Le Printemps de Bourges

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Bourges, du 22 au 29 avril 2012
Ce Printemps a été marqué par la pluie et l’entre-deux tours de l’élection présidentielle. Longueur d’Ondes vous fait le compte-rendu côté découvertes.
En 1988, le Printemps de Bourges affichait la couleur et les éléments de son programme : Elli Medeiros, Jean-Louis Aubert, Serge Gainsbourg, Frank Zappa, Manu Dibango posaient pour un portrait imaginaire devant l’Elysée et l’on pouvait lire en bleu, blanc, rouge : « Un festival pour tous les Français. » L’affiche, qui faisait référence à l’élection présidentielle à venir, avait aussi vocation à rappeler que le Printemps a été créé pour faire émerger une nouvelle scène : les Thiéfaine, Higelin, Lavilliers… Il y avait alors comme un contraste entre Bourges, ville conservatrice du Berry où la population « partait en vacances au moment du festival » et son Printemps. Le temps a fait pour une fois quelque chose à l’affaire car désormais,  les « punks » croisent ceux qui les prenaient vingt ans auparavant pour des zazous.

Un laboratoire
Le Printemps de Bourges continue sereinement son extravagante épopée Et même si le temps des scènes ouvertes appartient depuis longtemps déjà aux photos en noir et blanc, le festival semble avoir gardé la même curiosité. Fort d’une affluence globale de 170 000 personnes (contre 240 000 l’an dernier), le Printemps reste le lieu des découvertes. Daniel Colling, son fondateur, n’a d’ailleurs pas hésité à le rappeler : la petite salle du 22 reste le « laboratoire » du festival. A voir le nombre de programmateurs,  journalistes, patrons de salles, de festivals et de labels qui étaient là, c’est assurément l’un des endroits où se font les tendances de la chanson et du rock en France.

Une fille bizarre…
Qu’aura-t-on vu, pendant cette semaine, dans ce 22 est et ouest (du nom des deux salles) ? Des hommes, des femmes, des garçons et des filles, des artistes et des moins artistes rentrer dans la lumière pour une demi-heure, un public qui va et vient dans les salles, et puis des discussions comme au bistrot. Cette année, le Printemps de Bourges, qui ne remettait plus de « Prix découverte » depuis des lustres a décidé d’en remettre deux : le prix découverte et le prix du jury. Le premier est allé aux Nantais de Von Pariahs et le second à Christine and The Queens, une chanteuse parisienne de 23 ans qui nous confiait (Longueur d’Ondes-Printemps 2012) : « Je suis quelqu’un qui n’aime pas vraiment être exposé. Comme je me créé un personnage, cela facilite les choses. » La jeune fille qui revendique un univers étrange a pour ambition de composer accompagnée de son ordinateur une comédie musicale de six personnages.

…et des gars sympas.
Six, ni plus, ni moins. Les Von Pariahs (nous en reparlerons bientôt) sont la révélation découverte de ce 36ème Printemps de Bourges. Ou comment un groupe composé de bonnes natures parvient à donner un concert simple et efficace. « I want you, you want me », chante Sam, le chanteur franco-anglais à la voix de Ian Curtis. Le rock n’a pas besoin de plus quand tout est là :  les influences punk et cold-wave assumées, la rythmique assise, les guitare à la fois pop et noise, les claviers sombres et parcimonieux. Nosfell (l’une des grandes découvertes du Printemps de Bourges et président du jury 2012 de ces découvertes) aura remarqué : « Ce que l’on a aimé, c’est de voir comment ce groupe soutient un chanteur à la fragilité touchante. » Ces six garçons sont plein d’avenir : on leur fait confiance pour rester sur la bonne longueur d’ondes.

D’autres découvertes
Les plus belles découvertes viennent des moments où l’on ne s’y attend pas forcément. Le mardi n’est jamais le jour clé du Printemps de Bourges et pourtant… Outre Baxter Dury, le fils de Ian Dury que l’on croirait sorti des films anglais des années 90 dans sa veste grise cintrée, le même soir nous a donné The Barr Brothers et les Belges de Balthazar. Quand ces derniers jouent dans la veine nonchalante comme le ferait Damon Albarn, The Barr Brothers investit le registre de la grâce : harpe, violoncelle, vélo bricolé que l’on joue à l’archer. Le registre des superlatifs est facile mais l’on voudrait que le folk soit toujours comme cela. Et quand le groupe s’amuse parce que Rover a démarré son concert dans la salle d’à côté –l’autre 22- et qu’on l’entend comme s’il était dans la pièce, on ne peut qu’aimer le sourire en coin de ces canadiens. Et 1, et 2, et 3, et 30.

Et 30 ans, forcément…
Camille, Dominique A, Zebda, Dionysos, Shaka Ponk, Giedré, Audriel, Cabadzi, Dionysos… tous ces noms à l’affiche du Printemps ont été à un moment ou un autre des découvertes pour Longueur d’ondes. Dans les salles de concerts ou dans la réunion d’écoute, dans les bars ou en coulisses, ils sont des moments dans la vie de tous celles et ceux qui font notre magazine ou ont croisé sa route. A Bourges, Longueur d’Ondes a donc fêté ses 30 ans et la fête ne fait que commencer (1). En France comme au Québec, le mag continue chaque jour son travail de fouilles musicales. Cela ne vous dit peut-être pas grand-chose, cela peut vous toucher ou pas, mais mis bout à bout, ces petits riens prennent pour nous tous, leur sens : cet activisme musical que l’on revendique haut et fort.

Texte : Bastien Brun
Photos : Pierre Wetzel et Marylène Eytier



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