Elsiane

Elsiane
Club Soda (Montréal) le 18 avril 2012

Après plus de cinq ans d’absence, le duo a finalement renoué avec son public avide de performances vocales en lui offrant « Mechanics of emotions », un deuxième album studio. Un lancement haut-de-voix.

En 2006, les Montréalais Elsianne Caplette (voix) et Stéphane Sotto (batterie) en ont pris plus d’un par surprise en sortant « Hybrid », un premier opus épique mélangeant trip-hop, électro, jazz et chants de sirène ensorcelants. Avec très peu de prestations scéniques en sol québécois, ils étaient attendus d’oreilles fermes depuis un bon moment par un auditoire aussi hétéroclite que leur musique.

C’est dans un décor sombre, légèrement éclairé par quelques lustres suspendus et des projections vidéo diffusées en continu, que la chanteuse est entrée en scène d’un air ténébreux, arborant un look excentrique à la limite du gothisme. D’emblée, la foule a eu droit à une rafale de nouvelles pièces truffées d’exploits vocaux et rythmiques, bonifiée par la participation de la multi-instrumentiste Annick Beauvais (guitare, synthétiseur, vents).

Entrée en matière réussie ; le charme opérait et la chair de poule était visible sur les avant-bras. Après avoir maintenu le momentum durant les quinze premières minutes, Madame Caplette s’est finalement adressée à la foule… en anglais ! Petit moment de déception. Même pas de « Bonjour Montréal ! ».

Et c’était reparti pour un marathon de frissons avec quelques pièces du premier album, dont une version jazz de « Vaporous », chanson qui a fait connaître le groupe. On apprivoisait tranquillement l’exploitation du son new-age / médiéval qui s’assortit plutôt bien au look noir de la dyade. Vers la moitié du spectacle, l’effervescence a atteint son apogée lorsque Sotto a quitté sa batterie pour s’asseoir sur son cajon (percussion en forme de boîte) et qu’une musicienne invitée s’est installée dernière son violoncelle. Elsianne a alors entamé les premières notes de « Mend », une autre de leurs compositions marquantes.

La courbe d’intensité a ensuite progressivement amorcé son déclin. Les interactions peu nombreuses de la diva étaient courtes et timides, et les chansons se faisaient de plus en plus épurées. L’énergie est ainsi allée en decrescendo jusqu’à la fin de la prestation, mais les spectateurs, tels des toxicomanes dépendants de la voix de sirène, en redemandaient quand même.

On se serait attendu à un retour en force afin de terminer sur une note plus dynamique, mais le solo de violoncelle en ouverture du rappel a donné le ton. Chanteuse et percussionniste sont remontés sur les planches afin de présenter deux dernières offrandes. La foule en demandait encore et, cette fois-ci, le processus d’épuration était complet : une finale a capella digne de toute cantatrice aux cordes vocales divinement accordées.

En termes de voix, Elsianne Caplette n’a absolument rien à envier aux Céline Dion de ce monde, mais avec cet incommensurable talent, le duo gagnerait peut-être à engager un metteur en scène afin de dynamiser sa présence scénique… et son français !

Site de l’artiste : www.elsiane.com

Texte : Emmanuel Lauzon
Photos : Michel Pinault




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