Chloé Mons

Chloé Mons - Photo : Patrick Auffret« Bien regarder la mort en face et dire au revoir »

Chloé Mons raconte dans un magnifique essai la dernière semaine d’Alain Bashung et bien plus encore. Ni larmoyant, ni plombant, ce livre est au contraire un hymne à l’amour peu ordinaire. A lire et à relire.

Une parenthèse, un moment à part, unique. Un instant d’éternité. Le dernier avec lui, son mari, Alain Bashung. L’instant, les moments d’avant, ceux d’après aussi. Le dernier accompagnement, la fuite. L’amour, l’amour toujours. La rencontre. Les rires. L’amour, la vie, son enfant. Dans un livre d’une remarquable justesse, Chloé Mons livre d’une manière tout à fait impudique le journal intime du décès de son mari, l’être aimé, tant chéri, parti des suites d’une longue maladie. Et en fait un hymne à l’amour.

« Moi, j’écris tous les jours. Très vite, j’ai eu vraiment ce besoin de rassembler mes notes et de les organiser comme un objet transitionnel, un objet du passage. Je n’ai pas attendu, cela a été fait à chaud, vraiment, l’été qui a suivi la mort d’Alain. Et cela n’a pas été retouché. »
Véritable récit d’une mort en direct dès les premières pages, « Let go », (« Laisse partir » et pas « Allons-y ») s’affirme pourtant comme un véritable livre d’amour car lorsque Chloé touche à l’intime, ce n’est jamais ni racoleur, ni voyeur. « C’est un livre d’amour, un peu un cadeau, le dernier cadeau. L’accompagner de l’autre côté, aller jusqu’au bout de la piste aux étoiles c’était la dernière chose que  je pouvais faire sur terre pour lui.  Maintenant,
Alain est toujours là, l’amour continu. Je vais passer pour une dingue mais oui il est là, d’une autre façon. Lorsque l’on vit une grande histoire d’amour, on l’a en nous pour toujours, c’est magnifique, c’est un vrai trésor qui m’accompagne et me donne des ailes vraiment, de l’espoir pour continuer. »

Chloé Mons - Photo : Patrick AuffretCe livre très bref, 64 pages, reprend l’essentiel de son histoire avec Alain Bashung. Et raconte même en épitaphe, la première rencontre. « J’aime bien l’idée de finir sur notre rencontre, comme une boucle qui ne finit jamais. Ce livre est comme une vanité pour moi, un crâne d’ivoire serti de pierres précieuses. La mort, quand on la côtoie, reste quelque chose d’amoureux, de mystérieux et d’assez beau à vivre. On est dans quelque chose de grand, un amour fort qui transpire de partout. Une expérience extrême, vraiment. »

Confrontée à une épreuve qui attend la plupart d’entre nous, à savoir la mort d’un proche, Chloé a visiblement pris ses responsabilités sans jamais se défausser. « J’ai tenu à vivre tous les rituels de la mort et du deuil d’une façon lucide, les yeux grands ouverts. J’ai pris chaque rituel comme une marche pour pouvoir être en paix après. Ne pas fuir est très important. Si je suis en paix et heureuse, car c’est le cas, c’est vraiment parce que j’ai accompagné la mort jusqu’au bout, d’une façon très paisible et très sage. Il faut bien regarder la mort en face et dire au revoir. »

Tout cela est ici raconté d’une manière très juste, parfois même en évoquant des crises de fous rires… « Bien sûr ! Et heureusement. On ne peut pas pleurer tout le temps. Et la vie continue. Moi, je suis une fille très vivante, très ancrée dans le réel. Dans nos sociétés en plus on nous demande de faire au moment de la mort des choses ultra-matérialistes au lieu de nous plonger dans des choses spirituelles, comme on pourrait, comme devrait le faire. Tout cela donne évidemment matière à rire, et nous avons beaucoup ri. Rire, c’est aussi continuer à vivre.»

Après avoir pénétré aussi profondément dans l’intimité d’un moment aussi particulier, et aussi personnel, une question vient à l’esprit. Pourquoi rendre cette intimité publique ? Chloé a d’ailleurs dû patienter de longs mois avant de trouver un éditeur… Ce qui dit combien il est difficile de toucher au mythe, même de l’intérieur. Elle, ne se pose ce genre de questions. Elle fait. « Les artistes sont de drôles de gens qui ont besoin de montrer leur réalité. Que cela soit pour la musique ou pour ça… J’avais besoin d’en faire un objet. Un réel besoin. C’est sorti tout seul, c’était juste obligatoire. De même que mes disques qui ne parlent que de ma vie, de ce que je pense et de ce qui me traverse. Là, c’est une énorme lame de fond qui m’a traversée, je ne pouvais qu’en faire quelque chose, c’était obligatoire. Et les gens sont touchés, bouleversés. Cela parle à beaucoup de monde. Je suis très heureuse que ce livre soit édité, que des gens puissent le lire. Cela me fait chaud au cœur, vraiment, de partager cela. »

« Let go »,
aux éditions Fetjaine. 64 pages, 3 euros.
Patrick Auffret




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