Le Sonic Visions

Claudine Munot - Photo : Daniel Clarens
Luxembourg – Les 25 et 26 Novembre 2011
Tremplin luxembourgeois vers l’Europe : Esch-sur-Alzette, est une ville folle et, l’avenue du Rock’n’roll est la quintessence de cette ambiance baroque où l’ultramoderne danse un slow endiablé avec les hauts fourneaux, incroyables usines à silos rouillés. Parmi les constructions récentes, le Rockal, un superbe lieu dédié à la musique, qui accueille la quatrième édition du festival Sonic Visions.

Le bâtiment est surprenant : tout de verre paré, il ressemble plus à un siège de banque qu’à un lieu consacré à la musique émergente. Cela dit, la vue nocturne sur les anciennes usines, immédiatement en face, plonge dans une atmosphère si étrange tout en portant en elle tant d’esthétique que David Lynch, s’il était venu, en eut pâli de jalousie. L’endroit est immense : une première salle de 6500 personnes et une seconde, de 1500, des salles de répétitions, un studio d’enregistrement, une salle de danse et un centre de documentation, sans oublier, bien sûr, l’indispensable bar. C’est donc dans ce contexte absolument pluridisciplinaire, centré sur les questions professionnelles du milieu musical qu’est né le festival Sonic Visions, en novembre 2008.

L’enjeu est simple : créer un rendez-vous professionnel sur les métiers de la musique et diffuser par des showcase les artistes luxembourgeois, bien que chaque année, un pays soit à l’honneur (après le Danemark en 2008, le festival à mis successivement l’accent sur l’Italie et le Canada). En 2011, l’objectif était la Finlande mais seuls, deux groupes étaient à l’affiche : Rubik et French Films. De manière assez fine, la musique est réservée aux soirées, et la journée, ce sont des conférences sur des thématiques pratiques et des questions que peuvent se poser tous les artistes en développement. Cette année, un des thèmes phares était celui des techniques digitales au quel pas moins de cinq conférences étaient consacrées. Les intervenants étaient tous des professionnels comme les pointures Gareth Jones (producteur de Dépêche Mode et ingénieur du son), Moses Schneider (producteur Beasteaks) ou Virginie Berger (Don’t believe the hype). Le jeune artiste passant par là avait accès à des informations et des conseils de première main tant sur les labels que sur les tourneurs et managers.

Après la dernière conférence, place au rock ! Entre 20 h et minuit, les showcase se succèdent avec une précision et une ponctualité jamais vue dans l’histoire des festivals, déclinant le rock dans toutes ses nuances. Le Sonic Visions s’attache à promouvoir la jeune scène, des artistes qui sont en train de passer à l’étape supérieure. Il va donc sans dire que, dans l’exercice abominable du set de présentation aux pros (trente minutes et pas une de plus, on est vraiment dedans dans les deux derniers morceaux et c’est le moment de sortir de scène…) tous les concerts n’étaient pas parfaits. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a une scène au Luxembourg !

La série de concert du vendredi 25 était d’un éclectisme formidable dont on retiendra Mutiny on the bounty, Sun Glitters, Birdbones et  Claudine Muno and the luna boots. Des mondes tellement éloignés qu’ils ne s’opposent même pas ! Le premier groupe est composé de musiciens virtuoses, d’une technicité à tomber par terre, sorte de condensé de Floyd (surtout dans l’ambiance : l’éclairage bleu et leur symbole, un triangle renversé, au dessus de la scène…) à la sauce ultra-moderne. Les rythmes sont effroyablement soutenus, sans jamais baisser d’intensité, à se demander s’ils ne font pas tous de la tachycardie… Une sympathique bizarrerie : dans les rares morceaux chantés, c’est le batteur qui s’y colle. Impressionnant.

Avec Sun Glitters, on passe dans un univers d’un esthétisme doux et intime. On est cette fois au Rockhalcafe, où la scène a été installée au bout du comptoir. Il y a du monde et les têtes coupent partiellement l’écran de projection sur lequel défilent des images ou de courtes séquences dans un grain et un rythme de super 8. Rien que les images valent le détour. La musique qui accompagne la vidéo (Etait-ce l’inverse ? Aïe, comment décider ?) est un condensé d’électro planante, produite en live, qui ne se comprend, et c’est la magie de Sun Glitters, qu’en termes d’images.

C’est aussi dans la même salle improvisée que se produit Birdbones, groupe étonnant porté par la voix sublime d’une jeune femme pleine de flamme et de talent. Les compositions sont riches de soul et de funk, ça balance de la basse autant que ça envoie de la batterie. La chanson « Irresistible » a distillé un groove chaloupé dans tout l’auditoire tandis que leur tube « Every single one of us » (dont le clip vidéo, diffusé sur leur site, est une pure merveille)  a envoyé une énergie rauque avec des accents de métal. Un rock riche qui, avec l’expérience des concerts, gagnera en patine et perdra son côté « trop bien fait », qui est le seul reproche à faire à ce groupe.

Enfin, Claudine Muno and the Luna boots, le grand bol de chanson folk-rock. Depuis neuf ans, les six artistes tournent ensemble et ça se voit : le concert est calé, les rendez-vous sont nets, pas d’accrocs. La voix fragile de Claudine Muno se greffe sur un univers planant, avec quelques chansons plus colorées comme « La violence », morceau plein d’humour et d’énergie, qui dénote du reste du set. Parce que quand elle s’énerve, la frêle Claudine perd son costume de papillon pour devenir chair palpitante et diablement émouvante.

Au vu de l’enthousiasme du public absolument hétéroclite, on peut prévoir une belle postérité à ce festival. L’équipe, d’ailleurs, prépare déjà la prochaine édition. Une croix à faire sur les agendas de 2012 !

Site du festival : www.sonicvisions.lu

Texte : Lise Facchin
Photos : Daniel Clarens

 



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