Nicolas Jaar live en trio et le maître des basses Kode 9, hélas tous deux présentés en même temps. Mentionnons aussi le pionnier A Guy Called Gerald, qui nous a offert un set à la fois très daté et varié, ainsi que le mélodique Clark, qui a animé une piste de danse dans le chaud et humide dôme Satosphère de la SAT. Jeff Mills, « Monsieur techno » Final Cut, était également très attendu : il a offert une longue performance intitulée « Messenger / Sleeper Wakes » dont les chapitres « lunaires » n’ont peut-être pas tout à fait eu l’impact escompté.

Nouveau Palais constituait un bon choix pour les amateurs de sons et rythmes plus hybrides avec entre autres Prison Garde (anciennement connu sous le nom de Sixtoo) et la sensation locale Lunice. Idem pour Paul White, présent en formule duo avec un percussionniste : les deux performeurs tardifs n’hésitaient pas interchanger les rôles, et leur beaucoup trop court set proposait un souffle de nouveauté, avec néanmoins des repères pour les fans. Unique en son genre, Monsieur White ne vient décidément pas assez souvent à Montréal. Et chapeau bas aux Allemands Krause Duo, qui ont secoué le Métropolis jusqu’à 4 h 30 du matin dimanche avec leur house aux explorations rythmiques variées.

www.mutek.org

Marie Mello
Photos : LP Maurice



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